Tous loyaux, mais encore…

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Abdellatif Laâbi et Tahar Ben Jelloun, deux figures de la francophonie marocaine : Le premier signe une pétition dès lors que…, le second demande à voir : « Quand on reçoit une pétition, il faut prendre le temps de bien la lire, écrit-il, et aussi se renseigner d’où elle émane, qui l’a initiée et vérifier les affirmations qu’elle avance ». (https://fr.le360.ma/blog/le-coup-de-gueule/petition-oui-petition-non-222278)

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En cette fin d’été, triste et peu lumineux, essorés que nous sommes tous, psychologiquement, par la persistance de la pandémie — voir dans certains cas par son développement — nous avons été surpris par un faux débat, qui a toutes les caractéristiques d’un piège, sur la loyauté des binationaux marocains à l’égard de leur pays d’origine.

Pourquoi ce thème ? Pourquoi maintenant ? Et quel intérêt avons-nous à allumer, aujourd’hui, la flamme de cette discorde qui a divisé le pays depuis une bonne partie de son histoire. Des protégés (Himaya) des chancelleries étrangères d’autrefois aux binationaux d’aujourd’hui. Sur le fond, l’idée de loyauté dans son acception simple est un euphémisme. Elle renvoie plutôt à un concept plus problématique, et plus définitif, celui de trahison. Là on ne rigole plus. Les déclinaisons notamment pénales de la trahison font froid dans le dos.

Est-ce qu’un binational qui signe une pétition raide, et inutilement agressive, qui cloue au pilori la politique de l’Etat dans le domaine culturel, et dans les domaines des libertés, est un traître ? Et comment alors appeler son homologue signataire qui n’est pas binational : un opposant, un nihiliste ? Le fait d’avoir, en sus, une nationalité autre que la marocaine devient, selon cette vision, un élément constitutif de la trahison. Pour l’autre, le “mono-national”, son cas relèverait plus simplement de la liberté d’expression. à la bonne heure ! La bi-nationalité limite-t-elle, donc, la jouissance d’une liberté d’expression pleine et entière dans l’un ou l’autre pays ?

Sur un plan plus factuel, est-ce que le fait pour un binational de faire partie de la Commission de Benmoussa sur le nouveau modèle de développement est un facteur aggravant ? A-t-il accès, lui que nous avons été chercher pour ses qualités distinctives, à des secrets d’Etat qui peuvent profiter, à notre détriment, à son nouveau pays d’adoption ? On peut inverser la question : ne va-t-il pas faire nous profiter de cette situation bancale et nous transmettre opportunément des savoirs, des expériences, des connaissances plus ou moins pointus acquis dans son nouveau pays d’adoption ? Auquel cas, il serait qualifié par ses nouveaux compatriotes de traître à sa nouvelle patrie et il serait menacé de déchéance comme François Hollande, dans sa grande pertinence, en a eu l’idée, pour les extrémistes, même nés en France, lors de son éphémère mandat de président de la République française. En novembre 2009, SM le Roi avait clos le débat, notamment pour ce qui concerne nos compatriotes du Sud, séduits par les sirènes de Tindouf, en affirmant : “En toute responsabilité, Nous affirmons qu'il n'y a plus de place pour l'ambiguïté et la duplicité : ou le citoyen est marocain, ou il ne l'est pas. Fini le temps du double jeu et de la dérobade. L'heure est à la clarté et au devoir assumé. Ou on est patriote ou on est traître”.

Nous ne sommes, certes pas, dans la même situation dans le débat d’aujourd’hui. Nous ne sommes pas confrontés au séparatisme qui est, comme chacun sait, une forme très achevée de trahison. Nous sommes face à une pétition malheureuse, celle des 400, dont une bonne partie des comparses regrette, désormais, la manière, la forme et le fond. Le plus choquant dans cette pétition est que les plus sévères avec l’Etat, supposé être définitivement liberticide, sont ceux qui ont durablement bénéficié des subventions publiques dans le cadre de la politique, de ce même Etat, de soutien à la culture. S’ils rendaient l’argent, ils gagneraient en crédibilité. Non ? 

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