Iran–États-Unis : l’escalade militaire embrase la région et secoue les marchés de l’énergie

Iran–États-Unis : l’escalade militaire embrase la région et secoue les marchés de l’énergie

Image de propagande - des passants passent devant un panneau d'affichage anti-américain sur la place Enghelab, dans le centre de Téhéran, le 2 septembre 2026. (Atta Kenare / AFP)

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Une nouvelle séquence d’affrontements entre l’Iran et les États-Unis a ravivé mercredi les tensions au Moyen-Orient. Après des frappes américaines contre plusieurs installations iraniennes, Téhéran a riposté contre des positions ou territoires situés dans plusieurs pays de la région, tout en promettant une « nouvelle stratégie » destinée à « briser » l’ennemi. Cette escalade, qui a fait de nouvelles victimes civiles et militaires, accroît les inquiétudes autour du détroit d’Ormuz et continue de peser lourdement sur les marchés pétroliers et gaziers. Le président chinois Xi Jinping a contribué à détendre légèrement le marché pétrolier

Une nouvelle salve américaine contre l’Iran

Le Commandement américain pour le Moyen-Orient, le Centcom, a annoncé avoir frappé, pour le deuxième jour consécutif, des cibles appartenant au Corps des Gardiens de la Révolution iranienne.

Les opérations ont notamment visé des sites de défense aérienne, des systèmes radar ainsi que des installations maritimes. Cette nouvelle campagne intervient alors que le conflit, déclenché fin février, se prolonge sans perspective diplomatique immédiate.

Selon les médias d’État iraniens, au moins onze personnes ont été tuées dans les bombardements. Quatre victimes ont péri dans le district de Sirik, dans le sud-est du pays, lors d’une frappe qui aurait touché une cérémonie de mariage. Une cinquantaine de personnes y auraient également été blessées. Sept autres morts ont été signalés dans la région du Khouzestan, dans l’ouest de l’Iran.

Les Gardiens de la Révolution ont par ailleurs annoncé la mort de quatre de leurs membres, auxquels s’ajoutent trois membres du Bassidj, leur branche paramilitaire.

À Téhéran, l’attaque contre le mariage a suscité une vive réaction. Le président du Parlement iranien et négociateur en chef, Mohammad Bagher Ghalibaf, a vivement dénoncé Washington, rappelant également le bombardement de Minab, qui avait fait 155 morts, dont 120 enfants, aux premières heures de la guerre.

Un mariage au cœur de la polémique

Les autorités iraniennes ont diffusé des images montrant d’importants dégâts sur un site présenté comme celui de l’attaque de Sirik.

Ali Mallahi, père de la mariée, a déclaré à la télévision d’État qu’un immeuble résidentiel avait été touché alors qu’une cérémonie de mariage s’y déroulait.

Le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a qualifié l’opération de « crime de guerre », accusant les États-Unis de mener une guerre illégale contre son pays.

L’armée américaine n’a pas directement commenté cette frappe particulière. Elle a toutefois affirmé ne jamais prendre délibérément des civils pour cible, renvoyant la responsabilité des attaques contre les populations aux Gardiens de la Révolution.

Téhéran promet de « briser » l’ennemi

L’Iran a rapidement annoncé une riposte de grande ampleur.

Les forces armées iraniennes ont revendiqué des frappes visant ou traversant plusieurs pays de la région, notamment la Jordanie, le Koweït, Bahreïn, l’Irak et les Émirats arabes unis.

Téhéran a averti Washington qu’une « nouvelle stratégie » serait désormais mise en œuvre pour « briser les fondements » de son adversaire, sans fournir davantage de détails sur la nature ou l’étendue de cette doctrine.

Les autorités iraniennes ont également renouvelé leurs mises en garde à l’adresse des pays qui coopèrent avec l’armée américaine.

À Bahreïn, les sirènes d’alerte ont réveillé une partie de la population. En Jordanie, l’armée a indiqué avoir intercepté et détruit dix missiles tirés depuis l’Iran. Trois autres se sont écrasés dans des zones éloignées des habitations, sans faire de blessés.

Au Koweït, les autorités ont signalé un incendie dans un complexe résidentiel après une attaque de drone. En Irak, plusieurs explosions ont été entendues à Erbil, où les Gardiens de la Révolution affirment avoir visé des installations américaines.

Ormuz toujours au centre du conflit

Le détroit d’Ormuz demeure l’un des points les plus sensibles de cette guerre.

Deux pétroliers ont pris feu mercredi après avoir heurté des mines dans cette voie maritime stratégique, selon les autorités iraniennes. Lundi, deux marins philippins avaient déjà été tués lors d’une attaque contre un pétrolier saoudien.

Le détroit joue un rôle déterminant dans l’approvisionnement mondial en hydrocarbures. Sa fermeture partielle ou la simple menace pesant sur la navigation suffit à provoquer d’importantes réactions sur les marchés.

L’Iran cherche à imposer des frais de service pour la navigation dans cette zone, une mesure à laquelle Washington s’oppose fermement.

Les États-Unis ont, de leur côté, renforcé la pression économique sur Téhéran en imposant un blocus sur les ports iraniens et en annonçant des sanctions secondaires contre les partenaires commerciaux de la République islamique.

Le président américain Donald Trump affirme que l’économie iranienne est en train de « s’effondrer complètement ». Il a également appelé publiquement les Iraniens à se soulever contre leurs dirigeants.

Les autorités iraniennes ont, pour leur part, demandé à la population de réduire sa consommation d’essence alors que le pays rencontre des difficultés d’importation en raison du blocus américain.

Le pétrole hésite malgré l’escalade

Après avoir bondi dans un premier temps sous l’effet des nouvelles frappes, le pétrole a légèrement reculé mercredi.

Vers 12 h 45 GMT, le Brent de la mer du Nord pour livraison en octobre reculait de 0,36 %, à 94,31 dollars le baril. Le West Texas Intermediate américain cédait 0,63 %, à 89,65 dollars.

Les cours restent toutefois très élevés et soumis aux moindres informations concernant Ormuz.

Le président chinois Xi Jinping a contribué à détendre légèrement le marché en déclarant que Pékin était prêt à coopérer avec les pays du Moyen-Orient pour assurer la sécurité des voies maritimes internationales.

Le ministre américain de l’Énergie, Chris Wright, a par ailleurs affirmé que plus de 17 millions de barils avaient transité par le détroit lundi, soit un niveau proche de celui observé avant le début du conflit.

Ces estimations restent cependant difficiles à vérifier, de nombreux navires traversant Ormuz avec leur système d’identification automatique désactivé.

Selon certains analystes, entre six et huit millions de barils par jour franchiraient actuellement le détroit, soit presque deux fois plus qu’à la mi-juillet. Les exportations empruntant des itinéraires alternatifs, notamment depuis l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, contribuent également à limiter la flambée des cours.

Le gaz européen sous pression

Le marché du gaz se montre plus nerveux.

Le contrat de référence européen TTF néerlandais progressait de 0,46 %, à 72,55 euros le mégawattheure, après avoir atteint 75,33 euros, son plus haut niveau depuis janvier 2023.

L’Europe aborde l’approche de l’hiver avec des stocks relativement faibles, ce qui renforce ses besoins d’approvisionnement.

La situation du Qatar est particulièrement surveillée. Le pays, grand exportateur de gaz naturel liquéfié, dépend directement du détroit d’Ormuz et ne dispose pas de véritable voie maritime alternative pour acheminer sa production.

À cette fragilité géopolitique s’ajoute la concurrence avec les marchés asiatiques pour l’accès aux cargaisons de GNL, ainsi que la perspective de l’interdiction européenne des importations de gaz naturel liquéfié russe à partir de janvier 2027.

Alors que les affrontements reprennent entre Washington et Téhéran, l’équilibre énergétique mondial reste donc suspendu à l’évolution militaire du conflit et, surtout, à la capacité des acteurs régionaux et internationaux à maintenir ouverte l’une des voies maritimes les plus stratégiques de la planète.