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À Rabat, l’Université Lalla Asmaa ouvre une nouvelle voie à l’inclusion
La Princesse Lalla Asmaa inaugure à Rabat l’Université Lalla Asmaa : Avec l'Institut Pasteur, Chicago, Louvain et Montpellier, le Maroc offre au monde la première Université Inclusive (Photo Ismail Belkodia/MAP)
La Princesse Lalla Asmaa, Présidente de la Fondation Lalla Asmaa, a inauguré jeudi 15 octobre à Rabat la première université inclusive au monde. Avec quatre écoles, seize diplômes et sept laboratoires, l’établissement accueille étudiants sourds, malentendants et entendants dans les mêmes cursus. Soutenu par des partenaires marocains et internationaux, il associe sciences de l’audition, langues des signes, technologies et formation professionnelle.
Sur les mêmes bancs, de futurs soignants, interprètes, ingénieurs et entrepreneurs apprendront désormais ensemble. L’Université Lalla Asmaa fait de cette ambition le principe de son enseignement, avec un cursus gratuit en sciences de l’audition et des formations allant du certificat professionnel au master.
Son inauguration traduit l’engagement constant du Roi Mohammed VI en faveur de l’excellence scientifique, de l’innovation au service de la santé et de l’insertion socioprofessionnelle des personnes sourdes et malentendantes. Elle concrétise également l’implication de la Princesse Lalla Asmaa dans un projet qui place le capital humain et l’inclusion au cœur du développement.
Accueillie par la présidente de l’université, la professeure Nawal Bouyahyaoui, la Princesse a dévoilé la plaque commémorative avant de découvrir les espaces du campus. Plus de onze siècles après la fondation d’Al Quaraouiyine à Fès, en 859, le Royaume ouvre ainsi une nouvelle voie dans l’enseignement supérieur.
Des alliances scientifiques de Paris à Chicago
Cinq accords ont été signés devant la Princesse par Karim Essakalli, président délégué de la Fondation. Ils relient l’établissement à des institutions reconnues dans la recherche, les soins, la formation et l’audiovisuel.
À Paris, le partenariat avec l’IHU reConnect donne accès aux recherches sur la génétique de la surdité et la thérapie génique. Ce pôle européen consacré à l’audition et à la parole réunit l’Institut Pasteur et trois hôpitaux de l’AP-HP : Necker-Enfants malades, la Pitié-Salpêtrière et Lariboisière. Signé par sa directrice, la professeure Anne-Lise Mamessier Giraud, l’accord couvre aussi l’audiologie pédiatrique de Necker et celle de l’adulte à la Pitié-Salpêtrière.
Une autre convention associe l’Université de Montpellier, son Audiocampus et Cochlear Academy, représentés par François Pierrot, vice-président chargé des relations internationales, le professeur Jean-Luc Puel et Karim Abdennour, directeur pour la zone Afrique. Elle transmet un modèle de formation aux métiers de l’appareillage et des implants, soutient le diplôme en implants auditifs et ouvre des passerelles vers la recherche.
La coopération avec l’Université catholique de Louvain, la Haute École Léonard de Vinci et les Cliniques universitaires Saint-Luc porte sur la clinique de l’implant et la formation des audiologistes. Ces institutions, représentées par la professeure Naïma Deggouj, s’engagent dans une coopération francophone. Saint-Luc constitue le premier centre d’implantation cochléaire de Belgique francophone.
Au Maroc, Mohamed Rhachi, président de l’Université Mohammed V de Rabat, a signé une convention consacrée à la formation et à la recherche. La SNRT, représentée par son président-directeur général Fayçal Laraïchi, formera avec l’université des interprètes en langue des signes pour l’antenne, développera des programmes accessibles et ouvrira aux jeunes sourds les métiers de l’image.
Une sixième convention avait été conclue quelques semaines auparavant avec une institution académique américaine de Chicago. Elle apporte une expertise en analyse appliquée du comportement, ou ABA, discipline encore quasi absente au Maroc, et soutient le master et le laboratoire correspondants : formation d’analystes certifiés, supervision et échanges universitaires.
Quatre écoles pour apprendre ensemble
L’université dispose de 3 500 places. Un internat accueillera dès 2027 des étudiants de toutes les régions du Maroc et de l’étranger. Ses quatre écoles proposent seize diplômes, avec des parcours couvrant la santé, la communication, le numérique et les métiers.
L’École des sciences de l’audition, de la communication et des neurosciences cliniques offre un cursus gratuit. Elle enseigne l’audiologie, l’orthophonie, la thérapie auditivo-verbale, la guidance parentale et la psychologie clinique pour accompagner enfants, adultes et familles. Elle comprend également l’analyse appliquée du comportement et un diplôme en implants auditifs réservé aux chirurgiens ORL.
L’École des langues des signes, de l’interprétariat et de l’accessibilité forme des interprètes, des enseignants spécialisés et des professionnels des médias inclusifs. L’École inclusive des technologies, de l’innovation et de la création numérique propose des formations en informatique, en intelligence artificielle, en design graphique et en art numérique.
L’École inclusive des métiers et de la formation professionnelle ouvre, quant à elle, des perspectives en infographie, pâtisserie, chocolaterie, cuisine et service, ainsi qu’une certification Microsoft.
« Pendant des années, la Fondation a soigné. Aujourd’hui, elle forme ceux qui soigneront, et elle les forme ensemble, qu’ils entendent ou non. C’est la vision de Son Altesse Royale : que l’inclusion devienne la norme », explique Karim Essakalli dans le communiqué de la Fondation.
Sept laboratoires, de la recherche à l’entreprise
La formation s’appuie sur sept laboratoires. À l’Innovation Lab, les travaux mobilisent l’intelligence artificielle et des robots humanoïdes dont les mains apprennent à signer dans les langues des signes du monde entier.
Équipé par la SNRT, le Motion Lab capture les mouvements de la langue des signes marocaine. Ces enregistrements serviront à créer des avatars signeurs, des capsules pédagogiques et un dictionnaire visuel de référence.
L’Inclusion Lab, incubateur issu d’une coopération maroco-belge, accompagne les étudiants depuis l’orientation et l’acquisition de compétences relationnelles jusqu’à l’entrepreneuriat et la création d’entreprise. Au Digital Lab, ils conçoivent des sites, des applications et des logiciels, puis apprennent à les faire fonctionner durablement.
Trois autres espaces sont consacrés aux pratiques cliniques. Le laboratoire de dissection ORL permet de répéter les gestes de l’implantation avant une intervention. Celui d’audiologie prépare aux examens de l’audition et au réglage des aides auditives en conditions réelles. Le laboratoire d’analyse appliquée du comportement forme à l’accompagnement des enfants présentant d’autres besoins de développement.
L’accessibilité au-delà du campus
Les débouchés concernent aussi les services au public. Une banque pourra former ses agents à l’accueil d’un client sourd, un hôtel ses réceptionnistes et un stade ses équipes d’accueil. À l’approche de la Coupe du monde 2030, coorganisée avec l’Espagne et le Portugal, ces compétences doivent contribuer à rendre accessibles les transports, les hébergements, les enceintes sportives et les administrations.
Parmi les étudiants figureront des jeunes accompagnés par la Fondation, dont beaucoup, implantés durant l’enfance, parlent aujourd’hui. Ils suivront les mêmes formations que leurs camarades.
Lors de sa visite, la Princesse a parcouru laboratoires et ateliers avant de rencontrer le corps enseignant. Les professeurs Abdelaziz Raji et Naïma Deggouj l’ont accompagnée dans l’espace de simulation des implants auditifs, et Philippe Castro, concepteur du laboratoire d’audiologie, dans celui-ci.
Fayçal Laraïchi a présenté le Motion Lab, tandis que Loubna Tricha, directrice générale de l’OFPPT, l’a accompagnée aux ateliers culinaires. Amine El Mezouaghi, directeur général de l’Agence de Développement du Digital, était présent au Digital Lab.
L’ambassadeur de Belgique au Maroc, Gilles Heyvaert, l’a accompagnée à l’Inclusion Lab, et Loubna Jazouli Hadid, directrice générale de Decenture, à l’Innovation Lab. Soumia Erras et la professeure Leïla Essakalli ont présenté le laboratoire d’audioprothèse. Cette visite a ainsi donné à voir les différentes composantes d’un campus où formation, soins, innovation et insertion professionnelle participent d’un même projet d’inclusion.