International
Tueries en Territoires palestiniens et pression diplomatique croissante sur Israël
Des proches pleurent devant le corps d'Islam Ajouri, 14 ans, à l'hôpital Rafidia de Naplouse, en Cisjordanie occupée par Israël, le 23 août 2026, après qu'il aurait été tué plus tôt dans la journée par des tirs de l'armée israélienne dans le camp de réfugiés d'Askar, situé à proximité, selon le ministère palestinien de la Santé. (Photo : Jaafar Ashtiyeh / AFP)
Un adolescent palestinien de 14 ans a été tué dimanche près de Naplouse, tandis que trois Palestiniens, dont un enfant de quatre ans, ont péri dans des frappes israéliennes dans la bande de Gaza. Ces nouveaux décès interviennent dans un contexte de violences meurtrières persistantes en Cisjordanie occupée et de tensions diplomatiques croissantes autour de la colonisation israélienne. Parallèlement, 102 anciens ambassadeurs français et britanniques appellent Paris et Londres à agir conjointement pour faire respecter le droit international et préserver la perspective d’un État palestinien.
Un adolescent de 14 ans tué près de Naplouse
Islam Ahmad Maher Ajouri, âgé de 14 ans, a été tué dimanche par des tirs de l’armée israélienne dans le camp de réfugiés d’Askar, près de Naplouse, dans le nord de la Cisjordanie occupée, selon le ministère palestinien de la Santé.
Mohammed Abou Kashk, président du comité de services du camp, a affirmé que l’adolescent avait été atteint lors d’une incursion des forces israéliennes dans l’est de Naplouse, notamment dans les anciens et nouveaux camps d’Askar. Selon lui, aucun affrontement ni heurt ne justifiait l’usage des armes à feu.
Une source du Croissant-Rouge palestinien a indiqué que l’adolescent avait été touché par une balle réelle à la poitrine. Son décès a ensuite été constaté à l’hôpital national de Naplouse. L’armée israélienne a déclaré qu’elle vérifiait les informations relatives à sa mort.
Dans le même temps, les forces israéliennes menaient des recherches dans les secteurs d’Al-Auja et de Jéricho après une attaque au couteau contre un civil israélien de 24 ans. Selon la police israélienne, l’homme s’était garé près d’un centre commercial lorsqu’il a été attaqué par-derrière et poignardé à l’épaule. Blessé modérément, il a été évacué vers un hôpital de Jérusalem.
Le président du conseil d’Al-Auja, Hani Najoum, a affirmé que l’armée israélienne avait ensuite investi le village, déployé ses forces dans les rues et imposé un couvre-feu.
Gaza toujours frappée
Dans la bande de Gaza, trois Palestiniens, dont un enfant, ont également été tués dimanche dans des frappes israéliennes, selon la Défense civile.
Une frappe aérienne sur la ville d’Al-Zawayda, dans le centre du territoire, a tué deux personnes, parmi lesquelles Mohamed Abdel Salam Taha, un enfant de quatre ans. Plusieurs blessés ont été transportés à l’hôpital des Martyrs d’Al-Aqsa, à Deir al-Balah.
Une autre frappe a fait un mort dans le camp de réfugiés d’Al-Nuseirat. L’armée israélienne a prétendu comme à son habitude, avoir visé un « terroriste », sans fournir immédiatement davantage de détails.
Les opérations militaires israéliennes à Gaza se poursuivent malgré l’annonce, fin juillet, par le président américain Donald Trump d’une feuille de route prévoyant notamment le désarmement du Hamas et le retrait israélien du territoire palestinien.
Le Hamas a accepté cette feuille de route, tandis qu’Israël l’a rejetée en conditionnant tout retrait de ses troupes à un « véritable » désarmement du mouvement islamiste.
Selon le ministère de la Santé de Gaza, dont les chiffres sont considérés comme fiables par les Nations unies, les opérations israéliennes ont fait 1.286 morts depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu en octobre 2025. L’armée israélienne fait état de cinq soldats et d’un employé sous contrat tués durant la même période.
La Cisjordanie prise dans une spirale de violences
Les nouveaux incidents surviennent alors que les violences connaissent une forte recrudescence en Cisjordanie depuis l’attaque menée par le Hamas en Israël le 7 octobre 2023 et le déclenchement de la guerre à Gaza.
Vendredi déjà, deux Palestiniens avaient été tués dans le territoire occupé. À Jénine, Fathi Ziadan Khazem, 58 ans, avait succombé à ses blessures après avoir été abattu par les forces israéliennes.
L’armée israélienne prétend qu’il était armé d’un couteau et aurait tenté de poignarder un soldat. Il a été atteint de plusieurs tirs devant son fils de dix ans.
À Saïr, au nord d’Hébron, un Palestinien de 17 ans a par ailleurs été tué par le tir d’un colon. L’armée israélienne a indiqué que l’incident avait éclaté après des jets de pierres contre des civils israéliens et qu’un responsable de la sécurité d’une colonie avait ouvert le feu en direction de Palestiniens.
Depuis octobre 2023, au moins 1.100 Palestiniens ont été tués en Cisjordanie par des soldats ou des colons israéliens, selon un décompte de l’AFP fondé sur les données palestiniennes. Les chiffres israéliens font parallèlement état de 48 Israéliens tués pendant des opérations militaires israéliennes.
102 anciens ambassadeurs interpellent Paris et Londres
Sur le terrain diplomatique, 102 anciens ambassadeurs français et britanniques ont appelé la France et le Royaume-Uni, tous deux membres permanents du Conseil de sécurité de l’ONU, à agir ensemble pour faire respecter le droit international en Israël et dans les territoires palestiniens.
Dans une tribune publiée par Le Monde, les signataires estiment que les deux pays, qui ont reconnu l’État de Palestine en 2025, doivent désormais traduire cette décision en mesures concrètes.
Ils accusent notamment le gouvernement israélien de compromettre la perspective d’un État palestinien et dénoncent la situation humanitaire à Gaza ainsi que les violences meurtrières et destructions en Cisjordanie.
La tribune condamne également les crimes commis par le Hamas le 7 octobre 2023, tout en considérant qu’ils ne peuvent justifier la destruction systématique de Gaza et de sa population.
Les anciens diplomates recommandent notamment la suspension d’accords commerciaux avec Israël et de la coopération militaire bilatérale. Ils appellent également les Palestiniens à bâtir un État démocratique, à réunifier politiquement, administrativement et économiquement Gaza et la Cisjordanie et à organiser des élections libres. Le texte n’aborde toutefois pas la question du désarmement du Hamas, qu’Israël pose comme condition à son retrait de Gaza.
Le projet E1 cristallise les critiques européennes
La colonisation constitue un autre point majeur de tension. L’Allemagne, la France, l’Italie et le Royaume-Uni ont demandé à Israël de mettre fin à l’expansion des colonies et de retirer les appels d’offres concernant plus de 1.200 logements dans le cadre du projet E1.
Les quatre pays attestent que ce projet porte gravement atteinte à la continuité territoriale palestinienne en coupant la Cisjordanie entre le nord et le sud et en isolant davantage Jérusalem-Est.
Israël avait approuvé en août 2025 le programme E1, qui prévoit environ 3.400 logements sur une zone de douze kilomètres carrés située à l’est de Jérusalem, entre la colonie de Maale Adoumim et Jérusalem-Est.
Les quatre capitales européennes ont également mis en garde les entreprises susceptibles de participer aux appels d’offres contre les conséquences juridiques et réputationnelles d’une éventuelle implication.
Dans un territoire déjà marqué par une multiplication des violences, la poursuite de la colonisation, les opérations militaires israéliennes et la crise humanitaire à Gaza accentuent ainsi la pression internationale sur Israël, tandis que la perspective d’un règlement politique apparaît toujours plus fragile.