Au sommet de l’OCS : une façade d’unité, mais une rivalité derrière le rideau - Par Samir Belahsen

Au sommet de l’OCS : une façade d’unité, mais une rivalité derrière le rideau - Par Samir Belahsen

Photo de familleen marge du26ème sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) à Bichkek, le 1er septembre 2026.

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À l’occasion de son 25e anniversaire, l’Organisation de coopération de Shanghai a affiché à Bichkek une volonté d’unité autour du multilatéralisme, de la souveraineté des États et du rejet de l’unilatéralisme. Samir Belahsen explique pourquoi derrière cette façade commune, les rivalités persistent, notamment entre la Chine et l’Inde, tandis que Pékin impose de plus en plus son empreinte économique, technologique et stratégique sur un ensemble qui se veut l’un des pôles du monde multipolaire.

Samir Belahsen

« Nous entrons dans un monde multipolaire. C'est une évolution positive, car elle multiplie les opportunités. Mais la multipolarité ne garantit pas la paix en elle-même. Sans institutions multilatérales fortes, la multipolarité peut mener à des confrontations chaotiques. »

António Guterres (Secrétaire général de l'ONU)

« La formation d'un ordre mondial multipolaire est une réalité objective, c'est un processus irréversible qui reflète la diversité culturelle et civilisationnelle de la planète. »

Sergueï Lavrov (Ministre russe des Affaires étrangères)

2026 marque le 25e anniversaire de l’OCS. Aujourd’hui, l’organisation regroupe environ dix pays membres : la Chine, la Russie, l’Inde, l’Iran, le Pakistan et un groupe de pays observateurs représentés par la Biélorussie, le Kazakhstan, le Kirghizistan, le Tadjikistan et l’Ouzbékistan. L’organisation comprend aussi quelque quinze pays partenaires de dialogue, parmi lesquels figurent la Turquie, l’Arabie saoudite et le Qatar.

Il s’agit avant tout d’un cadre de coopération, et non d’une alliance militaire.

Le 26e sommet a eu lieu à Bichkek, au Kirghizistan (et non à Shanghai dont l’organisation porte le nom), les 31 août et 1er septembre 2026.

Qu’en ressort-il ?

Une certaine unité géopolitique

D’abord, la « Déclaration de Bichkek » réaffirme explicitement le soutien à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de l’Iran. Les dirigeants appellent même à résoudre les différends par des méthodes politiques et diplomatiques.

Au sommet, Poutine s’est entretenu avec le président iranien Pezeshkian et lui a dit que la Russie faisait tout son possible pour aider l’Iran. Depuis son entrée dans l’OCS, l’Iran mise sur Pékin, Moscou et New Delhi pour lui apporter de nouveaux partenaires dotés d’un fort poids géopolitique.

Une critique franche de l’unilatéralisme

Selon Xi Jinping : « La rivalité s’intensifie entre dialogue et confrontation, gagnant-gagnant et jeu à somme nulle, et entre multilatéralisme et unilatéralisme. L’ombre de la guerre continue de hanter le monde ».

Il a aussi appelé à empêcher « des forces extérieures de s’immiscer dans nos affaires intérieures », et à s’opposer à « l’hégémonisme, la politique de puissance et l’intimidation ».

L’OCS réaffirme ses positions sur les sanctions unilatérales et le protectionnisme, et approuve « un système commercial mondial non discriminatoire, ouvert, équitable, inclusif et transparent ».

Quant à Guterres, l’invité d’honneur et presque oublié des autres, il a lancé un appel à : « mettre fin à la folie des guerres » et construire un monde multipolaire plus fort.

Coopération économique et technologique

Xi Jinping a fait avancer quatre axes : le développement, la sécurité, les peuples et le dialogue. Plus précisément :

Sur l’énergie verte et numérique, la Chine mettra en place 3 plateformes OCS dans le domaine de l’énergie, de l’industrie verte et de l’économie numérique. À ce stade, l’objectif est d’avoir, d’ici environ 5 ans, 10 GW ou plus d’énergie solaire et éolienne opérationnels au sein des pays de l’OCS.

Il a également annoncé la création d’un Centre de coopération pour l’application de l’intelligence artificielle. Il a aussi invité à utiliser la navigation BEIDOU et à rejoindre la Station internationale de recherche lunaire.

Dans le cadre de « la Ceinture et la Route », la Chine a promis 2 milliards de yuans d’aide aux OCS et une banque dédiée au financement du développement, ainsi que des prêts d’un montant de 10 milliards.

Une doctrine : Le Shanghai Spirit

A Bichkek Xi Jinping a rappelé la doctrine qu’il avait annoncée à Tianjin, en Chine, en 2025. Les principes de base de ce « Shanghai Spirit » sont : la confiance mutuelle, des bénéfices réciproques, la consultation fondée sur l’égalité, le respect de la diversité des civilisations et la recherche d’un développement partagé.

Il s’agit de faire « un modèle pour les valeurs communes de l’humanité » et d’écrire « un chapitre unique de coexistence pacifique ».

Sécurité régionale et stabilité

Le sommet a plaidé pour « renforcer les mécanismes permettant de contrer les menaces », sans préciser quelles seraient ces menaces. L’objectif est aussi la sécurité mondiale, le respect du droit international et, certainement, celui de l’ONU.

Cela montre comment le sommet de Bishkek de 2026 a pu donner l’apparence d’un front uni face à l’Occident, défendre l’Iran et promouvoir un programme économique et technologique à dominante chinoise, tout en se réclamant du multilatéralisme et de « l’esprit de Shanghai ».

Même le président Xi Jinping défend une alternative chinoise à la mondialisation via l’Organisation de coopération de Shanghai. Il propose des investissements monétaires et énergétiques élevés, toujours assortis d’un message résolument opposé aux sanctions et à l’hégémonie, mais sans jamais s’en prendre directement aux États-Unis. Dans moins d’un mois, il ira rencontrer Donald Trump a Washington.

D’un côté, l’OCS semble davantage liée sur le papier ; mais des lignes de fracture subsistent. Inde et Chine constituent une tension récurrente et délicate : elles veulent l’une et l’autre se trouver économiquement, mais se méfient l’une de l’autre sur tout le reste.

Pour l’Inde, il serait compliqué de voir la Chine se rapprocher du Pakistan, et coopérer ensemble au sein du même bloc. L’Inde n’est pas disposée à être encerclée.

L’Inde aime les investissements chinois, mais craint de voir les entreprises chinoises tout acheter… Elle voudrait plus de coentreprises et un véritable transfert de technologies.

Les médias parlent aussi des pays d’Asie centrale qui craignent d’être vassalisés mais qui ont besoin d’amis puissants.

Le monde multipolaire nécessitera, parait-il, du temps ; les Chinois se l’accordent. Il nécessite aussi des erreurs de l’hégémon américain, Trump en offre !