FREE PALESTINE : QUANT LE MONDE DORT... Par Mustapha Sehimi

FREE PALESTINE : QUANT LE MONDE DORT... Par Mustapha Sehimi

Francesca Albanes a voulu interroger, à travers ces récits, à la fois le passé et le présent de la Palestine, dans l'espoir d'imaginer un avenir meilleur pour tous ceux qui partagent cette terre.

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Dans « Quand le monde dort », la juriste italienne Francesca Albanese rassemble dix récits pour témoigner des blessures palestiniennes, dénoncer l’effacement du droit international et interroger l’indifférence de la communauté internationale. Mustapha Sehimi revient sur un ouvrage d’indignation, mais aussi d’espoir, qui place la justice et la responsabilité au cœur de toute paix possible.

Mustapha Sehimi

Professeur de droit (UMV Rabat, Politologue

Voilà un livre à lire. L'auteur est l'italienne Francesca Albane, juriste, Rapporteuse spéciale de l'ONU sur les droits humains dans les territoires palestiniens occupés. Elle a même été pressentie pour le Prix Nobel de la Paix. Elle est l'autrice de deux autres Palestinian Refugees in International Law (2020) et J'accuse (2023). Quand le monde dort. Récits, voix et blessures de la Palestine", ed. Mémoire d'Encrier, Québec, 2026, 164 p, est celui qui nous intéresse ici.

De l'indignation ! Voilà la trame de ce livre. Dans l'exercice de ses fonctions, elle a mesuré - pour s'en insurger - l'indifférence des représentants d'État répétant le même discours: la condamnation de l'attaque du Hamas du 7 octobre, la solidarité avec les victimes israéliennes et la demande de libération des otages mais en même temps pas "la moindre empathie pour les Palestiniens" - et pas un seul mot pour la mort de plus de 72.000 personnes à Gaza. Personne ne se soucie d'appliquer la Convention internationale sur le génocide du 9 décembre 1948 (Résolution A (III) de l'Assemblée générale des Nations Unies. Mais qui se soucie sérieusement aujourd'hui du respect du droit international ?

Depuis un an, Francesca Albanese a été sanctionnée par les États-Unis. Le 9 juillet 2025, le Département du Trésor l'a inscrite sur la liste des "ressortissants spécialement désignés". Ce qui veut dire précisément qu'il est interdit à tout citoyen ou toute entreprise américains d'avoir le moindre bien financier avec elle. Dans l'histoire onusienne, elle devient ainsi la première responsable de l'Organisation mondiale sous le coup d'une telle mesure. Son "crime" ? Il est absurde : sa collaboration avec la Cour pénale internationale (CPI). Juriste, avocate, son parcours s'est décliné autour de plusieurs phases marquées au départ par la découverte des relations internationales. Elle précise que l'intellectuel palestinien, Edward W. Saïd, l'a beaucoup influencé par ses écrits, notamment son ouvrage de référence (L'Orientalisme, L'Orient créé par l'Occident, Points, Paris , 2015; paru originalement en anglais en 1978, chez Routledge & Kegan Paul Ltd, Londres).

Un cadre qui lui sera bien utile : comprendre la politique de la représentation et la construction de "l'Autre" ; et les distorsions profondément ancrées dans les récits autocentrés ; dévoiler le monde tel qu'il est ; appréhender en se référant également à Antonio Gramsci comment " la culture soutient le pouvoir " ; et que la résistance doit d'abord commencer par la remise en question des récits par trop officiels. De telles influences ne pouvaient que marquer son parcours et guider ses choix : quatre années au Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'Homme, puis en Palestine au sein de l'UNRWA agence d'aide humanitaire aux réfugiés déplacés par la guerre de 1948 après la Nakba. Après des années en Indonésie elle esrt enfin de nouveau en Palestine, mandatée par l'ONU. Elle y incarne la fonction de "témoin véridique" : enquêter avec rigueur, confronter les faits au droit, dire la vérité au pouvoir même lorsqu'elle dérange, dévoiler l'asymétrie entre « occupant et occupé », « colonisateur et colonisé ». Montrer comment des décennies de dépossession ont fini par être "normalisées" par une communauté internationale trop souvent impuissante.

Ce livre a vu le jour grâce à tous ces compagnons et compagnes de route qui l'ont entourée de près ou de loin. Elle a donc choisi de centrer l'exploration de thèmes considérés comme fondamentaux pour comprendre l'histoire, le présent et l'avenir de la Palestine sur les récits de dix personnes qui lui sont chères. Ces dix personnes, par leur enseignement leur témoignage ou même simplement leur présence, l'ont guidée dans son cheminement vers la connaissance de cette terre qui souffre depuis bien trop longtemps. 

Elle a voulu interroger, à travers ces récits, à la fois le passé et le présent de la Palestine, dans l'espoir d'imaginer un avenir meilleur pour tous ceux qui partagent cette terre. Son propos n'est pas d'adoucir la réalité cruelle dans laquelle nous vivons: les récits sont brutaux, dévastateurs. Parfois insoutenables. Certains viennent du cœur même du génocide, d'autres de la position douloureuse de ceux qui, impuissants, ont dû regarder les atrocités de loin. 

Et pourtant, au milieu de cette souffrance, une conviction : la paix au Moyen-Orient, et en Palestine, reste possible. Cette terre peut redevenir un foyer pour juifs, chrétiens, musulmans et pour tous ceux qui la considèrent comme leur chez eux - quel que soit le nom qu'on lui donne. Mais cette paix ne pourra voir le jour qu'en s'appuyant sur la justice universelle et la responsabilité partagée.

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