Culture
"La Maison des Mondes du Livre", une bibliothèque de référence et des lieux de création
De G à D : le Prix Nobel de littérature Wole Soyinka et le Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume Abdeljelil Lahjomri
Lancée à Rabat par l’Académie du Royaume du Maroc, la Maison des Mondes du Livre associe une bibliothèque de référence à un réseau de résidences et de lieux de création répartis dans la capitale. Avec l’Afrique comme point de départ et une vocation universelle, ce projet entend réunir les conditions de la création, de la transmission et du dialogue entre les cultures.

Jean-Marie Gustave Le Clézio, Prix Nobel de littérature
La Maison des Mondes du Livre, lancée vendredi dernier à Rabat, se veut une première bibliothèque de référence, qui devrait constituer, pour les générations présentes et futures, un espace où les livres donnent rendez-vous au monde entier, a affirmé à Rabat, le Secrétaire perpétuel de l’Académie du Royaume du Maroc, Abdeljalil Lahjomri.
Un projet culturel à l’échelle de Rabat
L’originalité de cette belle aventure culturelle privilégie la répartition de ses activités entre plusieurs lieux de Rabat dont chacun possédant sa vocation propre et participant d’un même ensemble, plutôt que leur regroupement au sein d'un bâtiment unique.
Prenant naissance à l’Académie du Royaume au Km 4 de l’avenue Mohammed VI, elle se prolongera deux kilomètres plus loin en direction de la tour Hassan, l’oued Bouregreg et sur sa rive droite la tour Mohammed VI, par une Résidence d’écrivains, en voie d’achèvement, au quartier de la Pinède, rapprochant ainsi l’Académie du centre-ville. Elle accueillera des auteurs marocains et étrangers, afin de favoriser la création littéraire, les échanges interculturels et la traduction, conçue comme un vecteur de dialogue entre les langues et les cultures
Une seconde résidence, dédiée aux artistes de différentes disciplines, est implantée dans le quartier historique des Oudayas. Ce site emblématique, qui domine l’embouchure du Bourgreg tout en contemplant l’Océan, riche de son patrimoine architectural et paysager, offre un cadre propice à la création et aux échanges entre artistes et écrivains. Dans ce lieu emblématique, l’ancien dépôt Moulay Yazid a été réaménagé en une salle d’environ cent places destinée aux lectures, présentations d’ouvrages, rencontres et manifestations artistiques. Cet espace qui est aujourd'hui déjà prêt, contribue à la diffusion des œuvres auprès du public et à la valorisation du patrimoine bâti par de nouveaux usages culturels.
Toujours aux Oudayas, une maison dédiée au oud et au qanoun assurera la transmission et la valorisation du patrimoine musical marocain, arabe et méditerranéen, en favorisant les échanges intergénérationnels et le dialogue entre traditions et créations contemporaines.
D’anciennes écoles ouvertes aux lettres et aux arts
Une deuxième étape étendra cette géographie culturelle au quartier de l’Océan, en rénovation, dont le patrimoine scolaire témoigne de l’histoire urbaine et sociale de Rabat. L’Académie contribue à sa transformation par la reconversion culturelle de deux anciennes écoles.
La première est l’établissement qui participa, au lendemain de l’indépendance, à la formation des premiers instituteurs marocains, plus connu des Marocains par ‘’ مدرسة المعلمين’’
(madrassat almou’alimine) deviendra AGORA, une maison destinée aux jeunes créateurs dans les domaines des lettres et des arts.
La deuxième école est l’ancienne École des fils de notables, Place Chouhada, autre bâtiment important de la mémoire scolaire de Rabat. Elle sera transformée en une institution culturelle complémentaire de l’Académie du Royaume du Maroc, dont la fondation est actuellement en préparation. Elle accueillera des conférences, des rencontres littéraires, des débats philosophiques et des échanges intellectuels ouverts à des publics diversifiés.
Accueillir les œuvres et permettre leur naissance
L’idée qui inspire ce projet n’est donc pas seulement de mettre en cohabitation dans même lieu les mondes du livre. Une grande capitale culturelle, explique Abdeljelil Lahjomri, ne doit pas seulement accueillir les œuvres déjà réalisées. Elle doit également offrir les conditions de leur naissance. Elle doit être un lieu où les écrivains écrivent, où les artistes créent, où les jeunes talents trouvent les moyens de s’exprimer et où les citoyens peuvent rencontrer ceux qui participent à la vie de l’esprit.
En valorisant la diversité des œuvres, des récits civilisationnels et des langues, la Maison fait dialoguer les écritures et met en lumière la pluralité des expressions de l’expérience humaine, a noté M. Lahjomri.
Pour marquer ce lancement, l’un des moments forts de cette cérémonie était le dévoilement des 54 livres de référence représentant les 54 pays du continent africain. Ces ouvrages sont le fruit d’un travail engagé par l’Académie du Royaume du Maroc, enrichi par la contribution d’universitaires, de chercheurs et de spécialistes africains dans le cadre des travaux sur les essentiels des littératures africaines et diasporiques.
"Les 54 livres que nous dévoilons aujourd’hui ne constituent pas une liste définitive. Ils sont un commencement. La Maison des Mondes du Livre sera une bibliothèque évolutive. Elle accueillera de nouvelles œuvres, recherches, traductions et découvertes, tout en s’enrichissant de donations d’écrivains, de chercheurs, de familles, d’institutions et de lecteurs qui souhaiteront contribuer à son enrichissement", a-t-il souligné.
De l’Afrique à une bibliothèque universelle
La Maison des Mondes du Livre prend l’Afrique comme point de départ, sans toutefois s’y limiter. Elle ambitionne de contribuer à la constitution d’une bibliothèque universelle de référence fondée sur la contribution de différents continents plutôt que sur un centre unique prétendant définir l’universel.
L’universitaire, écrivaine et éditrice, Rabiaa Mahrouch, a relevé que ce nouvel espace interculturel souhaite aller au-delà de la simple présentation des cultures et des œuvres pour créer les conditions d’un véritable dialogue, où les langues, les traditions et les imaginaires s’enrichissent mutuellement et font naître de nouvelles formes de création et de pensée.
La cérémonie inaugurale, qui s’est tenue à l’Académie du Royaume du Maroc, a vu la participation de grandes figures de la littérature, de la pensée et de la vie culturelle internationale, notamment les Prix Nobel de littérature Wole Soyinka et Jean-Marie Gustave Le Clézio, aux côtés du Prix Nobel de la paix Michel Boko.
La rencontre s’est également enrichie de la participation de David Diop, lauréat du Booker Prize international, ainsi que d’un éminent parterre de personnalités marocaines et d’acteurs culturels venus, des quatre coins du monde, participer à cette rencontre placée sous le signe du partage des savoirs et de la coopération intellectuelle.