économie
Ferkessédougou, nouvelle porte d’entrée pour les entreprises marocaines en Côte d’Ivoire
L’ambassadeur du Maroc à Abidjan, Othman El Ferdaous invite les entreprises marocaines à regarder de près le dossier du Port Sec de Ferkessédougou et à visiter le site
Avec près de 460 millions d’euros d’investissements publics et une mise en service prévue fin 2028, le Port Sec de Ferkessédougou veut s’imposer comme un nouveau hub logistique et industriel du nord de la Côte d’Ivoire. Connecté au port d’Abidjan et aux marchés du Burkina Faso, du Mali et du Niger, le projet ouvre déjà ses terrains aux opérateurs privés. Pour l’ambassadeur du Maroc à Abidjan, Othman El Ferdaous, il représente une opportunité stratégique pour les entreprises marocaines dans la logistique, l’agro-industrie, le textile, les matériaux de construction, l’emballage ou encore la chaîne du froid.
Un investissement de 460 millions d’euros au cœur du nord ivoirien
Pour une entreprise marocaine qui souhaite s'implanter en Côte d'Ivoire, le Port Sec de Ferkessédougou (PSF) est une porte d'entrée à considérer sérieusement.
Ses terrains sont d'ores et déjà ouverts aux opérateurs privés, sur business plan, alors que la livraison n'est prévue que fin 2028.
Abdoulaye Alliagui, coordonnateur du projet, l'a rappelé lors de la première étape de Territoires & Avenir, à laquelle a assisté l’ambassadeur du Maroc à Abidjan, Othman El Ferdaous.
M.El Ferdaous qui invite les entreprises marocaines à regarder ce dossier de près et à venir voir le site, rappelle que l'État ivoirien a engagé près de 460 M€, les travaux sur 732 hectares en sont à 30% d'avancement. Les parcelles sont attribuées en autorisation d'occupation temporaire, une sorte de bail de longue durée. Une société publique de gestion du PSF est à l'étude.
Un marché régional appelé à fortement s’élargir
Pour bien situer le marché sur lequel s’ouvre Port Sec de Ferkessédougou, il suffit de retenir que la Côte d'Ivoire, le Burkina Faso, le Mali et le Niger comptent près de 110 millions d'habitants, et devraient approcher 160 millions en 2040 puis dépasser 190 millions en 2050.
Selon la Banque mondiale, le nombre de personnes y vivant avec plus de 8,30 dollars par jour (en parité de pouvoir d'achat) passerait d'environ 15 à 19 millions entre 2025 et 2028, tandis que l'extrême pauvreté reculerait de près de 2 millions de personnes. Ces nouveaux consommateurs achètent d'abord des biens de base, logement, alimentation transformée, matériaux de construction : une demande que des unités installées à Ferké pourront servir au plus près, sans changer de monnaie
Rail, énergie, hydrocarbures : un hub logistique en construction
À terme, 1400 hectares reliés par le rail au port d'Abidjan, avec un dépôt d'hydrocarbures de 61000 m³, un abattoir régional et une zone industrielle (350 ha). Le site dispose de son propre poste électrique, alimenté par deux lignes exclusivement dédiées, l'une aérienne, l'autre souterraine.
La réhabilitation du chemin de fer Abidjan-Ouagadougou, avec un embranchement vers le port sec, est programmée. Un appel d’offres pour un premier programme de travaux prioritaires, financé avec la Banque mondiale, a été lancé.
Le trafic attendu dès l'ouverture du PSF est de 1,8 million de tonnes (autant de marchandises à financer et assurer). Le projet devrait créer plus de 70000 emplois d'ici 2038, avec d'importants besoins en logements sociaux à la clef.
Ferkessédougou, carrefour entre Abidjan, Bamako et Ouagadougou
Ferkessédougou est situé à une équidistance remarquable d'Abidjan, de Bamako et de Ouagadougou. En 2025, le transit du Port Autonome d'Abidjan (PAA) vers le Burkina Faso et le Mali a augmenté d'un tiers, et le Burkina finance sur ses propres fonds l'autoroute entre Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, sur l'axe qui mène à la frontière ivoirienne.
La région bouge. Ferké comptait moins de 50 chambres d'hôtel en 2011, elle en compte plus de 250 aujourd'hui, et le chantier du PSF contribue à soutenir la demande locative.
Des opportunités pour les matériaux, l’agro-industrie et le textile
Beaucoup de secteurs sont concernés, à commencer par ceux qui paient cher la route. Un sac de ciment vendu 5000 FCFA à Abidjan se paie 6000 à 7000 FCFA dans le Nord. L'opérateur qui produit ou stocke à Ferké en garde une partie. Le raisonnement vaut pour les matériaux pondéreux, et pour le carburant.
Il y a ensuite la transformation agricole. Le climat et les sols du Nord se prêtent au coton, à l’anacarde, à la mangue, au karité et à la canne à sucre. Le maraîchage irrigué (oignon, tomate, piment, aubergine) s'y développe, et une étude de 2024 juge la région propice à la pomme de terre.
Le textile et l'agroalimentaire figurent parmi les chaînes de valeur que la CGEM a retenues pour la co-industrialisation panafricaine. L'emballage et le froid pourraient suivre.