Deux expositions à Rabat entre géométrie, mémoire et matières réinventées

Deux expositions à Rabat entre géométrie, mémoire et matières réinventées

Le fer, la terre, le bois et la photographie utilisés par l’artiste ne sont pas choisis à l’état neuf. Ils portent les traces d’un usage antérieur et d’un accident qui les a détournés de leur fonction initiale

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Rabat accueillera en octobre deux propositions artistiques aux univers distincts. Atelier Qantara présentera « The distance between », une exposition immersive consacrée à Marco Guerra autour de son corpus « Volumes & Lines », tandis que la galerie Bab Rouah recevra « Prélude et Fugue » d’Itaf Benjelloun, réunissant sculptures, photographies et installations. Deux démarches qui explorent, chacune à leur manière, la matière, la mémoire, l’espace et le regard.

Marco Guerra explore « la distance entre »

Du 3 octobre au 3 novembre, Atelier Qantara organise à Rabat l’exposition immersive « The distance between », consacrée à l’artiste international Marco Guerra. Cette manifestation marque également l’inauguration de la nouvelle identité de la maison d’art et de culture, anciennement connue sous le nom de Maison Qantara.

L’exposition met à l’honneur « Volumes & Lines », un corpus d’œuvres issu de sept années de recherche et d’immersion dans la géométrie sacrée des citernes d’irrigation nord-africaines. Né au Chili et installé entre New York et Marrakech, Marco Guerra développe une pratique multidisciplinaire qui dépasse la simple représentation visuelle pour sonder l’expérience humaine, la mémoire et la nature.

Ce travail a déjà été présenté dans plusieurs espaces et rendez-vous artistiques au Maroc, notamment à la Galerie Dar El Bacha à Marrakech, au Palais El Badii dans le cadre des Rencontres de la Photographie, ainsi qu’à la Fondation TGCC/Artorium à Casablanca.

Avec « The distance between », le visiteur est invité à entrer dans une expérience à la fois visuelle et sonore. Le projet joue sur les distances, physiques autant que symboliques : entre l’eau retenue dans les œuvres et les vagues de l’océan Atlantique, entre la géométrie brute du béton et la fluidité de la nature, mais aussi entre celui qui regarde et l’œuvre elle-même.

Le vernissage VIP est prévu le 1er octobre en présence de Marco Guerra. L’exposition sera ensuite accessible dans la Galerie Warsha du Four Seasons Hotel Rabat at Kasr Al Bahr.

À travers cette programmation, Atelier Qantara affirme sa nouvelle orientation. La structure entend désormais se positionner comme une maison d’art et de culture créant des passerelles entre patrimoine, création contemporaine et savoir-faire d’exception.

Itaf Benjelloun, la matière en mouvement

Quelques jours plus tôt, le 2 octobre, s’ouvrira à la galerie Bab Rouah l’exposition « Prélude et Fugue » d’Itaf Benjelloun, qui se poursuivra jusqu’au 19 octobre. Sculptures, photographies et installations y forment un ensemble dans lequel la matière ne demeure jamais figée.

Le fer, la terre, le bois et la photographie utilisés par l’artiste ne sont pas choisis à l’état neuf. Ils portent les traces d’un usage antérieur et d’un accident qui les a détournés de leur fonction initiale : pied de chaise, herse, spirale ou autre fragment récupéré. Itaf Benjelloun ne cherche pas à les restaurer dans leur état d’origine. Elle leur donne une nouvelle énergie, un mouvement et une fonction plastique différents.

Ses pièces deviennent ainsi des constructions tendues vers le monde. Elles prennent la forme d’une danse, d’une torsion ou d’un élan, comme si chaque matériau conservait sa mémoire tout en entrant dans une nouvelle trajectoire.

Dès l’entrée, sculptures et photographies donnent le ton. Dans la salle principale, les œuvres ne se limitent pas à leur présence matérielle. Elles projettent aussi des images dans l’espace. Des sculptures aux yeux fermés semblent d’abord immobiles, avant que la lumière ne les active et ne fasse apparaître sur les murs des fragments d’images et de visages.

Ces projections proviennent des yeux mêmes des sculptures. Elles renvoient à des mémoires partielles, à des visages extraits de leur histoire et recomposés sans jamais être rendus entièrement à leur contexte d’origine. Le visiteur découvre progressivement ce dispositif et le dialogue instauré entre objet, image, lumière et souvenir.

Un dialogue avec Anta Germaine Gaye

« Prélude et Fugue » accueillera également Anta Germaine Gaye, peintre et sculptrice sénégalaise connue pour avoir renouvelé les codes de la peinture sous verre, le suweer. Depuis 1999, elle anime à Dakar l’atelier Fer & Verre.

Cette présence fait écho au travail d’Itaf Benjelloun, qui manipule elle aussi le fer et le verre, l’un intervenant dans la structure, l’autre dans le regard. L’intervention d’Anta Germaine Gaye introduit cependant une autre matérialité et un autre rapport au temps. Elle vient volontairement suspendre le rythme du parcours avant que celui-ci ne reprenne.

Née à Ksar el Kébir, Itaf Benjelloun a grandi, vit et travaille à Tanger. Son parcours associe des études d’architecture à Toulouse, de littérature française à Rabat et un intérêt ancien pour la création artistique. Tout en exerçant comme architecte d’intérieur, elle trouve dans la sculpture son principal moyen d’expression. Elle présente son travail depuis 1997.

Avec ces deux expositions programmées en octobre, Rabat accueillera ainsi deux démarches très différentes mais traversées par des préoccupations communes : les transformations de la matière, la mémoire des formes, la relation à l’espace et la place du regardeur dans l’expérience artistique.

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