Washington admet disposer d'armes dans l'espace, la compétition militaire s'intensifie en orbite

Washington admet disposer d'armes dans l'espace, la compétition militaire s'intensifie en orbite

L'US Space Force, la branche des armées américaines dédiée à l'espace, a reconnu pour la première fois que les Etats-Unis disposaient d'armes déployées dans l'espace, sans les détailler de manière précise

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En reconnaissant pour la première fois disposer de systèmes armés déployés en orbite, les États-Unis franchissent un nouveau seuil dans la militarisation de l’espace. Cette annonce, immédiatement dénoncée par Pékin et Moscou, ravive les inquiétudes sur une course aux armements spatiaux alors que satellites, brouillage, lasers et capacités antisatellites occupent désormais une place centrale dans les stratégies militaires des grandes puissances.

Les Etats-Unis ont admis lundi avoir des armes dans l'espace, dans une nouvelle étape de la course aux capacités spatiales militaires des grandes puissances, immédiatement dénoncée tant par la Russie que par la Chine.

L'US Space Force, la branche des armées américaines dédiée à l'espace, a reconnu pour la première fois que les Etats-Unis disposaient d'armes déployées dans l'espace, sans les détailler de manière précise.

"Les États-Unis disposent de systèmes de contrôle spatial armés en orbite capables de défendre la force interarmées contre des actions hostiles d'adversaires", a déclaré un porte-parole de l'US Space Force dans un communiqué.

La Chine, grande rivale des Etats-Unis pour la prééminence mondiale, qui renforce à grande vitesse ses capacités militaires dans tous les domaines, a promptement réagi en pressant Washington "de cesser le déploiement de ses capacités militaires et de se préparer à une guerre dans l'espace". La Russie, elle, a fait valoir que l'espace devait être "exempt de tout armement".

Quels sont les enjeux de la rivalité ?

Ciblage, observation, communication, brouillage... L'espace permet de faire la guerre et celui qui ne le maîtrise pas la perd. Et les Etats ont besoin de toujours plus de satellites car "celui qui comprend le plus vite et qui agit le plus vite prend l'ascendant", selon le plus haut gradé français, le général Fabien Mandon.

Sur le front ukrainien, les constellations de satellites comme Starlink pour Kiev ou Rassvet pour Moscou sont indispensables au guidage des drones.

Dans la guerre d'Iran, Pékin aurait fourni à Téhéran des images satellites qui ont permis à la République islamique de cibler précisément des installations militaires et de tuer des militaires américains, selon le Wall Street journal, ce que la Chine a démenti.

De quelles armes parle-t-on ?

Les grandes puissances spatiales ont déjà démontré qu'elles pouvaient détruire des satellites depuis la terre au moyen de missiles. L'Inde est la dernière à avoir rejoint le club des ASAT (armes anti-satellites) après avoir détruit un de ses satellites en 2019.

La nouveauté est que les Etats-Unis reconnaissent désormais en posséder dans l'espace.

Il existe quatre grands types d'ASAT, selon un rapport du centre de recherche du Congrès américain de 2024.

La famille des armes physiques, dites cinétiques: des missiles qui peuvent être tirés depuis le sol, l'atmosphère voire depuis l'espace.

La famille des armes "non cinétiques qui peuvent causer des dommages au moyen de rayonnements issus d'une détonation nucléaire, ou par l'utilisation de lasers à énergie dirigée et de micro-ondes capables d'aveugler (ou d'éblouir) un satellite adverse sans nécessairement le mettre hors service". Elles peuvent être employées depuis le sol ou l'espace.

Enfin le brouillage électromagnétique ou les attaques informatiques peuvent perturber la collecte ou la transmission des données satellitaires.

S'agissant des "armes" américaines, "je mise sur des brouilleurs, qui ne provoquent pas de débris" dans l'espace, a estimé sur X Victoria Samson, de l'ONG Secure World Foundation.

Mais "on ne peut que spéculer", temporise Laëtitia Cesari, spécialiste du droit de l'espace au cabinet De Gaulle Fleurance.

La France, par exemple, développe des satellites dits "patrouilleurs" équipés de laser ou de brouilleur, pour protéger ses propres engins d'approches "inamicales" de satellites adverses.

Quel est le cadre juridique ?

"Il y a un vide normatif car l'article 4 du Traité de 1967 n'interdit en orbite que les armes de destruction massive et les armes nucléaires", explique Mme Cesari. "Les déploiements d'armes conventionnelles ne sont pas prohibés et donc, les Etats-Unis n'enfreignent a priori aucune règle avec cette déclaration".

"L'annonce elle-même ne surprend personne mais la surprise vient du fait que les Etats-Unis qualifient eux-mêmes leurs équipements d'armes" ajoute la juriste qui s'inquiète d'une dynamique "escalatoire".

"La question de la prévention d'une course aux armements va se poser à la conférence du désarmement de l'ONU", dont la prochaine réunion a lieu en novembre, anticipe Mme Cesari, qui résume: "Moscou et Pékin souhaitent travailler depuis une vingtaine d'années sur un traité pour la prévention du placement d'armes dans l'espace", tandis que "les Etats occidentaux essaient de travailler eux sur la notion de comportement responsable".

L'annonce américaine "va surement donner du vent dans les voiles de l'approche contraignante poussée par Moscou et Pékin", selon elle.

Que vont-faire les rivaux ?

"La Chine ne restera pas les bras croisés, car la stratégie spatiale américaine ne manquera pas de mettre en danger notre sécurité nationale", estime Song Zhongping, commentateur militaire indépendant basé à Hong Kong.

"Si on laisse les États-Unis armer et militariser l'espace, cela mettra inévitablement en péril les intérêts et les actifs spatiaux de la Chine. La Chine examinera donc attentivement la stratégie américaine et réagira de manière réciproque", selon lui.

"La Chine et la Russie utiliseront cette déclaration soit comme un nouvel exemple du rôle néfaste des États-Unis en orbite (argument qu'elles tiennent depuis des années sur la scène internationale), soit comme justification de leur propre programme offensif. Je ne vois aucune de ces deux voies bien se terminer pour les États-Unis", estime Mme Samson sur le site Spacepolicy.

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