Les Yéménites dans la peur d’un retour à une guerre à grande échelle

 Les Yéménites dans la peur d’un retour à une guerre à grande échelle

Cette capture d'écran, tirée d'une vidéo diffusée le 9 août 2026 par le Centre média d'Ansarullah, montre un drone en train d'être lancé en direction de ce que les autorités houthistes ont qualifié de concentrations de troupes saoudiennes et de dépôts d'armes au port de Mokha, dans l'ouest du Yémen. (Photo : - / CENTRE MÉDIA D'ANSARULLAH / AFP) Cette capture d'écran, tirée d'une vidéo diffusée le 9 août 2026 par le Centre média d'Ansarullah, montre un drone en train d'être lancé en direction de

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Au Yémen, la multiplication des frappes houthis et la reprise des affrontements font ressurgir la menace d’un nouveau conflit généralisé, avec pour premières victimes des populations déjà déplacées et éprouvées par plus de dix ans de guerre. De Mokha à Marib, familles et habitants redoutent désormais de devoir fuir une nouvelle fois, tandis que l’escalade régionale qe poursuit faisant craindre une aggravation rapide de la crise humanitaire.

Après des années de calme relatif, les rebelles Houthis du Yémen, soutenus par l'Iran, intensifient leurs attaques contre des zones contrôlées par le gouvernement, allié à l'Arabie saoudite, instillant au sein de la population yéménite la peur d'un retour à un conflit à grande échelle.

Anwar, père de deux enfants, a trouvé refuge à Mokha sur la mer Rouge, après avoir fui l'avancée des Houthis sur sa ville natale de Hodeida, plus au nord.

Mais la semaine dernière, les bombardements l'ont rattrapé, lui et ses enfants, lorsque les rebelles ont attaqué le port, ravivant la crainte qu'un nouveau cycle de déplacements et de violences ne s'ouvre.

"Je ne veux pas que nos vies soient constamment hantées par la panique causée par la terreur houthie. Auparavant, Mokha était une ville sûre et un refuge pour de nombreux Yéménites", explique-t-il.

"Je n'ai pas peur pour moi, mais pour mes enfants et ma famille. C'est ce qui est le plus difficile", poursuit-il.

Najem Hammoud al-Wahbani, autre habitant de Mokha, le certifie: "tout le monde vit dans la peur". "Tous les jours, des missiles et des drones houthis volent au dessus de nos têtes. Si les tirs que nous entendons sont à distance, nous craignons que demain, ils frappent juste ici."

"Tout ruiner"

Le mois dernier, la trêve conclue en 2022 entre les Houthis, appuyés par Téhéran, et le gouvernement, soutenu par Ryad, a volé en éclats.

Le conflit a été relancé après des frappes attribuées à Ryad contre l'aéroport de Sanaa, contrôlé par les Houthis, où l'Iran avait envoyé un avion transportant une délégation rebelle sans solliciter d'autorisation du royaume, qui contrôle l'espace aérien yéménite.

La reprise du conflit, débuté en 2014 et qui a fait des centaines de milliers de morts et plongé le pays, le plus pauvre de la péninsule arabique, dans une grave crise humanitaire, a marqué une nouvelle étape dans l'embrasement régional consécutif à la guerre entre les Etats-Unis et l'Iran.

Les Houthis ont depuis frappé à plusieurs reprises des infrastructures et des navires saoudiens, après avoir annoncé un blocus contre le royaume en mer Rouge, devenue un passage vital pour le transport d'hydrocarbures depuis que le détroit d'Ormuz, de l'autre côté de la péninsule arabique, est verrouillé par l'Iran.

Mohammed Ali, qui a déjà quitté sa province d'Hodeida pour rejoindre Al-Khokha, au nord de Mokha, envisage de fuir à nouveau avec sa famille à Aden, plus à l'ouest.

Si les combats atteignent Al-Khokha, où il gère une entreprise de construction, "cela pourrait tout ruiner, mon futur et celui de mes enfants", s'inquiète-t-il.

La semaine dernière, les Houthis ont lancé leurs plus meurtrières attaques depuis des années, tuant 58 membres des forces gouvernementales, principalement dans la province riche en pétrole de Marib.

Le même jour, deux civils ont été tués dans un bombardement houthi sur des zones résidentielles et des camps de déplacés dans la ville de Marib.

"Où fuir ?"

Les attaques se multiplient dans cette province, foyer de tensions, et divisée entre forces houthies et gouvernementales. Quelque 60% des personnes déplacées à l'intérieur du Yémen s'y sont réfugiées, selon l'Organisation internationale pour les migrations.

Ali Mounif, 46 ans, est l'un de ces déplacés: il vit dans un camp des environs de Marib depuis la prise de son village par les Houthis en 2021. "Si la guerre reprend à Marib, où fuirons-nous?", s'interroge-t-il.

Une femme installée près d'un camp militaire récemment visé par une frappe a vu ses vitres et ses portes vibrer comme lors d'un tremblement de terre.

"La peur, l'anxiété et le désespoir que nous avons déjà vécus au plus fort de la guerre reviennent", indique-t-elle sous couvert d'anonymat.

Profondément bouleversée depuis ces attaques, cette employée d'une association caritative souffre d'insomnies. "Nous vivons désormais avec la crainte permanente de devenir une cible".