Quatorze féminicides en Algérie depuis le début de l'année

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Alger - Quatorze femmes ont été tuées depuis le début de l'année en Algérie à cause de la violence conjugale, ont annoncé plusieurs associations de défense de la cause féminine qui s’inquiètent des conséquences du confinement, dont "les femmes pourraient payer un lourd tribut".

Il s’agit d'"un chiffre qui ne recouvre pas la réalité, puisque nombre de cas ne seraient pas reconnus", lit-on dans un communiqué du collectif "Femmes algériennes vers un changement pour l’égalité" (Face), qui déplore aussi le fait que les autorités publiques ne communiquent plus les statistiques relatives aux violences contre les femmes depuis 2013.

Le collectif s’est indigné contre les violences que subissent les femmes dans leurs familles et qui, selon des témoignages, accusent une hausse inquiétante en cette période de confinement.

"Nous exhortons les pouvoirs publics à prendre leurs responsabilités en mettant en place les mesures nécessaires pour que cessent les violences faites aux femmes et aux enfants", peut-on lire dans le même communiqué.

Dans une vidéoconférence, Louisa Aït Hamou, membre du réseau "Wassila" et Fatma Boufenik, présidente de l’association Femmes algériennes revendiquant leurs droits (Fard), ont regretté le peu d’information dont elles disposent sur ce sujet.

"Nos écoutantes expliquent qu’il n’y a pas particulièrement plus d’appels qu’avant le confinement. Cela ne veut pas dire que le nombre de violences ait baissé, mais les femmes ont plus de mal à prendre le téléphone car elles sont en permanence en présence de leurs bourreaux", a expliqué Louisa Aït Hamou.

D’après Aït Hamou, le réseau Wassila enregistre entre 900 et 1000 appels annuellement, dont un tiers de nouveaux cas.

"Pendant la période de confinement, explique la représentante du réseau Wassila, les écoutantes disent qu’elles ont deux à trois appels par jour de nouvelles victimes de violences, mais pour le reste, ce sont les femmes que nous suivons depuis quelques semaines, quelques mois ou, parfois, depuis des années".

"Au total, il y a près de dix nouveaux appels par semaine et à peu près le même nombre d’appels des victimes que nous suivons depuis quelque temps", fait-elle savoir.

Pour sa part, Boufenik relève que le confinement aggrave la situation déjà existante", soulignant qu’il est nécessaire en cette période de mettre en place un numéro vert fonctionnel que les victimes peuvent joindre à partir de tous les opérateurs téléphoniques.

Elle a souligné qu’il y a beaucoup à faire en matière de prévention, notant que la mise en place de numéros verts fonctionnels avec des personnes compétentes pour orienter et soutenir les femmes, est l’une des priorités.

Ces associations de défense des droits des femmes ont réclamé également une révision du protocole d’accès dans les centres d’hébergement des femmes victimes de violences.

Elles ont appelé à la prise en charge rapide des victimes par les institutions concernées (services de police, gendarmerie et justice) ainsi que la mise en place temporaire de centres d’accueil des victimes de violences domestiques. Il y en a six sur le territoire national, dont certains ne sont pas opérationnels, ont-elles déploré, s’insurgeant contre les conditions d’accueil des femmes violentées.

"Certains ressemblent à de véritables centres de détention", ont-elle détaillé, ajoutant que ces établissements devraient servir à aider ces femmes à sortir de la violence, à reprendre confiance en elles et à devenir autonomes.

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