La BAD emprunte pour la première fois en dirhams : ce que cela change pour le Maroc

La BAD emprunte pour la première fois en dirhams : ce que cela change pour le Maroc

Le principal intérêt de cette initiative réside dans la possibilité de financer des projets marocains directement en dirhams. La BAD ne compte pas limiter cette initiative à une opération ponctuelle.

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La Banque africaine de développement (BAD) a annoncé, vendredi 30 octobre, sa première émission obligataire en dirhams marocains, d’un montant d’un milliard de dirhams et d’une maturité de sept ans. Cette opération marque une nouvelle étape dans la diversification de ses financements au Maroc et vise à renforcer le recours à la monnaie locale tout en contribuant au développement du marché financier national.

 "L'opération a pris la forme d'un placement privé auprès d'investisseurs qualifiés. D'une maturité de sept ans, l'obligation est assortie d'un taux d'intérêt variable indexé sur le Moroccan Overnight Index Average (MONIA)" un indice de référence du marché monétaire marocain, fait savoir la Banque dans un communiqué.

 Cette opération ouvre de nouvelles perspectives pour le financement des projets au Maroc, en réduisant leur exposition au risque de change et en renforçant le rôle du marché financier national.

Une première opération d’un milliard de dirhams

La Banque africaine de développement franchit ainsi une nouvelle étape dans ses relations financières avec le Maroc.

Concrètement, la BAD emprunte désormais directement en dirhams auprès d’investisseurs, au lieu de recourir exclusivement à ses principales devises de financement, notamment l’euro et le dollar américain.

L’objectif est de diversifier ses ressources financières et de proposer aux emprunteurs marocains des solutions mieux adaptées à leurs besoins.

Cette opération ne signifie toutefois pas que le milliard de dirhams mobilisé a déjà été affecté à des projets. Elle permet d’abord à la Banque de disposer de ressources en monnaie nationale pour développer ses interventions futures.

Réduire les risques liés aux fluctuations des devises

Le principal intérêt de cette initiative réside dans la possibilité de financer des projets marocains directement en dirhams.

Lorsqu’une entreprise ou un établissement public réalise ses recettes en monnaie nationale mais contracte un emprunt en euros ou en dollars, il s’expose aux variations des taux de change. Une dépréciation du dirham peut alors augmenter le montant nécessaire au remboursement de sa dette.

Le financement en monnaie locale permet de supprimer ce risque de change pour l’emprunteur, à condition que ses remboursements soient également libellés en dirhams.

Cette formule peut notamment intéresser les entreprises publiques, les collectivités territoriales et les opérateurs économiques dont les activités et les revenus sont principalement domestiques.

Elle ne supprime cependant pas tous les risques financiers. Le taux variable retenu pour cette première émission signifie que le coût des intérêts peut évoluer selon les conditions du marché monétaire marocain.

Une reconnaissance de la maturité financière du Maroc

Le choix du Maroc pour cette première expérience ne doit rien au hasard.

La BAD met en avant la solidité de son partenariat avec le Royaume, l’importance de son portefeuille d’opérations dans le pays, la demande de financements en dirhams exprimée par ses clients et la maturité de l’écosystème financier marocain.

L’émission traduit ainsi la capacité du marché national à accueillir une opération de financement d’une institution internationale de développement.

Au-delà de la mobilisation d’un milliard de dirhams, cette initiative peut contribuer à élargir les instruments disponibles sur le marché obligataire marocain.

La BAD entend d’ailleurs accompagner les autorités et les acteurs financiers nationaux dans le développement des instruments de couverture et le renforcement de la liquidité du marché des produits dérivés.

L’enjeu est de faciliter la gestion des risques financiers et de créer des conditions favorables à de nouvelles opérations en monnaie nationale.

Vers un financement durable en monnaie locale

La BAD ne compte pas limiter cette initiative à une opération ponctuelle.

Elle envisage la constitution d’un portefeuille de trésorerie dédié au dirham, qui pourrait notamment être alimenté par la conversion d’une partie de ses liquidités détenues en devises étrangères.

Ce mécanisme lui permettrait de développer progressivement ses capacités de financement en monnaie locale et de répondre à une demande plus diversifiée.

L’expérience marocaine pourrait également servir de référence pour le déploiement de dispositifs similaires dans d’autres pays africains.

Il ne s’agit pas pour autant d’une internationalisation du dirham. Cette émission ne modifie ni son régime de convertibilité ni son statut sur les marchés monétaires internationaux.

Elle témoigne plutôt de la possibilité, pour une institution financière multilatérale, de mobiliser des ressources directement sur le marché marocain et de les utiliser pour soutenir ses opérations dans le Royaume.

La portée de cette première émission dépendra désormais de sa capacité à déboucher sur de nouveaux financements, de leurs conditions et des secteurs économiques qui pourront en bénéficier.

Pour le Maroc, l’intérêt dépasse donc le montant mobilisé : il réside dans la perspective d’un accès élargi aux financements en monnaie nationale, moins exposés aux fluctuations des devises étrangères, et dans le renforcement progressif de son marché financier.

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