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Plus de 60 guerres dans le monde, un record depuis la Seconde Guerre mondiale
Une photographie prise depuis le village d'al-Hanniyeh, dans le sud du Liban, montre la fumée s'élevant du site d'une frappe aérienne israélienne qui a visé le village voisin d'al-Mansouri, le 5 septembre 2026. (Photo de Kawnat Haju / AFP)
Genève - Plus de 60 guerres impliquant au moins un Etat sont actuellement en cours dans le monde, un niveau inédit depuis la Seconde Guerre mondiale, a alerté lundi le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’homme, Volker Türk, dénonçant une dangereuse érosion du respect du droit international et appelant à une action urgente face aux risques liés à l’intelligence artificielle (IA).
Un niveau de conflictualité inédit depuis 1945
“Il y a maintenant plus de 60 guerres impliquant au moins un Etat – le nombre le plus élevé depuis la Seconde Guerre mondiale”, a déclaré M. Türk à l’ouverture de la 63e session du Conseil des droits de l’homme à Genève (7 septembre - 7 octobre), se disant particulièrement préoccupé par la multiplication des conflits entre Etats, qui plonge selon lui le monde dans “un territoire particulièrement dangereux”.
Présentant la mise à jour de son rapport annuel de la situation des droits de l’Homme dans le monde, le Haut-Commissaire a appelé à un retour urgent aux négociations, estimant qu’"il n’y a qu’une seule issue à cette folie : des négociations de paix qui respectent la Charte de l’ONU".
Il a successivement évoqué la reprise des affrontements au Moyen-Orient, la poursuite du conflit russo-ukrainien, ainsi que l’utilisation de drones entièrement autonomes capables de tuer sans intervention humaine, appelant à leur interdiction urgente.
Il a également alerté sur l’aggravation des conflits au Soudan, à Gaza et en Cisjordanie, au Liban, au Soudan du Sud, au Yémen et en Ethiopie.
Pour M. Türk, la multiplication des conflits s’accompagne d’un recul du respect des droits humains, du droit international humanitaire et de la Charte des Nations unies.
Sept axes pour remettre la paix au centre
Face à cette situation, le Haut-Commissaire a présenté sept axes d’action pour les prochaines années, dont un engagement accru contre les intérêts économiques qui alimentent les guerres. Son bureau entend renforcer son analyse des “intérêts commerciaux et économiques colossaux” qui nourrissent les conflits, en exposant leurs acteurs et en réclamant qu’ils rendent des comptes.
M.Türk a également placé la justice transitionnelle, la médiation, la participation des femmes aux processus de paix et le soutien aux organisations locales œuvrant pour la paix au cœur de cette stratégie. Il a souligné que la grande majorité des populations souhaitent la paix et appelé à soutenir celles et ceux qui la défendent au niveau local.
Le Haut-Commissariat veut par ailleurs utiliser les droits humains comme un outil d’alerte précoce, en renforçant ses capacités d’enquête et d’analyse afin de détecter les tensions avant qu’elles ne dégénèrent en violences.
Enfin, M. Türk a fait de la lutte contre l’impunité une condition de la paix durable, appelant les Etats à renforcer leurs mécanismes nationaux de justice et à soutenir pleinement la Cour pénale internationale.
Il les a également encouragés à recourir à la compétence universelle afin que les personnes accusées de crimes atroces puissent être poursuivies lorsque les juridictions nationales ne peuvent ou ne veulent pas agir.
L’IA, nouveau front des droits humains
Mais les conflits ne constituent plus la seule menace aux droits humains, a-t-il averti : l’IA ouvre un front inédit qui exige, selon lui, une action immédiate.
Le Haut-Commissaire s’est alarmé de la concentration entre les mains d’un petit nombre d’hommes d’un pouvoir “presque illimité” sur des technologies aux capacités informatiques potentiellement considérables. Il a appelé à ne plus retarder la mise en place d’une véritable gouvernance de l’IA, estimant que l’inaction profite avant tout aux grandes entreprises technologiques, à leurs propriétaires et à leurs soutiens.
M.Türk a dit partager les inquiétudes d’acteurs du secteur selon lesquels les systèmes d’IA avancés pourraient représenter “un risque existentiel pour l’humanité”, citant notamment l’hypothèse d’une IA échappant à son environnement de test ou cherchant à empêcher sa désactivation.
Il a appelé à un “effort total” pour instaurer des garanties “à toute épreuve” sur la sûreté et la sécurité de ces technologies “avant qu’il ne soit trop tard”.
Il a annoncé qu’il écrirait prochainement aux entreprises d’IA pour les exhorter à réduire immédiatement les risques relevant de leur responsabilité et appelé les Etats accueillant ces activités, ainsi que ceux présents dans leurs chaînes d’approvisionnement, à définir des lignes rouges communes. Il réclame également des vérifications indépendantes et une coopération renforcée dans le secteur, tout en soulignant les conséquences de l’IA sur l’emploi, la démocratie, les droits humains et l’environnement.
“Les droits humains offrent une manière de naviguer dans ces questions difficiles”, a-t-il estimé, appelant à développer des technologies “au service de l’humanité plutôt que l’inverse”. “La guerre reflète l’échec de notre humanité. La poursuite de la paix incarne ce que l’humanité a de meilleur”, a-t-il conclu.