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À Tamesloht, le tissage traditionnel renoue les fils de son avenir
À Tamesloht, le tissage traditionnel apparaît comme bien davantage qu’une technique à conserver. Il est un patrimoine culturel vivant, mais aussi une source possible de perspectives économiques pour les artisans et les jeunes de la région
Quid avec MAP
À Tamesloht, dans la province d’Al Haouz, le tissage et la drâza retrouvent un nouvel élan. Formations, amélioration de la qualité, diversification des produits et extension des infrastructures visent à préserver un patrimoine ancestral tout en ouvrant des perspectives aux artisans et aux jeunes.
Un savoir-faire tissé dans l’identité locale
À Tamesloht, le fil de laine raconte une histoire ancienne. Dans cette commune de la province d’Al Haouz, le tissage traditionnel compte parmi les savoir-faire qui ont façonné l’identité locale. La cité est reconnue pour son artisanat, en particulier la poterie et les métiers du textile. La matière, le geste et la mémoire s’y répondent, donnant à cette activité une place qui dépasse la production d’objets.
L’abondance de la laine, appelée soufa, a favorisé l’essor du métier au fil des générations. Transformée par les artisans, elle devient notamment haïk ou pièces destinées à l’habillement. Cette matière première a permis au tissage de s’enraciner dans les pratiques et la mémoire artisanale de Tamesloht, jusqu’à devenir un marqueur durable de la commune.
La drâza face au défi de la relève
Longtemps transmis selon les méthodes traditionnelles, le métier de la drâza bénéficie d’un regain d’intérêt. Plusieurs initiatives cherchent à le faire connaître, à valoriser ses techniques, à renforcer les compétences des artisans et à attirer de nouvelles générations. L’enjeu est double : préserver un patrimoine vivant et donner à l’activité les moyens de se projeter dans l’avenir.
Pour Hassan Tihim, président de l’Association Al Islah des artisans à Tamesloht, cette dynamique doit préserver l’héritage artisanal tout en lui ouvrant de nouvelles perspectives. Il rappelle que la commune est connue pour la poterie, mais aussi pour les métiers du textile, développés grâce à la laine disponible dans la région. Celle-ci permet aux artisans de fabriquer le haïk et d’autres articles traditionnels destinés à l’habillement.
La transmission constitue, à ses yeux, une urgence. Les jeunes sont de moins en moins nombreux à se tourner vers l’artisanat, alors que la continuité de la drâza dépend précisément de leur formation. L’association s’emploie donc à mettre le métier en avant et à accompagner ceux qui souhaitent l’apprendre. Hassan Tihim estime toutefois que la commune a encore besoin d’appui afin de consolider le secteur et d’offrir aux jeunes de véritables perspectives professionnelles.
Former pour préserver et entreprendre
Sur le terrain, des structures locales prennent le relais pour transmettre les gestes et les connaissances. La Coopérative Art Tissage Tam place ainsi la formation au cœur de son action. Son fondateur, Abdessadek Ezzeki, explique qu’elle accompagne les personnes désireuses d’apprendre les techniques du tissage et d’entrer dans ce domaine.
« Notre coopérative organise des formations au profit des personnes souhaitant se lancer dans ce domaine. Nous cherchons à transmettre les techniques et les connaissances nécessaires à l’exercice de ce métier, tout en encourageant les jeunes à découvrir les opportunités qu’offre l’artisanat », souligne-t-il. Pour la coopérative, la sauvegarde du savoir-faire passe aussi par la capacité à faire évoluer les créations en fonction des attentes des consommateurs, sans effacer leur caractère artisanal ni leur identité.
Une filière ancienne au poids économique réel
Hicham Berdouzi, directeur régional de l’Artisanat de Marrakech-Safi, rappelle que le tissage et la drâza sont enracinés dans la culture et le patrimoine artisanal marocains. Leur ancienneté impose de les préserver, de les valoriser et d’en assurer la transmission aux nouvelles générations.
La filière possède un poids économique : ses exportations ont atteint 13 millions de dirhams en 2025. Plus de 500 artisans sont enregistrés dans la préfecture de Marrakech et la province d’Al Haouz, dont une part importante à Tamesloht.
Sept millions de dirhams pour renforcer les infrastructures
Le ministère du Tourisme, de l’Artisanat et de l’Économie sociale et solidaire accompagne le développement de cette activité, l’amélioration des conditions de travail et la montée en compétences des professionnels. Parmi les actions engagées figure l’extension de l’Ensemble d’Artisanat de Tamesloht, réalisée grâce à un investissement de 7 millions de dirhams.
Cette extension doit renforcer les infrastructures mises à la disposition des artisans et leur offrir des espaces mieux adaptés à la production comme à la formation. Pour Hicham Berdouzi, l’accompagnement passe précisément par de meilleures conditions de production et par un effort soutenu de formation, indispensable pour consolider les compétences et préparer la relève.
Préserver l’identité, répondre au marché
Le redéploiement de la filière ne se limite pas à la sauvegarde des techniques. Il suppose aussi d’améliorer la qualité et la compétitivité des produits. Les démarches de certification et de normalisation occupent une place importante dans ce chantier, tout comme la diversification de l’offre et son adaptation aux usages nouveaux et aux besoins des clients.
L’équilibre demeure délicat : évoluer sans perdre l’âme du produit. Hicham Berdouzi insiste sur la nécessité de préserver l’identité artisanale tout en tenant compte des transformations de la demande. La formation des artisans et des jeunes doit, dans le même mouvement, renforcer les compétences professionnelles, perfectionner les techniques de production et assurer la relève dans les différents métiers du secteur.
À Tamesloht, le tissage traditionnel apparaît ainsi comme bien davantage qu’une technique à conserver. Il est un patrimoine culturel vivant, mais aussi une source possible de perspectives économiques pour les artisans et les jeunes de la région. Entre transmission, qualité, diversification et accompagnement, les efforts engagés cherchent à donner un nouveau souffle au tissage et à la drâza, sans rompre le fil qui les relie à leur histoire.