Khalil Hachimi Idrissi : ''Le meilleur adversaire du secteur des médias, ce sont les médias eux-mêmes''

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48 heures avant que tombe l’information du soutien de l’Etat à la presse, un nombre de medias a constitué une nouvelle association l’ANEM. Un nouvel interlocuteur qui compte suffisamment d’éditeurs de médias importants pour que l’on comprenne que la pléthore d’organisations que compte le champ médiatique marocain, y compris le CNP, ne sont pas assez crédibles pour que la réorganisation et le soutien à la pressent par elles. L’avenir d’une presse chancelante est en jeu. Les jours qui viennent vont être édifiants et déterminants. On verra ce qu’il adviendra de cette opération : un nouveau départ ou une bis reptita. Bien auparavant, Khalil Hachimi Idrissi, directeur général de la MAP, un professionnel qui fait autorité, a accordé un entretien à la plateforme Le Media fondé et animée par Mohamed Douyeb.  Il y décline une vision juste et pertinente. Et un diagnostic (autopsie ?) précis de l’état des lieux.  Le voici :

Les leçons de la crise Covid

La crise du Covid a révélé plusieurs leçons. La presse papier est frappée d’obsolescence sous la triple pression de raréfaction des lecteurs, de la baisse structurelle du chiffre d’affaires de publicité et du renchérissement du prix du papier brut. Il faut gérer cette transition marquée par la baisse des produits et l’augmentation des charges. L’instantanéité de l’information menace particulièrement les quotidiens qui doivent s’inventer un nouveau modèle éditorial. Cette crise a mis aussi en exergue la faiblesse de formation professionnelle et éthique des journalistes… Le buzz détruit la profession dans sa globalité.

Accroche : 

«Il n’est pas sûr qu’un média au service du public et utile à la démocratie puisse rester sous un format de société qui doit faire des bénéfices ou distribuer des dividendes...».

Les évolutions… 

Désormais, il faut centrer toute l’attention sur le journaliste et non sur les vecteurs ou entreprise de presse (presse papier, électronique, radio, TV…) C’est le maillon stratégique ou faible de la chaîne. Il faut inventer de nouveaux formats de médias. La nomenclature ancienne est dépassée… Un bon site d’information est, aujourd’hui, un format multimédia global. Les modèles économiques du passé sont morts ou agonisant. Un média qui fonctionne uniquement sur le CA audience et le CA publicitaire fera long feu. Le marché a muté.
La lutte pour la monétisation des contenus doit démarrer aujourd’hui. L’éditeur professionnel doit pouvoir vivre décemment de la vente de son contenu ou de la valorisation de son support. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui. La chaîne de valeur dans le secteur doit être raccourcie au profit de l’éditeur. Trop d’intermédiaires siphonnent la valeur qui est partagée d’une manière inéquitable et non transparente. Ce modèle est à revoir, par la loi, de fond en comble.

Le média post-Covid

Il n’est pas sûr qu’un média au service du public et utile à la démocratie puisse rester sous un format de société (SA, SARL… ) qui doit faire des bénéfices ou distribuer des dividendes. Le marché ne le permet plus. Les seuls médias qui pourront survivre sont ceux qui sont adossés à des groupes industriels. Cela existe au Maroc, en Grande-Bretagne, aux Etats-Unis ou en France. C’est une nouvelle réalité. Les autres médias à l’ancienne qui survivront doivent être irréprochables sur le plan éditorial… Les maîtres mots sont : rigueur et professionnalisme, avec des journalistes formés, compétents et moralement irréprochables.
Notre environnement le permet-il ? Le meilleur adversaire du secteur des médias ce sont les médias eux-mêmes. C’est eux qui mettent en péril tous les jours le secteur. La montée en puissance de l’autorégulation, encore faut-il qu’elle améliore sa légitimité et son «ascendant» sur le métier, doit pouvoir faire une grande opération «Médias propres» qui bannit fermement la corruption, le buzz et la diffamation comme ligne éditoriale. C’est à ce prix que la reconquête de l’opinion et des lecteurs se fera.

 

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