Exécutez le pédophile !

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L’enfant Adnane et son agresseur présumé : « L’humanisme […] fait que notre humanité ne peut avoir un sens que dans le refus de la mort. »

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Un pédophile est d’abord un malade. Il se résout, sous l’empire de ses pulsions, les plus profondes et les plus impérieuses, à accomplir un acte abominable. Ce processus est à l’évidence pathologique. Il mérite la mobilisation de toute la panoplie sociale en termes de santé publique moderne. Éducation, prévention et prise en charge médicale. Il n’y a pas d’autres approches. 

Ce drame abject vu sous l’angle strictement émotionnel — celui de la victime et de sa famille — est un drame absolu. Il libère toutes les retenues éthiques ou morales. Le sang appelant le sang, la vengeance aveugle les consciences. Et les appels à la mise à mort du “malade” font florès. Des dynamiques morbides s’installent dans la société qui nous font oublier que notre humanité et notre culture se définissent essentiellement par notre capacité à récuser la loi ancestrale du talion.

“Comment pouvez-vous vous considérer comme moderniste en refusant la peine de mort au nom du droit à la vie tout en acceptant l’avortement qui est aussi, à certains égards, une mort, une condamnation de la vie ?”. 

Cette interpellation, aussi légitime soit-elle, est la définition même de la modernité. Son paradoxe sublime et ses contradictions fécondes. C’est ce qui nous sort des instincts fondateurs ou primitifs. C’est le même droit à la vie, la même exigence, celle de refuser d’enlever la vie à un malade sans aucune garantie sociale pour l’avenir et celle de respecter le droit des femmes de disposer de leur vie et de leur corps. 

C’est du concret, il n’y a pas de sophisme là-dedans ! L’humanisme se niche précisément dans ces interstices et qui fait que notre humanité ne peut avoir un sens que dans le refus de la mort et dans la célébration de l’intégrité des corps et des esprits. La société est toujours sidérée par ces crimes. À chaque fois, elle fait semblant “naïvement” de les découvrir. Or, ces crimes ont existé de tout temps. Ce qui a changé, c’est leur médiatisation à outrance, notamment à travers les réseaux sociaux où celui qui hurle le plus fort est celui qui a raison.

Une société, justement, moderne prévoit ces déviances. Elle les prévient par une politique publique conséquente et une éducation sexuelle crédible en direction des enfants. Elle prend en charge cette pathologie dans des structures spécialisées et réintègre dans la société les malades avec toutes les préventions requises.

Dire très tôt aux enfants que des prédateurs sexuels existent, y compris dans les cercles les plus proches, et leur apprendre à se défendre est la meilleure des approches. Exécuter un pédophile, c’est choisir de mettre la poussière sous le tapis en se donnant une bonne conscience. La situation est plus complexe.

*Edito Magazine mensuel Bab n° 27

 

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