La bourgeoisie marocaine aussi…

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Il ne faut pas oublier que pendant des décennies, l’État marocain a porté à bout de bras le capitalisme marocain.

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Les théories ultralibérales qui ont submergé le monde durant des décennies ont du plomb dans l’aile. Dans tous les pays, face à la profondeur de la crise, l’État est appelé à la rescousse, pour assurer le dynamisme de l’économie et les équilibres sociaux. Un keynésianisme rénové est à l’œuvre, non par choix idéologique, mais par nécessité impérieuse.

Le Discours du Roi Mohammed VI lors de l’ouverture de la session parlementaire illustre parfaitement ce choix. La constitution d’un fonds pour encourager l’investissement, la mobilisation d’un million d’hectares de terres collectives, le maintien de l’effort de formation professionnelle, sont à même de consolider l’économie marocaine à la sortie du Covid-19.

En même temps, le projet décliné d’étendre la protection sociale à l’ensemble des citoyens est une vraie révolution. Cela permettra d’atténuer les disparités sociales, de renforcer la cohésion sociale, mais aussi d’avoir un marché national susceptible de porter l’économie et d’inciter à l’investissement.

Ce projet est colossal et constitue la meilleure réponse à la situation actuelle. Il ne s’agit plus de pallier les effets de la crise, mais de projeter le pays dans un nouveau modèle de développement, où l’Etat-Stratège est un acteur essentiel et où les leviers de l’émergence sont maitrisés.

Mais cela a besoin d’une boite à outils performante. Les politiques, exécutif et parlement, doivent se hisser au niveau de cette responsabilité, face à ces choix historiques, car toute défaillance sera lourde de conséquences, puisqu’il s’agit de l’avenir du pays et de la remise en marche d’une économie qui souffre.

Cependant, il ne faut pas se voiler la face. Sans l’implication citoyenne des détenteurs de capitaux, nous n’y arriverons pas. Dans les salons de Casablanca et d’ailleurs, le discours est le même. On critique l’État, on se plaint des impôts, des syndicats, des banques et on se refuse à tout sacrifice.

«La bourgeoisie» marocaine doit accepter qu’il faille sauvegarder l’emploi, pour conforter la stabilité, qu’il faille investir malgré les incertitudes et peut être de gagner moins, beaucoup moins, pendant quelques années. Un projet national d’envergure, comme celui qui nous est proposé, ne peut réussir que s’il emporte l’adhésion de tous.

Les capitalistes ont l’obligation, le devoir moral, et devraient avoir l’obligation tout court, de porter leur part du fardeau. Il ne faut pas oublier que pendant des décennies, l’État marocain a porté à bout de bras le capitalisme marocain.

Ce discours de vérité s’impose. Tous les clignotants sont au rouge et les politiques-sparadrap ne servent à rien. Nous avons besoin de tout reconfigurer et tout un chacun doit y mettre du sien, pour construire une économie plus solide.

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