Politique
Le réalisme de l’engagement politique dans les programmes électoraux - Par Omar Abbadi
L’association Awal Houriates manifeste en 2025 pour une réforme profonde du Code de la famille. Aujourd’hui, nombre de ceux qui se sont opposés au plan d’intégration des femmes par les procédés les plus inacceptables et qui défendaient les positions les plus rétrogrades sur cette question mettent en avant, durant la campagne électorale, le thème de l’intégration des femmes,
À la veille du scrutin, Omar Abbadi met en garde dans cette tribune contre la réduction de la politique à une simple accumulation de promesses électorales. Pour lui, la crédibilité d’un programme repose autant sur sa faisabilité, son financement et son calendrier que sur le projet de société qui le sous-tend et dont il est l’outil.

Omar Abbadi
Élément essentiel de la communication électorale et outil pour ouvrir le débat avec les citoyens, le programme est devenu, à force d’être brandi par tous, une sorte de recette magique.
Un programme n’est en aucun cas le fruit d’une consultation d’experts ou de conseils en marketing. Il doit, au contraire, résulter d’une réflexion collective, militante. Il doit procéder d’une analyse lucide, d’une réalité porteuse d’indications pour l’avenir. Il doit s’enraciner dans un projet de société.
Le slogan « Votez pour notre programme parce qu’il est réaliste », que mettent en avant les candidats de la majorité parlementaire de droite sortante, est révélateur. Vous l’aurez d’autant mieux constaté au fil des passages des différents partis politiques à la télévision : chacun arrive avec son programme ; certains n’hésitent pas à le brandir comme une référence magique. D’autres en vantent les mérites : le réalisme, les chiffres, le calendrier… Ou encore le contenu, en reprenant les grands axes classiques, du social au culturel, sans oublier la surenchère autour des augmentations du salaire minimum, des pensions de retraite et d’autres montants exorbitants. La présentation du programme est devenue une sorte de panacée, comme si la politique se réduisait à un catalogue, à une liste d’objectifs, à une compilation de propositions.
Non, un programme seul ne fait pas un parti politique.
Un programme efficace et pertinent procède d’un projet, d’une vision d’ensemble. Le programme politique est la traduction d’un projet de société.
Mais, en la matière, deux éléments sont fondamentaux. Sans eux, l’annonce d’un programme n’est qu’un vœu pieux sans grande conséquence.
Le premier élément est d’ordre technique. Les meilleurs programmes du monde ne peuvent être cohérents, sérieux et crédibles si l’on s’en tient à des généralités et à de vagues références à quelques principes fondamentaux.
Pour être crédible, un programme doit énoncer les principes fondamentaux qui encadrent l’action de la formation politique et constituent, en quelque sorte, la carte d’identité du parti concerné. Mais il doit aussi s’inscrire dans la réalité, tant dans le diagnostic qu’il établit de la situation que dans les solutions qu’il préconise et les projets qu’il promet. Ces derniers doivent, en outre, s’accompagner de mesures concrètes et de données précises permettant à l’électeur de comprendre comment le porteur du programme entend financer ses promesses, selon quel calendrier et, surtout, avec quelles ressources. Les électeurs peuvent ainsi vérifier dans quelle mesure les projets sont réellement fondés et réalisables, sur les plans technique et pratique.
Le deuxième élément, peut-être le plus important, tient au réalisme et à la sincérité de celui qui prétend appliquer le programme en question. Cela se résume en deux mots : la volonté politique.
Il ne s’agit pas, en la matière, de jurer sur le Coran ou devant un micro lors d’un meeting, comme nous le montrent les échos de la campagne actuelle. Pour rendre un programme crédible, il faut avoir la volonté politique de le mettre en œuvre et s’y engager fermement. L’expression de cette volonté et cet engagement verbal sont nécessaires, mais ne suffisent pas.
À cet égard, un exemple concret rappelle l’importance de la mémoire et de l’histoire récente : la question des femmes, les revendications d’équité et de changement portées à ce sujet par l’USFP, ainsi que les mesures concrètes prises en ce sens par le gouvernement Youssoufi.
Aujourd’hui, nombre de ceux qui se sont opposés au plan d’intégration des femmes par les procédés les plus inacceptables et qui défendaient les positions les plus rétrogrades sur cette question mettent en avant, durant la campagne électorale, le thème de l’intégration des femmes, alors qu’ils ont conduit, il y a quelque temps, une marche d’un million de personnes contre celle-ci.
C’est l’exemple le plus évident, et il touche à une question fondamentale. Mais on peut multiplier les exemples : la fibre sociale de ceux qui considéraient le social comme un obstacle à l’investissement, ou encore ceux qui ne croyaient pas à la démocratie et qui l’acclament aujourd’hui.
Toutes ces questions doivent être appréciées à l’aune de la réalité de l’engagement politique en leur faveur, et non des vœux pieux ou de la démagogie ambiante.