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Éclipse solaire : du Maroc à l’Espagne, un ciel qui a suspendu le temps
La couronne solaire brille tandis que la Lune masque entièrement le Soleil pendant la phase de totalité de l'éclipse solaire totale, vue depuis Lodoso, dans la province de Burgos, le 12 août 2026. (Photo de Cesar Manso / AFP)
De Tanger à la Castille-et-León, en passant par Tarragone et les environs de Madrid, l’éclipse solaire du mercredi 12 août 2026 a offert un spectacle exceptionnel à des milliers d’observateurs. Partielle au Maroc, où Tanger a connu une occultation d’environ 92 % du disque solaire, elle a été totale dans plusieurs régions d’Espagne. Entre rassemblements scientifiques, précautions de sécurité, silence admiratif et scènes d’émotion, le phénomène a transformé quelques minutes de ciel en expérience collective.
À Tanger, une éclipse partielle spectaculaire
À Tanger, habitants et visiteurs de tous âges se sont réunis mercredi soir dans plusieurs points de la ville pour suivre l’éclipse solaire partielle. Sous un ciel dégagé, le phénomène a commencé vers 18h44 et s’est poursuivi jusqu’à sa fin, offrant aux passionnés d’astronomie comme au grand public des conditions d’observation particulièrement favorables.
La prudence est toutefois restée de mise. Les participants ont été invités à ne jamais regarder directement le Soleil sans protection adaptée, en particulier les enfants, en raison des risques de lésions oculaires liés à une exposition directe.
Dans le quartier de Houara, sur la côte atlantique, l’Association Sigma pour l’éducation, la science et la culture a organisé une sortie spécialement consacrée à l’observation du phénomène.
Selon Said Rachafi, professeur à la Faculté des sciences et technologies de l’université Abdelmalek Essaâdi et président de l’association, l’occultation du disque solaire a atteint environ 92 % à Tanger.
Le phénomène a également été observé dans plusieurs autres villes marocaines, avec des taux d’occultation variables selon les régions.
Un rendez-vous encore plus spectaculaire en 2027
Pour les amateurs d’astronomie du nord du Maroc, l’éclipse de mercredi avait aussi des allures de répétition générale.
Said Rachafi a rappelé qu’une éclipse solaire totale sera visible à Tanger le 2 août 2027. Selon les conditions d’observation, elle permettra notamment de distinguer plusieurs planètes, dont Jupiter et Mercure.
Les éclipses solaires sont des phénomènes parfaitement prévisibles. Les astronomes peuvent en calculer plusieurs années à l’avance la date, la trajectoire et les zones depuis lesquelles elles seront visibles.
Une éclipse solaire se produit lorsque le Soleil, la Lune et la Terre sont alignés. Lorsque cet alignement est parfait pour un observateur donné, le disque lunaire masque entièrement le Soleil et provoque une éclipse totale.
Le Maroc se trouvait mercredi en dehors de la bande de totalité. Placé dans la zone de pénombre de la Lune, il n’a donc observé qu’une éclipse partielle, selon l’Observatoire astronomique d’Oukaïmeden.
De nombreuses photographies ont néanmoins immortalisé le phénomène, notamment au moment où le Soleil prenait l’apparence d’un fin croissant lumineux.
En Espagne, la nuit tombe en plein jour
De l’autre côté du détroit, l’expérience a pris une dimension encore plus spectaculaire.
À Lodoso, petit village de Castille-et-León, plusieurs centaines de personnes s’étaient installées dans un champ pour assister à l’éclipse totale. Curieux, touristes et véritables chasseurs d’éclipses avaient parfois attendu durant des heures sous une chaleur intense.
Parasols, chaises de camping, télescopes et appareils photographiques avaient envahi le paysage desséché, avec des éoliennes se découpant à l’horizon.
À partir de 19h33, la Lune a progressivement commencé à masquer le Soleil. Lorsque la totalité est survenue, cris et applaudissements ont d’abord éclaté avant de céder la place à un silence presque complet.
« J’ai eu la chair de poule, je ne m’attendais pas à cette lumière », racontait Marta Miguel Tobar, illustratrice de 48 ans venue de Burgos avec sa famille.
Pendant environ deux minutes, la lumière du jour a laissé place à une obscurité inhabituelle et à une atmosphère que plusieurs témoins ont décrite comme irréelle.
Une lumière « étrange »
Pour Rocio Calzada, 50 ans, l’impression était différente d’un simple coucher de soleil.
« La lumière était étrange, ce n’était pas une obscurité normale, comme quand la nuit tombe tous les soirs », expliquait-elle.
Pendant la phase de totalité, les observateurs ont pu retirer brièvement leurs lunettes spéciales et contempler directement la couronne solaire, visible autour du disque noir de la Lune.
Le phénomène avait attiré des visiteurs venus de très loin. Shawn Lansing, Américain de 42 ans originaire du New Jersey, avait fait le déplacement avec son fils et sa belle-fille.
« C’est ma troisième éclipse avec mon fils », racontait-il. « C’est une des plus belles que j’ai vues, le Soleil avait l’air énorme, c’était très cool. »
Passionné de sciences et d’astronomie, il a transmis cet intérêt à son fils de 19 ans, désormais étudiant en astrophysique.
« Je sens toujours que c’est surréaliste, ça ne ressemble pas à la vie normale », confiait-il.
Larmes et frissons à Tarragone
À Tarragone, sur la côte méditerranéenne espagnole, la totalité n’a duré qu’environ une minute, mais l’émotion a été tout aussi forte.
Les spectateurs ont applaudi et crié lorsque le Soleil a disparu.
Alejandro Cuesta, chercheur en nanoscience de 30 ans venu de Barcelone avec sa mère, ne cachait pas son émotion.
« J’ai failli me mettre à pleurer, un frisson m’a parcouru tout le corps, c’était magnifique, on voyait les taches solaires ressortir rougeâtres… »
Puis, alors que la lumière revenait progressivement, il ajoutait : « C’est la plus belle chose que j’aie vue de ma vie. C’était incroyable ! »
Rafael Boix Rodriguez, professeur de photographie âgé de 63 ans, avait lui aussi fait le déplacement depuis Barcelone avec son épouse. Tous deux avaient installé plusieurs appareils équipés de filtres spéciaux.
« Il fallait être là », résumait-il après le phénomène.
Dans les montagnes de Guadarrama, au nord de Madrid, le paysage s’est lui aussi brièvement assombri. Des dizaines de personnes s’étaient rassemblées à Colmenar Viejo pour vivre l’événement en famille ou entre amis.
« Un moment unique, impressionnant, et très beau », confiait Rosa María Zamora, une Madrilène de 72 ans.
Du croissant solaire observé depuis Tanger à la nuit soudaine tombée sur certaines régions espagnoles, l’éclipse du 12 août aura ainsi transformé, durant quelques instants, un phénomène astronomique prévisible en une expérience profondément humaine. (Quid avec MAP et AFP)