L’Afrique, l’Europe et le football - Par Ahmed Azirar

L’Afrique, l’Europe et le football - Par Ahmed Azirar

L'attaquant français n° 10, Kylian Mbappé, participe à une séance d'entraînement de la MD-1 à l'université de Pennsylvanie, à Philadelphie, le 21 juin 2026, à la veille du match de football de la Coupe du monde 2026 (groupe I) opposant la France à l'Irak. (Photo : Franck FIFE / AFP)

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La présence sans précédent de dix équipes africaines à la Coupe du monde 2026 a ravivé le débat sur la place des joueurs d'origine africaine dans les grandes sélections européennes. À partir des déclarations de José Mourinho et des réactions qu'elles ont suscitées, Ahmed Azirar dénonce dans cette tribune un rapport toujours déséquilibré entre l'Europe et l'Afrique, où le continent africain et ses compétences continuent de servir davantage le Nord que le continent qui les a formées, rappelant ce que l’ancien président français Jacques Chirac a déclaré à ce sujet.

Ahmed Azirar

Mourinho dit tout haut ce que beaucoup taisent

José Mourinho, le célèbre entraîneur portugais, revenu à Madrid pour diriger le Real Madrid, est connu pour ses prises de position franches, courageuses et parfois controversées. Alors que les commentaires et même les sarcasmes se sont multipliés à propos de la présence de dix équipes africaines au Mondial 2026, Mourinho a tenu à mettre les points sur les I.

Il a déclaré à la presse : « La France disputera la Coupe du monde avec 21 joueurs d'origine africaine. Les Pays-Bas en auront 14, l'Angleterre 15, l'Allemagne 9, sans compter de nombreux autres pays qui alignent eux aussi des joueurs d'origine africaine. Ce n'est plus une Coupe du monde, c'est une Coupe d'Afrique des nations. L'Europe ne s'est pas contentée d'exploiter les Africains lorsqu'elle occupait leur continent ; elle continue de le faire aujourd'hui. »

Une lecture sélective de la réalité

Face à cette vérité franchement exprimée, le quotidien français Le Monde a publié, le mercredi 1er juillet, un article de Rémy Dufour intitulé « La France, exportatrice de joueurs », illustré par une photographie du Marocain Ayyoub Bouaddi éliminant un adversaire brésilien. Ce joueur, qui a choisi de représenter le Maroc plutôt que la France, a pourtant fait l'objet d'interminables débats.

L'article regrette que près d'une centaine de joueurs engagés dans la Coupe du monde soient nés en France, alors que seuls 23 évoluent sous les couleurs de l'équipe de France. Pour atténuer ce constat, il rappelle que Michael Olise, qui a choisi la sélection française, n'est pas né en France mais en Angleterre, où il a également été formé. Il oublie toutefois de préciser que Michael Olise est lui aussi d'origine africaine.

Tout le monde connait l’histoire : quand on est Bleu d’origine noire, on est Français quand on gagne, on est franco-camerounais, franco-sénégalais, bref franco-quelque chose quand on perd.

L'Afrique continue de faire grandir l'Europe

Bon nombre d’hostiles aux étrangers s'arrêtent au milieu de la phrase. Ils omettent toutefois de signaler au passage, s’en souviennent-ils seulement encore - que des centaines de milliers d'Africains ont contribué à la libération de la France et d'autres pays européens. Que des générations d'Africains ont participé à deux grandes guerres qui n’étaient pas les leurs. Puis ils ont payé de leur sueur la reconstruction de l'Europe et continuent aujourd'hui à contribuer à son développement.

Des dizaines de milliers de médecins, d'ingénieurs, de spécialistes de la finance, de chercheurs et d'experts en intelligence artificielle africains sont aujourd’hui débauchés sans le moindre scrupule pour mettre leurs compétences au service des économies européennes. Leur formation n'a pourtant pas coûté un seul euro à l'Europe, qui bénéficie en outre de leurs cotisations aux régimes de retraite.

L'Afrique reste la grande perdante

Alors que l'Espagne donne une leçon de pragmatisme à certains de ses voisins dans sa manière d'aborder la migration et les migrants, plusieurs courants xénophobes dans plusieurs pays européens persistent à diffuser un discours dont les premières victimes sont les économies et les sociétés européennes elles-mêmes. Pourtant, celles-ci continuent d’avoir un besoin vital de main-d'œuvre, alors que leur démographie décline et que de nombreux Européens quittent le continent pour l'Amérique, l'Asie ou le Moyen-Orient.

En définitive, l'Afrique reste la grande perdante de cette situation. L'émigration la prive d'une partie considérable de sa jeunesse et de ses meilleurs experts, attirés vers l'Europe et d'autres pays développés qui leur servent beaucoup de mirage. À cela s'ajoute une forte migration interne alimentée par les crises sécuritaires, climatiques et économiques qui touchent le continent.

Au fond, certains Européens veulent encore garder pour eux seuls le lait, la cruche et tout le reste. Le beurre et l’argent du beurre, dit-on en français. Ils veulent monopoliser l'agriculture, l'industrie, les terres, la mer et jusqu'au football. Cette logique ne peut plus durer.

Le Monde, et bien d’autres journaux que Le Monde, devraient se rappeler de temps en temps, cette déclaration de l’ancien président français Jacques Chirac, dans un moment de sincérité une fois qu’il a quitté l’Élysée : « On oublie seulement une chose. C’est qu’une grande partie de l’argent qui est dans notre porte-monnaie vient précisément de l’exploitation, depuis des siècles, de l’Afrique. Pas uniquement. Mais beaucoup vient de l’exploitation de l’Afrique. Alors, il faut avoir un petit peu de bon sens. Je ne dis pas de générosité. De bon sens, de justice, pour rendre aux Africains, je dirais, ce qu'on leur a pris. »

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