Emploi au Maroc : 173 000 postes en moins, les jeunes en première ligne

Emploi au Maroc : 173 000 postes en moins, les jeunes en première ligne

Les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus exposés : leur taux de chômage atteint 30,5 %, contre 27,2 % au trimestre précédent, soit une hausse de 3,3 points. Chez les 25-34 ans, il s’établit à 16 %. Il reste nettement plus faible chez les 35-44 ans et les 45 ans et plus, respectivement à 5,8 % et 3,5 %.

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Le marché du travail marocain se dégrade au troisième trimestre 2026. Selon la nouvelle enquête du Haut-Commissariat au Plan, l’emploi contre revenu recule de 173 000 postes par rapport au trimestre précédent. Le chômage strict atteint 10,5 %, avec des difficultés particulièrement marquées pour les jeunes et les femmes.

Le Maroc compte 10,47 millions de personnes en emploi contre revenu au troisième trimestre 2026, en baisse de 1,6 % par rapport au deuxième trimestre. Dans le même temps, le nombre de chômeurs augmente de 103 000 personnes pour atteindre 1,224 million. Plus largement, quelque 2,4 millions de personnes sont concernées par le chômage, une durée de travail insuffisante ou une situation relevant de la main-d’œuvre potentielle.

Ces résultats proviennent de l’Enquête sur la main-d’œuvre (EMO), qui remplace l’Enquête nationale sur l’emploi. Le HCP adopte ainsi de nouvelles définitions et élargit son observation aux différentes formes de besoins de travail non satisfaits.

Un recul principalement concentré dans les campagnes

La baisse de l’emploi contre revenu touche surtout le milieu rural, qui enregistre un recul net de 148 000 postes, contre 25 000 dans les villes. Le HCP précise toutefois que ces variations entre deux trimestres ne suffisent pas, à elles seules, à établir une destruction structurelle d’emplois.

Selon la ventilation sectorielle publiée, l’agriculture, la sylviculture et la pêche enregistrent la contraction la plus importante, avec 145 000 postes en moins, soit une baisse de 5,6 %. Les services reculent de 96 000 postes, soit 1,8 %, tandis que la construction perd 3 000 postes. Seule l’industrie progresse, avec un gain net de 69 000 postes, en hausse de 4,8 %.

Les services restent néanmoins le premier secteur employeur du pays : ils regroupent 5,155 millions de personnes, soit 49,2 % de l’emploi contre revenu. Viennent ensuite l’agriculture, la sylviculture et la pêche, avec 2,425 millions de personnes, soit 23,2 %, puis l’industrie, avec 1,526 million, et la construction, avec 1,354 million.

La répartition diffère fortement selon le lieu de résidence. Dans les villes, les services concentrent 64,2 % des personnes en emploi contre revenu, devant l’industrie, à 18,9 %. Dans les campagnes, l’agriculture, la sylviculture et la pêche occupent 54,1 % des personnes concernées, suivies des services, à 24,1 %.

Le taux d’emploi contre revenu, qui mesure la proportion de personnes occupant un tel emploi parmi les 15 ans et plus, passe de 38,2 % à 37,4 %. Il s’établit à 36 % en milieu urbain et à 40 % en milieu rural.

Le chômage augmente, surtout chez les jeunes

Le taux de chômage strict atteint 10,5 %, contre 9,5 % au deuxième trimestre. Le HCP chiffre cette hausse à 0,9 point sur la base des données non arrondies. Le nombre de chômeurs progresse de 57 000 personnes dans les campagnes et de 46 000 dans les villes.

Le chômage reste cependant plus élevé en milieu urbain, où il touche 12,5 % de la main-d’œuvre, contre 6,9 % en milieu rural. Les villes regroupent 76,4 % des personnes au chômage strict.

Les jeunes de 15 à 24 ans sont les plus exposés : leur taux de chômage atteint 30,5 %, contre 27,2 % au trimestre précédent, soit une hausse de 3,3 points. Chez les 25-34 ans, il s’établit à 16 %. Il reste nettement plus faible chez les 35-44 ans et les 45 ans et plus, respectivement à 5,8 % et 3,5 %.

Les écarts sont également importants selon le diplôme. Le chômage touche 18,1 % de la main-d’œuvre titulaire d’un diplôme avancé et la même proportion de celle possédant un diplôme intermédiaire. Le taux descend à 11,6 % pour les diplômes de base et à 4,7 % pour les personnes sans diplôme.

La catégorie des diplômes intermédiaires comprend notamment le baccalauréat, les qualifications professionnelles et les diplômes de technicien. Celle des diplômes avancés regroupe les diplômes de technicien spécialisé et de l’enseignement supérieur.

Les femmes cumulent faible participation et chômage élevé

La main-d’œuvre, composée des personnes en emploi contre revenu et des chômeurs stricts, s’établit à 11,694 millions de personnes, en baisse de 70 000 en un trimestre. Près des deux tiers résident en milieu urbain.

Le taux de participation au marché du travail recule de 42,2 % à 41,8 %. Il atteint 41,1 % dans les villes et 43 % dans les campagnes, où la baisse est plus prononcée.

L’écart entre les sexes demeure considérable. Seules 18,1 % des femmes de 15 ans et plus participent à la main-d’œuvre, contre 65,6 % des hommes. Les femmes représentent ainsi 21,7 % de la main-d’œuvre, mais 70,6 % des personnes hors de la main-d’œuvre.

Leur taux d’emploi contre revenu se limite à 15 %, contre 59,9 % chez les hommes. Parmi les femmes présentes sur le marché du travail, le chômage strict atteint 16,7 %, contre 8,7 % chez les hommes. En un trimestre, il augmente respectivement de 1,9 point et de 0,6 point.

La participation varie aussi selon l’âge. Elle atteint 56,6 % chez les 25-34 ans comme chez les 35-44 ans, contre 38,1 % chez les 45 ans et plus et 23,3 % chez les 15-24 ans. Pour ces derniers, le taux d’emploi contre revenu n’est que de 16,2 %.

Selon le niveau de qualification, la participation atteint 68,5 % pour les détenteurs d’un diplôme avancé, contre 43,3 % pour un diplôme intermédiaire, 40,2 % pour un diplôme de base et 37,3 % pour les personnes sans diplôme.

Des besoins de travail qui dépassent le chômage

La nouvelle enquête ne se limite pas aux personnes sans emploi qui recherchent activement un travail. Elle mesure aussi le sous-emploi lié à la durée de travail et la main-d’œuvre potentielle.

Cette dernière comprend des personnes sans emploi contre revenu qui recherchent un travail sans être disponibles pour l’occuper, ou qui sont disponibles sans avoir effectué de recherche récente. Le sous-emploi lié à la durée de travail concerne les personnes ayant travaillé moins de 48 heures durant la semaine de référence, recherchant à travailler davantage et disponibles pour le faire.

Au total, les trois formes de sous-utilisation concernent environ 2,4 millions de personnes, soit 80 000 de plus qu’au trimestre précédent. Parmi elles, 50,2 % sont au chômage strict, 29,9 % appartiennent à la main-d’œuvre potentielle et 19,9 % connaissent un sous-emploi lié à leur durée de travail.

Rapporté à la main-d’œuvre élargie, qui inclut la main-d’œuvre potentielle, cet ensemble représente 19,6 %, contre 18,9 % au deuxième trimestre. Le taux atteint 21,3 % dans les villes et 16,7 % dans les campagnes.

Là encore, les jeunes et les femmes sont les plus touchés. Le taux composite de sous-utilisation atteint 44,5 % chez les 15-24 ans, en hausse de 2,8 points. Il s’élève à 28,5 % chez les femmes, contre 17 % chez les hommes. Parmi les titulaires d’un diplôme intermédiaire, il passe de 26,4 % à 28,8 %.

Deux indicateurs complètent cette mesure. Le taux combinant chômage strict et main-d’œuvre potentielle atteint 15,7 %, contre 14,7 % précédemment. Celui qui associe chômage strict et sous-emploi lié à la durée de travail s’établit à 14,6 %, contre 14 %. Chez les femmes, ces deux taux atteignent respectivement 26,5 % et 19 %.

Des disparités régionales considérables

La participation au marché du travail varie de 30,2 % à Drâa-Tafilalet à 64,7 % à Dakhla-Oued Ed-Dahab, soit un écart de 34,5 points.

Outre Dakhla-Oued Ed-Dahab, trois régions dépassent la moyenne nationale de 41,8 % : Casablanca-Settat, avec 47 %, Tanger-Tétouan-Al Hoceima, avec 45,5 %, et Marrakech-Safi, avec 42,4 %. À l’autre extrémité, après Drâa-Tafilalet, figurent l’Oriental, à 35,7 %, Souss-Massa, à 37,5 %, et Guelmim-Oued Noun, à 38,6 %.

Guelmim-Oued Noun présente le taux composite de sous-utilisation le plus élevé, à 38,7 %. Suivent l’Oriental, à 28,3 %, Laâyoune-Sakia El Hamra, à 27,4 % (ms), Fès-Meknès, à 25,9 %, et Drâa-Tafilalet, à 23,6 %. Casablanca-Settat se situe également au-dessus de la moyenne nationale, avec 20,1 %.

Les niveaux les plus faibles sont enregistrés à Dakhla-Oued Ed-Dahab, avec 9,2 % (ms), à Rabat-Salé-Kénitra, avec 15,5 %, et à Béni Mellal-Khénifra, avec 16,1 %.

Pour le chômage strict, Guelmim-Oued Noun affiche également le taux le plus élevé, à 17,2 %, devant Drâa-Tafilalet, à 14,7 %, l’Oriental, à 13,7 %, et Casablanca-Settat, à 13 %. Les taux les plus bas sont relevés à Dakhla-Oued Ed-Dahab, à 4,6 % (ms), Tanger-Tétouan-Al Hoceima, à 6,8 %, Béni Mellal-Khénifra, à 7,6 %, et Souss-Massa, à 8,5 %.

Une nouvelle enquête pour mieux décrire le travail

L’EMO repose sur les normes internationales adoptées lors des 19e, 20e et 21e Conférences internationales des statisticiens du travail. Leur application a été adaptée aux spécificités marocaines.

L’emploi contre revenu désigne un travail exercé contre rémunération ou en vue d’un profit individuel ou familial. Il concerne les personnes de 15 ans et plus ayant travaillé au moins une heure durant la semaine précédant l’entretien, ainsi que celles temporairement absentes de leur emploi, notamment pour maladie ou congé.

Le chômage strict suppose de réunir trois conditions : ne pas avoir eu d’emploi contre revenu durant la semaine précédant l’entretien ; avoir recherché un travail rémunéré ou entrepris des démarches pour lancer un projet au cours des quatre semaines précédentes ; être disponible pour prendre un emploi dans les deux semaines suivantes, ou avoir pu en occuper un durant la semaine précédente si une occasion s’était présentée.

Le dispositif s’appuie sur un échantillon élargi à 135 000 ménages par an et sur une base de sondage actualisée à partir du recensement de 2024. La moitié de l’échantillon est commune à deux trimestres consécutifs, comme au même trimestre de deux années successives.

Ces évolutions visent à améliorer la précision des résultats, notamment à l’échelle territoriale, et le suivi des variations trimestrielles et annuelles. L’enquête élargit également l’observation aux liens entre formation et emploi, à la qualité du travail et aux différentes formes de précarité.

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