Trump et Xi renouent le dialogue pour calmer la guerre commerciale, combien de temps tiendra-t-il ? Par Hassan Zakariaa

Trump et Xi renouent le dialogue pour calmer la guerre commerciale, combien de temps tiendra-t-il ? Par Hassan Zakariaa

Le président américain Donald Trump (à gauche) est-il devenu l’homme qui murmure à l’oreille du président chinois Xi Jinping, ici à l’issue de leurs discussions à la base aérienne de Gimhae située à Busan, clé dans la coopération militaire entre les États-Unis et la Corée du Sud, le 30 octobre 2025. (Photo AFP)

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Busan, en Corée du Sud, a été jeudi le théâtre d’une rencontre aussi attendue que symbolique entre Donald Trump et Xi Jinping. Après six ans de distance et des années de tensions économiques, les présidents américain et chinois ont affiché une volonté commune d’apaisement. Des accords partiels sur les terres rares, les droits de douane et le commerce agricole ont été annoncés, marquant une étape prudente mais significative vers une stabilisation des relations entre les deux plus grandes puissances économiques du monde. Mais la tension géopolitique demeure intacte et pourrait à tout moment ramener  la raideur sur le chainon commercial.

 

Par Hassan Zakariaa avec MAP et AFP

 

Un sommet sous le signe de la détente

 

Dans la ville portuaire de Busan, Donald Trump et Xi Jinping ont entamé des discussions qualifiées de « constructives » par les deux camps. Le président américain a parlé d’un « grand succès » à l’issue de la rencontre, saluant des avancées « concrètes et équilibrées ».

Les deux dirigeants se sont entendus pour prolonger d’un an l’accord sur les exportations de terres rares, un matériau stratégique dont la Chine détient près de 90 % de la production mondiale. En contrepartie, Washington s’est engagé à réduire de moitié les droits de douane imposés sur certains produits chinois, notamment ceux liés à la filière chimique et pharmaceutique.

 

Donald Trump a aussi annoncé un allègement de la fiscalité sur le soja et un engagement de Pékin à reprendre massivement ses achats agricoles auprès des États-Unis.

 

Pour le chef de la Maison Blanche, cet accord représente une double victoire : il renforce sa crédibilité internationale et offre un répit bienvenu à l’agriculture américaine, l’un de ses bastions électoraux.

 

Le pragmatisme avant la rivalité

 

Au-delà des chiffres et des taux de douane, la rencontre de Busan marque un tournant politique. Donald Trump et Xi Jinping, qui s’étaient rencontrés à plusieurs reprises durant le premier mandat du dirigeant américain, ont retrouvé une relation de travail apparemment empreinte de pragmatisme, même si l’on ne peut écarter les ruades du président américain.

 

Le président chinois a salué « des résultats positifs » et insisté sur la nécessité de « maintenir le cap dans les tempêtes ». Pour lui, la stabilité des relations sino-américaines doit devenir « une base solide pour le développement des deux pays ». Depuis le premier mandat de Trump, Xi n’a cessé d’appeler de ses vœux un ‘’condominium’’ sino-américain, argant qu’il y avait dans le monde  de « la place pour (leur) deux pays ».

 

De son côté, Donald Trump, revenu à la Maison Blanche en janvier, avait tout intérêt à présenter une image d’efficacité diplomatique après plusieurs mois de tensions budgétaires internes.

 

L’accord, s’il ne résout pas les différends structurels entre les deux pays, marque néanmoins une pause bienvenue dans la spirale protectionniste entamée depuis 2018.

 

Les analystes notent que Washington cherche désormais à contenir la rivalité avec Pékin tout en préservant ses intérêts stratégiques, notamment dans les secteurs de la haute technologie et de la défense.

 

Des enjeux économiques et géopolitiques

 

La rencontre a également porté sur des sujets sensibles : le commerce du fentanyl, la crise ukrainienne et les restrictions technologiques imposées aux entreprises chinoises.

Donald Trump a confirmé un accord de coopération pour limiter la production et le trafic des précurseurs chimiques utilisés dans la fabrication de ce puissant opioïde, responsable de milliers de morts chaque année aux États-Unis.

 

Sur le plan technologique, les discussions ont abordé la question des semi-conducteurs américains, notamment les puces Nvidia. Aucun accord formel n’a été signé, mais les deux dirigeants ont exprimé leur volonté de « maintenir un dialogue ouvert » afin d’éviter une nouvelle escalade des tensions dans ce domaine stratégique.

 

En revanche, la question de Taïwan n’a pas été abordée, selon M. Trump, une décision perçue comme un signe d’apaisement.

 

Les deux dirigeants ont également évoqué la situation en Ukraine et convenu de « travailler ensemble » pour explorer des pistes de médiation, sans toutefois annoncer d’initiative concrète.

 

Cette rencontre s’inscrit dans un contexte de recomposition économique mondiale. Tandis que la croissance chinoise ralentit à 4,8 % au troisième trimestre et que les États-Unis cherchent à relocaliser une partie de leurs chaînes d’approvisionnement, le besoin d’une coopération minimale entre les deux géants devient crucial pour la stabilité des marchés.

Les deux pays ont convenu d’organiser une nouvelle rencontre en 2026 : Donald Trump se rendra à Pékin en avril, tandis que Xi Jinping sera invité à Washington avant la fin de l’année.

 

Un fragile équilibre entre concurrence et interdépendance

 

L’accord de Busan ne signe pas la fin de la guerre commerciale, mais il en amorce peut-être la désescalade. Les points de friction demeurent nombreux : propriété intellectuelle, transferts de technologies, sécurité maritime, ou encore et surtout influence dans le Pacifique susceptible de ramener à tout moment la tension sur la compétition économique.

 

Mais pour la première fois depuis des années, le ton a changé. Les deux dirigeants ont mis en avant la responsabilité partagée des États-Unis et de la Chine dans la stabilité économique mondiale.

 

« Vous et moi sommes à la barre des relations sino-américaines. Face aux vents et aux vagues, nous devons garder le cap », a déclaré Xi Jinping à l’issue de la rencontre.

Pour Donald Trump, cet apaisement momentané représente un succès politique et diplomatique à l’aube d’une année cruciale sur le plan intérieur.

 

Si les promesses faites à Busan sont tenues, ce sommet pourrait marquer le début d’une phase de coopération pragmatique, où la rivalité cède temporairement la place à la négociation.

Mais l’équilibre reste fragile : les deux puissances savent que leur interdépendance économique ne saurait effacer leurs divergences stratégiques.

 

Entre compétition et nécessité de dialogue, les États-Unis et la Chine semblent condamnés à coexister dans une rivalité maîtrisée. Le grand perdant de cette entente serait l’Europe de l’UE malgré ses appels du pays à Pékin.

 

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