Et si on osait se regarder en face ? – Par Anouar Berra

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La Tanzanie ce n’’est pas le Niger. Ah Ouéééé !!! j’ai envie de dire et le Togo ce n’est pas l’Australie… Et puis ce fantasme éternel d’implorer les absents. On a beaucoup plus parlé de HAKIMI, ELKAABI & ZIYECH que des joueurs sur le terrain

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À Oujda, les Lions de l’Atlas ont poursuivi leur sans-faute dans les éliminatoires du Mondial 2026. Score net, mission accomplie sur le papier. Mais derrière cette façade rassurante, un contenu de jeu inquiétant. Quand la victoire n’efface plus les doutes, écrit Anouar Berra il est temps de se regarder en face. Exercice de lucidité.

Vous vous rappelez de cette question posée dans l’article d’avant match « Si AGUERD avait ouvert la marque sur son tir, on aurait vu un autre match ». Il l’a fait contre la Tanzanie et vous avez vu, hélas, comme moi le même match.

Comme à l’aller 16 mois plus tôt, le Maroc bat la Tanzanie sur le score de 2 à 0 et continue son sans-faute dans ces éliminatoires pour la coupe du monde. Oujda nous a rapprochés de l’Amérique. A moins d’un cataclysme, le Maroc devrait jouer sa septième coupe du monde en 2026. Les lions repartent d’Oujda avec le sentiment du devoir accompli et 15 points en poche. Quant au public marocain, je vous invite dès maintenant à demander votre VISA pour les US. Motif ? Après la CAN, LMIRICAN.

Comme toujours dans ces chroniques, il ne s’agit pas de céder à la critique facile ni de chercher les défauts pour le plaisir de les pointer, mais plutôt de scruter ce qui fonctionne et d’interroger ce qui inquiète. Il s’agit en fait d’aimer suffisamment cette équipe pour ne pas l’enfermer dans l’auto-satisfaction. D’interroger ses fragilités avant que d’autres, mieux préparés, n’en fassent des armes.

Le café du commerce que vous ne trouverez pas dans cet article

Voilà ce que vous avez pu lire sur le match dans la presse plus ou moins avisée. Il n’y a plus de petites équipes en Afrique…Ces matchs se gagnent et ne se jouent pas… Quand est-ce que je vais voir du foot moi ? On a peut-être délégué le spectacle à la Liga et la Premier League et on a gardé la responsabilité de faire un résultat. Il faut juste nous le dire comme ça on suit les matchs de notre équipe à la radio ou sur les applications de live score pour qui, aussi, le plus important est le résultat...La Tanzanie ce n’’est pas le Niger. Ah Ouéééé !!! j’ai envie de dire et le Togo ce n’est pas l’Australie… Et puis ce fantasme éternel d’implorer les absents. On a beaucoup plus parlé de HAKIMI, ELKAABI & ZIYECH que des joueurs sur le terrain. Il ne manquerait plus que regretter HAMDALLAH… Et puis IGAMANE mérite le numéro 9. Quelle hérésie !!!! Sur quelle base ? les 10 buts marqués en championnat écossais ?... Le jeûne ? pour les adversaires aussi encore une fois.

L’œil de Lynx   

Quatre petits éléments ont attiré mon attention : 

  • Le Maroc joue à domicile pourtant les lions jouent avec le maillot blanc de l’extérieur. Les maillots rouges n’ont pas eu le temps de sécher depuis vendredi ? 
  • La petite taille des Tanzaniens. La moyenne de taille des défenseurs Tanzaniens est de 173,5 cm. Je pouvais parier fort sur un but marocain de la tête. 
  • Allo la VAR !!!! Il y a quelqu’un ? Et si la VAR était juste une rumeur. Le hors-jeu sifflé contre DIAZ à la 46ème minute est imaginaire. Il a gâché une grosse occasion de but
  • Les adversaires qui s’arrachent le maillot de Brahim DIAZ à chaque fin de match

Les Statistiques du match : ce que disent (vraiment) les chiffres

Des statistiques flatteuses qui cachent une réalité peu glorieuse. Le Maroc entame le match avec une côte de 1.13 contre 21 pour la Tanzanie. Cette différence devrait logiquement donner lieu à un festival de buts marocains. Vous connaissez la suite !!! Plus surprenant encore, avec une possession de balle d’à peine 30%, la Tanzanie a pu se créer autant d’occasions que le Maroc. Il y a un vrai malaise car les prochains adversaires ont de meilleurs arguments en attaque. Une dernière pour la route, les lions ont eu besoin de réaliser 645 passes pour tirer 6 fois au but (soit 0,93%) tandis que la Tanzanie en a eu besoin que de 178 pour réaliser autant de tirs au but (soit un ratio de 3,37%). C’est finalement la Tanzanie qui a manqué de réussite, Non ?

Le tournoi du Ramadan est désormais terminé. Reprenons du sérieux !!!

Notre analyse à froid : une transition mal digérée, un système en panne ?

Avec du caractère et une seconde période moyenne mais légèrement de meilleure facture que la première, le Maroc est parvenu à battre logiquement la Tanzanie grâce à des réalisations signées AGUERD et DIAZ. Encore un match serré qui ne nous a pas permis de faire des rotations et de voir plus de jeunes. Une partie marquée par du déchet technique de part et d’autre. Et puis à mon plus grand regret, j’attendais d’être rassuré sur la défense centrale, j’en sors de ce regroupement avec des questionnements sur les trois lignes. 

Pourquoi alors ? Sans vous noyer dans les détails, il y a un sujet d’effectif et de stratégie de jeu qui ne sont pas complètement décorrélés. D’abord, nous avons du mal à gérer ou plutôt à digérer cette phase de transition. Il y a eu un exploit, une belle génération et puis des jeunes qui ont poussé pour montrer aussi leur envie de secouer les lignes et l’ordre établi. Un problème de passation que doit gérer l’entraîneur. Et puis, nous n’avons pas trouvé de nouvel ADN après la volonté de changer le 4 – 1 – 4 – 1 qui a bien fonctionné lors du mondial. J’espère que nous avons encore le temps d’ici la CAN. 

Enfin, pour moi, il manque un deuxième milieu défensif comme RICHARDSON, AMALLAH ou ELAZZOUZI. D’abord, nous n’avons plus la même assurance en défense et puis AMRABAT a tout de même pris 2 ans et demi depuis le mondial. Son effort surhumain au Qatar ne pourra pas être éternellement rejoué.

L’IRM des lions : ce qui va bien, ce qui inquiète

La cuillère de bois ira pour ENNESYIRI. De haut de ses 192 cm, n’a pas réussi à placer une seule tête au milieu d’une défense Tanzanienne de taille moyenne de 173,5 cm. Sa seule présence en pointe oblige les milieux à abuser du jeu aérien qui ne nous réussit que très peu. La qualité des centres de Ziyech, il faudra oublier. Nous avons de meilleurs atouts balle au pied que dans les airs. 

Le meilleur joueur sur le terrain a été encore une fois MAZRAOUI. BELAMRI la surprise du chef. Rien à dire. On doit espérer qu’AZNOU patiente sans qu’il s’impatiente.

AGUERD marque un but mais la 77ᵉ minute nous le fait oublier lorsque Nayef perd un ballon dangereux près de la surface. Msuva, bien servi en retrait, a eu une chance en or, mais son tir est passé largement au-dessus du cadre. ELYAMIQ, pas en jambes, cède sous la pression de l’attaquant Tanzanien à la 42ème minute. Il tombe seul avant que l’arbitre siffle à tort un coup franc sans lequel c’était le but assuré pour les adversaires. ADLI a encore une fois raté son entrée. Il délivre une passe décisive, à la 92ème minute SVP, au numéro 6 Tanzanien qui vendange. Le même ADLI a marqué un beau but dès son retour au Bayern Leverkusen. EZZALZOULI brouillon à l’image de sa saison. SAÏBARI moins étincelant que la première rencontre. DIAZ, le seul vrai ambidextre de l’équipe, est toujours aussi généreux dans l’effort. Vous vous êtes certainement posés la question pourquoi DIAZ a tiré le penalty du droit. Il a déjà répondu à cette question par le passé : « J’aime garder le mystère… Je suis droitier pour tirer, gaucher pour conduire. Mais je peux faire l’inverse… »

Le classement FIFA : la CAN devient un enjeu stratégique pour le prochain mondial 

Le Maroc progresse de deux places dans le classement mondial FIFA, se positionnant temporairement à la 12ème place. Il profite de ses deux victoires récentes et des contre-performances de ses concurrents directs notamment l’Uruguay. Cependant, le site officiel de la FIFA ne reflète pas encore ce changement, le Maroc est toujours affiché 14eme au moment de l’écriture de ces lignes ; la mise à jour est prévue pour lundi. Mais au fond, à quoi sert réellement ce classement ?

Prenons un instant pour en décrypter l'importance. Lors de la prochaine Coupe du Monde, un total de 48 équipes seront réparties en 12 groupes de 4. Les 12 premières équipes du classement FIFA se retrouveront dans le chapeau 1, une position stratégique permettant d’éviter les confrontations directes avec les meilleures nations dès la phase de groupes. Toutefois, une injustice semble se profiler : la FIFA pourrait accorder aux trois pays hôtes (Canada, Mexique et États-Unis) une place automatique dans ce chapeau 1, malgré leurs classements actuels bien en deçà des 12 premières positions.

Si cela se confirme, il ne resterait alors que 9 places de chapeau 1 à pourvoir. Ainsi, pour garantir une place dans ce club d’élite, le Maroc devra impérativement entrer dans le Top 9 avant le tirage. Un défi de taille, mais réaliste vu que la Belgique et l’Italie ne sont pas très en forme et que les équipes européennes n’ont pas de compétition majeure. Cette CAN devient donc la clef pour l’avenir du football marocain.

La CAN, un rêve légitime ou les prémisses d’une désillusion programmée ? 

Désolé de jouer le rôle d’oiseau de mauvais augure mais avec des difficultés à percer les blocs bas des équipes ultra défensives et une défense centrale toujours en mode expérimental, nous ne sommes pas près de voir cette image. Une défense instable, une attaque stérile contre des blocs bas… On a déjà vu ce film. Quand on rajoute le facteur statistique de la performance en CAN (article à venir), il y a de quoi vraiment s’inquiéter. 

Mon message pour Coach Walid est un proverbe roumain : « Celui qui s’est brûlé avec la soupe, souffle dans le yaourt ». La brûlure de la soupe sudafricaine de la CAN précédente est toujours douloureuse ». Le public et les beaux stades sont nécessaires mais non suffisants pour aller chercher le titre. Le public est fidèle, les beaux stades seront pleins, la foi est et restera intacte, mais je n’ai encore jamais vu un public marquer un but. 

Prochaines échéances : 2 matchs amicaux contre le Bénin et contre la Tunisie en juin. Un choix surprenant mais on garde la foi.

La CAN n’attend pas. L’Histoire non plus.

DIMA MAGHREB

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