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Le Maroc en Culture : Création, territoires et transmission, panorama de l’agenda culturel
La 18e édition du Forum national des arts plastiques Nawafid, organisée à Settat sous le thème “Arts plastiques et architecture”, a mis en lumière le rôle de l’art dans l’embellissement urbain et la construction du lien social
Du financement des industries culturelles et créatives à Rabat aux scènes théâtrales de Fquih Ben Salah, des écrans de Fès aux arts plastiques de Settat, la vie culturelle marocaine se révèle ancrée dans les territoires. Tour d’horizon d’initiative.
Financer la créativité, structurer l’avenir : le FOMICC au cœur des enjeux des ICC
À Rabat, la 3e édition du Forum marocain des industries culturelles et créatives a placé le financement et l’investissement au centre des débats. Réunis autour d’entrepreneurs issus de programmes d’incubation comme Kawaliss ou Afrique Créative, les échanges ont mis en lumière une réalité partagée par de nombreux porteurs de projets : la créativité ne suffit plus, elle doit désormais s’accompagner de modèles économiques solides, d’outils de structuration et de perspectives de croissance durable.
La fondatrice de Funk Fashion House, Pamella N’Ze Asseko, a insisté sur la nécessité de mobiliser une main-d’œuvre locale qualifiée et de renforcer la formation continue, notamment dans le secteur de la mode. Lauréate de l’incubateur Afrique Créative, soutenu par l’Agence française de développement, elle a rappelé que ces dispositifs jouent un rôle clé dans la valorisation du savoir-faire africain et dans la transformation de talents créatifs en acteurs économiques à part entière.
Même constat du côté de l’artiste tunisienne Sarah Laajimi, project manager de Cloud Visual Arts, qui a plaidé pour une meilleure visibilité des artistes sur les scènes locales, tout en facilitant leur insertion dans les circuits internationaux. Selon elle, la question de l’autopromotion reste un obstacle majeur, en particulier pour les créateurs autodidactes, d’où l’importance d’un accompagnement ciblé et adapté aux réalités du terrain.
Protéger les artistes, professionnaliser les parcours
Pour le directeur artistique et producteur de musique Abderrahman Daghay, bénéficiaire du programme Kawaliss de la Fondation Hiba, la structuration des carrières passe impérativement par une meilleure maîtrise des questions de propriété intellectuelle et de gestion contractuelle. Les artistes émergents, a-t-il souligné, sont souvent vulnérables face à des pratiques déséquilibrées, faute de formation juridique et économique.
Dans un autre registre, la productrice Maguy Hortala-Awidi, directrice générale adjointe du studio Sankara, a mis en avant l’apport décisif du digital dans l’optimisation des modèles économiques de l’audiovisuel. Plateformes, diffusion en ligne et diversification des formats permettent aujourd’hui d’élargir les sources de revenus, de valoriser durablement les œuvres et de renforcer les équipes créatives.
L’architecte Mouad Laalou, fondateur de Parallel, spécialisée en computational design, a pour sa part insisté sur la nécessité d’un accompagnement global des projets, de la conception à la fabrication, afin de garantir cohérence et viabilité dans les industries créatives.
À Fquih Ben Salah, le théâtre comme levier territorial
À plusieurs centaines de kilomètres de Rabat, le théâtre a investi l’espace public et symbolique à Fquih Ben Salah. La 6e édition du Festival international de théâtre Noun, organisée sous le thème du théâtre comme levier du développement territorial intégré, s’est achevée sur une note de reconnaissance et de transmission.
La cérémonie de clôture a rendu hommage à l’acteur Abderrahim Meniari, figure emblématique des planches marocaines, salué pour un parcours alliant exigence esthétique et engagement humain. La journaliste et consultante en communication Rajaa Khaled a également été distinguée pour plus de trois décennies d’un itinéraire professionnel riche et multidimensionnel.
Cette édition, placée sous le signe de la grande artiste Fadila Benmoussa, a aussi honoré Noujoum Zohra, Abdelfattah Achik et le journaliste Mohamed Hafidi, inscrivant le festival dans une culture assumée de la reconnaissance et de la mémoire artistique.
Jeunes talents et ouverture internationale
Au-delà des hommages, le festival Noun s’est distingué par une programmation mêlant créations nationales et internationales. Des pièces venues de Belgique et d’Italie ont exploré les tensions entre douleur et espoir, réel et imaginaire, tandis que la scène marocaine a présenté quatre productions reflétant la diversité des écritures et des esthétiques.
L’ouverture du festival avec la pièce documentaire Moujiza, interprétée par trente jeunes issus de programmes de formation théâtrale, a illustré l’attention portée à la relève artistique. Pour le directeur du festival, Abdeljalil Abouanane, cette édition marque une étape importante dans l’ancrage du théâtre comme outil de dialogue social et de développement culturel local.
À Fès, penser le cinéma par la communication
La ville de Fès accueillera, du 18 au 20 décembre, la 13e édition des Journées de la communication cinématographique, à l’initiative de l’Association Jeunes Talents du Cinéma et du Théâtre. Placée sous le thème “communiquons cinématographiquement”, cette manifestation entend rapprocher le public des cinéastes et interroger les formes de narration et de diffusion du septième art.
Moment fort de cette édition, l’hommage rendu au réalisateur et scénariste Driss Chouika souligne la volonté de transmettre des parcours inspirants aux jeunes générations. La compétition de courts métrages, riche de treize films, reflète la diversité des regards et des thématiques portées par une nouvelle vague de cinéastes marocains.
Présidé par Abdelkrim Derkaoui, le jury sera également au cœur de rencontres, d’ateliers et de conférences, notamment autour de la formation de l’acteur et de l’esthétique de la simplicité dans le court métrage, confirmant la vocation pédagogique et réflexive de l’événement.
Préserver et renouveler l’art décoratif marocain
À Rabat, le ministère des Habous et des Affaires islamiques a lancé la 12e édition du Concours national du Prix Mohammed VI de l’art décoratif marocain sur papier. Ce concours, fidèle aux Hautes Orientations Royales, vise à valoriser un art profondément enraciné dans la culture marocaine, tout en encourageant les nouvelles générations à en renouveler les formes et les usages.
Doté de deux distinctions, le Prix de l’excellence et le Prix honorifique, chacun d’une valeur de 50.000 dirhams, le concours s’inscrit dans une démarche de reconnaissance, de transmission et de sauvegarde d’un patrimoine vivant, à la croisée de l’esthétique et de l’identité.
Arts plastiques et espace public à Settat
La 18e édition du Forum national des arts plastiques Nawafid, organisée à Settat sous le thème “Arts plastiques et architecture”, a mis en lumière le rôle de l’art dans l’embellissement urbain et la construction du lien social. Fresques monumentales, expositions, ateliers et rencontres ont investi les espaces publics, rapprochant la création du citoyen.
Pour l’artiste Mohamed Faqhi, membre de l’Association Tamesna des beaux-arts, l’ambition est de laisser une empreinte durable et de promouvoir une culture visuelle accessible. L’implication de jeunes artistes et d’élèves en arts appliqués témoigne d’une volonté de transmission et d’ouverture.
Musique, cinéma et développement personnel, une offre plurielle
À Tanger, l’artiste Adnan Abdelmoumen proposera une performance fondée sur le dialogue entre la langue arabe et des esthétiques musicales variées, du flamenco au jazz, illustrant une approche contemporaine de l’innovation artistique.
À Tétouan, l’Institut Cervantes diffusera en ligne un documentaire consacré aux pratiques agricoles ancestrales des chinampas mexicaines, soulignant l’intersection entre culture, environnement et mémoire.
Enfin, le Centre culturel Iklyle accueillera une rencontre dédiée au développement personnel, preuve que la scène culturelle marocaine s’ouvre également aux questions de formation, de compétences et de bien-être individuel.