En Israël, le documentaire "NAZA" pris dans une tempête politique

En Israël, le documentaire "NAZA" pris dans une tempête politique

Portraits des réalisateurs du documentaire par un artiste de rue israélien t barré du mot "TRAITRES".

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À un mois des élections législatives en Israël, le documentaire « NAZA », récompensé à la Mostra de Venise, cristallise les tensions autour de la guerre à Gaza. Fondé sur les témoignages de militaires et de membres des renseignements israéliens, le film déclenche une violente campagne politique contre ses réalisateurs.

A Ashdod, ville portuaire située près de Tel-Aviv, un artiste de rue a peint sur un mur les portraits des réalisateurs du documentaire "NAZA", ovationnés à Venise. Mais ce n'est pas un hommage: leur visage est barré du mot "TRAITRES".

A un mois de législatives disputées en Israël, ce film, qui donne la parole à des sources israéliennes accusant l'armée de tuer de nombreux civils à Gaza, a déclenché une tempête politique, ainsi qu'une pluie de menaces et d'intimidations visant ses auteurs et leurs proches.

Signe du climat ambiant, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé vouloir proposer un projet de loi visant à "déchoir de leur citoyenneté les personnes qui diffament les soldats de Tsahal".

"Leur place n'est pas parmi nous", a-t-il déclaré dans une vidéo publiée mercredi soir sur X.

Au même moment, à Savyon (centre), des dizaines de personnes manifestaient devant le domicile des parents de Rachel Szor, co-réalisatrice du film avec Yuval Abraham, aux cris de "Vous n'êtes pas les bienvenus ici!".

Le rassemblement était organisé par un influenceur d'extrême droite, Mordechai David, proche du ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir. "Ce n'est que le début !", a-t-il assuré.

A Ashdod, l'auteur des portraits muraux s'emporte contre les réalisateurs, qui se trouvent actuellement à l'étranger, en les couvrant d'insultes. "Je n'ai absolument aucune sympathie pour tous ces pro-Palestiniens qui parlent depuis l'étranger", dit Dudi Shuval à l'AFP.

Contexte électoral -

Ces réactions illustrent l'exacerbation du sentiment nationaliste nourri par l’activisme de l’extrême droite, à l'approche des élections du 27 octobre, où la guerre lancée à Gaza, qualifiée par l’ONU et plusieurs ONGs de génocide, en sera un sujet central.

La colère, principalement portée par la droite et l'extrême droite, a été renforcée par la longue ovation reçue la semaine dernière par "NAZA" à la Mostra de Venise, où il a en outre reçu le prix spécial du jury.

Le documentaire repose sur les témoignages anonymes de 24 soldats et membres des renseignements israéliens qui exposent la façon dont les forces israéliennes tuent intentionnellement de nombreux civils lors de frappes contre le mouvement islamiste Hamas.

"NAZA" est l'acronyme militaire désignant les "dommages collatéraux" estimés avant chaque frappe, selon le documentaire.

L'armée a bien sûr démenti ces affirmations, assurant ‘’tout faire pour éviter les pertes civiles ‘’et reprochant au documentaire de donner la parole à des personnes anonymes dont la participation aux opérations à Gaza ne peut être vérifiée.

Les responsables politiques ont quasi unanimement condamné le documentaire. Gadi Eisenkot, principal rival de Benjamin Netanyahu, a dénoncé lundi sur X "une atteinte à l'Etat d'Israël à un moment difficile".

Le patron du parti Les Démocrates, Yair Golan, s'est fendu le même jour d'un lapidaire "Je condamne". Il a aussi accusé le Premier ministre de se servir de cette affaire pour détourner l'attention des critiques sur sa gestion du 7-Octobre, qui s'étaient renforcées ces dernières semaines.

Rares voix dissonantes

En Israël, critiquer la façon dont l'armée mène ses opérations à Gaza est tabou. Les journalistes internationaux sont interdits d’accès et 200 de journalistes palestiniens ciblés et abattus pour que la tuerie se poursuive à huis-clos.

En marge de la Mostra la semaine dernière, Yuval Abraham déplorait auprès de l'AFP l'absence de "discussion au sujet des crimes qui ont été commis" dans le territoire palestinien, accusant les autorités "d'empêcher les gens d'en parler".

Rare voix dissonante, le mouvement israélo-palestinien Standing Together a salué un film qui "révèle un nouvel aspect de la guerre d'anéantissement à Gaza".

Mercredi, le ministre de la Culture Miki Zohar, qui a accusé les réalisateurs de "trahison d'Etat", a saisi les services de renseignement intérieur pour réclamer une enquête sur les sources anonymes du film.

La guerre menée par Israël à Gaza a fait plus de 73.000 morts, dont les deux tiers sont des femmes et des enfants, selon le ministère de la Santé de Gaza, dont les chiffres sont jugés fiables par les Nations unies. (Quid avec AFP)