Politique
L’essentiel du Programme gouvernemental : ambition sociale, souveraineté stratégique et impératif de croissance
La consolidation de l’État de droit et des institutions constitue la première priorité déclarée du programme. Le gouvernement établit un lien entre qualité de la gouvernance, confiance citoyenne et efficacité de l’action publique, affirme Fatima Ezzahra El Mansouri devant les deux les deux Chambres du Parlement réunies.
Présenté devant le Parlement par une Cheffe du gouvernement, encore impressionnée par des nouvelles fonctions, le programme gouvernemental 2026-2031 déclare son intention de franchir une nouvelle étape dans les réformes, en conciliant ‘’consolidation institutionnelle, justice sociale, insertion des jeunes, souveraineté stratégique et développement économique’’. Au-delà de la poursuite des politiques engagées, Fatima Ezzahra El Mansouri qui se meut progressivement dans son tailleur de Premier ministre, assure privilégier les résultats concrets, la qualité des services publics, l’efficacité de l’investissement et la réduction des disparités sociales et territoriales. Ses sept priorités s’accompagnent d’engagements chiffrés, dans un cadre soumis aux exigences de soutenabilité financière. Elle s’est également déclarée résolue à lutter contre la corruption. Le gouvernement annonce l’incrimination de l’enrichissement illicite, le renforcement des déclarations de patrimoine, des sanctions contre les conflits d’intérêts et une surveillance accrue des marchés publics. Autant d’engagement sur lesquels elle devrait être à chaque bilan d’étape de l’action gouvernementale.
Des réformes aux résultats
Le programme part d’un constat désormais commun : malgré les transformations institutionnelles, économiques et infrastructurelles réalisées au cours des dernières décennies, les bénéfices du développement restent inégalement répartis entre les populations et les territoires.
Le gouvernement inscrit son action dans la continuité des réformes conduites sous la direction du roi Mohammed VI. Il se donne pour référence : la Constitution de 2011, la régionalisation avancée et le Nouveau Modèle de Développement à l’horizon 2035. Il fonde sa légitimité sur la stabilité institutionnelle, la monarchie constitutionnelle et le choix démocratique, tout en présentant les élections législatives du 23 septembre 2026 comme l’expression d’attentes renouvelées.
Celles-ci concernent principalement le pouvoir d’achat, l’emploi, l’avenir des jeunes, la qualité de l’école et de l’hôpital publics, les inégalités territoriales et la sécurité des approvisionnements essentiels.
L’inflexion annoncée consiste à dépasser la seule extension de la couverture sociale, l’augmentation des investissements ou la multiplication des programmes. La priorité est désormais d’améliorer les prestations, le rendement des investissements et la complémentarité des politiques publiques. L’action de l’État doit davantage se mesurer à ses effets sur la vie quotidienne.
Cette ambition s’inscrit dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, le protectionnisme, les mutations numériques et les pressions climatiques. Autant de contraintes que le gouvernement entend aussi transformer en occasions de renforcer la position industrielle, commerciale et stratégique du royaume.
La réforme institutionnelle comme condition de la confiance
La consolidation de l’État de droit et des institutions constitue la première priorité déclarée du programme. Le gouvernement établit un lien entre qualité de la gouvernance, confiance citoyenne et efficacité de l’action publique.
Ses engagements portent sur la modernisation de la justice, l’accès équitable aux droits, la protection des libertés, l’égalité entre les femmes et les hommes et la participation citoyenne.
La régionalisation avancée occupe une place centrale. Le programme prévoit de clarifier les compétences des régions, de moderniser la réalisation des projets et de renforcer leur autonomie financière. Les transferts qui leur sont destinés devront atteindre au moins 12 milliards de dirhams à partir de 2027.
Les contrats-programmes entre l’État et les régions seront progressivement généralisés, avec des objectifs explicites d’emploi, d’investissement et de réduction des disparités. La déconcentration administrative et les nouveaux programmes de développement territorial intégré doivent accompagner cette transformation.
La lutte contre la corruption constitue le second volet de cette ambition. Le gouvernement annonce l’incrimination de l’enrichissement illicite, le renforcement des déclarations de patrimoine, des sanctions contre les conflits d’intérêts et une surveillance accrue des marchés publics.
Il entend également combattre les monopoles et les pratiques d’intermédiation opportuniste. Une mesure prévoit de réserver légalement 30 % de la valeur des marchés publics aux petites et moyennes entreprises marocaines. Les modalités précises d’application de cette obligation ne sont toutefois pas détaillées dans le programme.
La confiance institutionnelle, la transparence économique et l’efficacité administrative apparaissent ainsi comme des conditions de réussite des politiques sociales et productives.
Identité, droits et cohésion sociale
La troisième priorité associe la préservation de l’identité marocaine, la solidarité nationale et l’élargissement des droits.
Le gouvernement entend poursuivre la réforme du Code de la famille, renforcer la protection des femmes et des enfants, améliorer la situation des personnes âgées et des personnes en situation de handicap et lutter contre les discriminations.
La mise en œuvre du caractère officiel de l’amazighe fait l’objet d’engagements spécifiques : création d’un fonds de 2 milliards de dirhams et d’une commission ministérielle permanente chargée de suivre son intégration dans l’enseignement, l’administration, la justice, les médias et la signalisation publique. Un rapport annuel évaluera les progrès accomplis.
La protection des données personnelles, l’accès à l’information, le partenariat avec la société civile et la participation des Marocains du monde complètent ce volet.
La cohésion sociale dépasse ainsi la redistribution des revenus pour englober l’égalité des droits, la diversité culturelle, les solidarités familiales et l’appartenance nationale.
L’État social : de la couverture aux prestations effectives
Le renforcement de l’État social constitue l’un des principaux axes du programme. Il associe soutien au pouvoir d’achat, redistribution et amélioration des services publics.
Face à la hausse du coût de la vie, le gouvernement prévoit de réorganiser les circuits d’approvisionnement et de commercialisation, notamment pour les viandes et les poissons, de rapprocher producteurs et consommateurs et d’encadrer les relations entre exportations et marché intérieur.
Plusieurs engagements concernent directement les ménages : une compensation automatique de la facture mensuelle d’électricité lorsqu’elle ne dépasse pas 100 dirhams, pour les résidences principales éligibles ; une réforme progressive de l’impôt sur le revenu ; et le relèvement de l’aide sociale de 500 à 1 000 dirhams à la fin du mandat, avec un ciblage fondé sur le revenu réel.
La réforme des retraites occupe une place particulière. Elle ne doit pas se limiter à modifier l’âge de départ, les cotisations ou le calcul des pensions, mais reconstruire un système cohérent, élargissant la couverture aux personnes sans pension, rapprochant les droits entre régimes et garantissant leur viabilité financière.
Le gouvernement prévoit de relever progressivement le minimum des pensions principales à 3 000 dirhams mensuels et de porter la pension de réversion des veuves à 100 % de la pension principale de leur conjoint décédé, contre 50 % actuellement, tout en préservant les droits des autres ayants droit.
Dans la santé, la généralisation de la couverture médicale doit désormais déboucher sur un accès effectif, équitable et continu à des soins de qualité. Le programme prévoit de réduire les déficits territoriaux, de réformer l’accueil et les urgences, de généraliser l’aide médicale urgente et de déployer un système national unifié d’information sanitaire.
L’éducation obéit à la même logique de résultats. Le gouvernement vise au moins 80 % d’élèves maîtrisant les apprentissages fondamentaux en 2031 et affiche un objectif de zéro décrochage scolaire en 2030. La généralisation des établissements pionniers, les évaluations régulières et l’accompagnement individuel doivent soutenir cette évolution.
La politique du logement dépasse, elle aussi, la seule construction d’habitations. Elle vise à mieux articuler logement, revenus, emploi, transports et services. Elle prévoit une offre locative nationale, des solutions adaptées aux fonctionnaires des secteurs rencontrant des difficultés de recrutement et la réhabilitation ou la construction de 100 000 logements ruraux, avec une aide directe de 40 000 dirhams par ménage éligible.
L’ensemble traduit une conception de l’État social fondée sur la qualité et l’accessibilité réelles des prestations plutôt que sur la seule reconnaissance des droits.
La jeunesse, priorité sectorielle et transversale
Le programme érige la jeunesse en l’un des fils conducteurs du programme. Environ 2,9 millions de jeunes de 15 à 29 ans ne sont ni scolarisés, ni en formation, ni en emploi. Le chômage atteint 29,2 % chez les 15-24 ans, tandis que quelque 300 000 élèves quittent chaque année l’école sans qualification.
Face à cette situation, le gouvernement privilégie une politique intégrée, accompagnant les jeunes de l’éducation et de la formation jusqu’à l’emploi et à la stabilisation économique.
À partir de 2027, un programme national devrait permettre de former chaque année 100 000 jeunes selon les besoins des entreprises et d’offrir à environ 100 000 autres une première expérience professionnelle. La capacité annuelle de formation par apprentissage devra atteindre entre 150 000 et 200 000 bénéficiaires.
L’accompagnement de 60 000 entreprises, le développement de logements locatifs abordables et la création d’un passeport de mobilité professionnelle visent à faciliter l’insertion.
La jeunesse dépasse toutefois le seul champ de l’emploi. Elle traverse les autres priorités : participation politique, formation numérique, entrepreneuriat rural, accès aux marchés publics, chantiers liés à la Coupe du monde 2030 et mobilisation des compétences marocaines.
Son insertion est ainsi considérée comme une condition de la cohésion sociale, de la compétitivité économique et de la capacité du pays à retenir ses talents.
La souveraineté stratégique face aux nouvelles vulnérabilités
La sixième priorité étend la souveraineté à l’eau, à l’énergie, à l’alimentation, au numérique, à l’industrie et aux capacités technologiques.
Dans l’énergie, le gouvernement vise une part des renouvelables supérieure à 52 % du mix énergétique en 2030. Il prévoit également de développer l’hydrogène vert, de renforcer les infrastructures gazières et d’améliorer l’efficacité énergétique.
La sécurité hydrique repose sur la diversification des approvisionnements : barrages, dessalement et, si nécessaire, transferts entre bassins, dans le respect des équilibres territoriaux. Le programme prévoit de doubler l’effort de construction de barrages, et non nécessairement leur nombre.
La mobilisation d’eau par dessalement doit atteindre 1,8 milliard de mètres cubes à l’horizon 2031. Un Plan national de l’eau devra coordonner durablement les politiques hydriques, agricoles, énergétiques et territoriales.
La souveraineté alimentaire passe notamment par le relèvement de la part des semences nationales de 20 % à 50 %, la sécurisation des stocks céréaliers, la régulation de certaines exportations et la reconstitution du cheptel.
Le programme prévoit également de renforcer la cybersécurité, de développer une intelligence artificielle responsable, les industries à faibles émissions de carbone, une base industrielle et technologique de défense et une flotte marchande nationale compétitive.
Ces orientations répondent à une double ambition : réduire les dépendances extérieures et renforcer la place du Maroc dans les chaînes internationales de production et de commerce.
Sur le plan diplomatique, le gouvernement réaffirme la centralité de la question du Sahara, dans le prolongement de la résolution 2797 du Conseil de sécurité, son soutien à l’initiative marocaine d’autonomie et l’importance du développement des provinces du Sud. Il rappelle également la position marocaine sur la Palestine et Al-Qods, ainsi que son attachement à une solution à deux États.
La croissance économique comme condition de financement
La septième priorité donne sa cohérence financière à l’ensemble du programme. Le gouvernement considère que la consolidation de l’État social et de la souveraineté exige une économie plus productive, créatrice de valeur ajoutée, d’emplois et de recettes fiscales.
Il entend favoriser la diversification productive, la substitution de produits nationaux aux importations, l’industrialisation, l’innovation et l’économie sociale et solidaire.
Le secteur privé devra représenter les deux tiers de l’investissement national. Cet objectif repose notamment sur la Charte de l’investissement, l’amélioration de l’accès au financement et la réforme des centres régionaux d’investissement.
Le tourisme fait également l’objet d’une ambition chiffrée, avec 26 millions de visiteurs visés en 2030.
Le gouvernement fixe quatre principaux objectifs macroéconomiques :
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Indicateur |
Objectif |
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Croissance économique |
Moyenne annuelle de 5 % entre 2027 et 2031 |
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Inflation |
Contenue à 2 % par an |
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Déficit budgétaire |
Maintenu dans la limite de 3 % du PIB entre 2026 et 2031 |
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Dette publique |
Ramenée à environ 62 % du PIB en 2031 |
Cette trajectoire suppose une meilleure mobilisation des recettes fiscales, une rationalisation des dépenses publiques, une contribution accrue des établissements et entreprises publics et une restructuration de leur portefeuille.
Elle révèle l’une des principales contraintes du programme : financer des engagements sociaux et des investissements stratégiques considérables tout en maintenant la discipline budgétaire.
Les conditions de réalisation : convergence et cohérence
Au-delà de ses sept priorités, le programme repose sur quatre articulations essentielles.
La première relie confiance institutionnelle et efficacité de l’action publique. La réforme de la gouvernance, la lutte contre la corruption et la territorialisation des politiques doivent favoriser la réussite des autres chantiers.
La deuxième associe le développement du capital humain à la transformation productive. L’amélioration de l’éducation, de la santé et de la formation doit renforcer la capacité économique du pays, tandis que la croissance doit financer durablement l’État social.
La troisième lie souveraineté et compétitivité. Le développement des capacités nationales ne vise pas un repli économique, mais une meilleure insertion du Maroc dans les échanges internationaux et les chaînes de valeur.
La quatrième concilie ambition politique et réalisme financier. Le programme reconnaît les contraintes budgétaires et la nécessité d'une mise en œuvre progressive.
Plusieurs questions restent cependant ouvertes. Malgré la précision de nombreux objectifs, les calendriers détaillés, les coûts globaux, les arbitrages budgétaires et les modalités de financement ne sont pas systématiquement explicités. Certains engagements dépendent aussi de réformes institutionnelles complexes, du dialogue social et d’une forte mobilisation du secteur privé.
Ces incertitudes soulignent les défis de la traduction opérationnelle du programme, sans remettre en cause sa cohérence d’ensemble.
L’ambition globale du programme gouvernemental 2026-2031 reste de faire converger des politiques souvent conduites séparément. Son raisonnement repose sur l’interdépendance entre justice sociale, croissance économique, qualité institutionnelle, développement territorial et souveraineté stratégique.
L’ambition est de transformer les acquis institutionnels et matériels du Maroc en améliorations concrètes des conditions de vie, tout en préservant les équilibres économiques et financiers.