Sport
Ils ont brûlé le drapeau marocain. Et alors ? – Par Naïm Kamal
Le milieu de terrain marocain n° 8, Azzedine Ounahi, célèbre le deuxième but de son équipe avec son coéquipier, l'attaquant n° 10 Brahim Diaz, lors du match des huitièmes de finale de la Coupe du monde 2026 opposant le Canada au Maroc, au Houston Stadium de Houston, le 4 juillet 2026. (Photo Ronaldo Schemidt / AFP)
Par Naïm Kamal
La frustration comme célébration
A Aubervilliers, le soir de la victoire du Maroc face au Canada, des Algériens n’ont trouvé qu’une seule manière d’exprimer leur déception : mettre le feu à un drapeau marocain dans ce quartier de la banlieue nord de Paris, les Quatre-Chemins. Sans doute sont-ils rentrés chez eux avec le sentiment du la mission accomplie. Certainement pas apaisés.
Ils auraient sans doute préféré voir les Lions de l’Atlas, par solidarité traditionnelle à laquelle nous les avions habitués, connaitre le même destin que les Fennecs : une qualification laborieuse par repêchage, puis une élimination dès le seizième de finale sans coup férir avec le lourd score total de neuf buts encaissés. Le problème est que le football ne se plie ni aux nostalgies ni aux rancœurs. Il obéit au terrain, pas aux fantasmes. Pas plus aux amers jalousies.
Le sport de la mémoire sélective
S’en souviennent-ils seulement ? En 1958, le Maroc avait payé le prix de sa solidarité avec la révolution algérienne en affrontant à Tunis l’équipe bannie du FLN, défiant ainsi la FIFA, qui l’avait suspendu pendant un an et privé de sa première coupe d’Afrique des Nations. Ce chapitre, comme bien d’autres, a pris les voies périphériques de l’oubli.
Faut-il pour autant qualifier cet acte d’autodafé des couleurs nationales sur ces Quatre-Chemins qui ne mènent nulle part si ce n’est à s’enferrer dans ce neuf-trois de l’Ille de France ? Pas davantage que nécessaire. J’aurais pu me contenter de dire : des Algériens brûlent le drapeau marocain, la caravane passe. Mais je m’en garde. Les flammes n’effacent ni les résultats d’un match ni ne réduisent en cendres les liens fraternels de l’histoire. Elles éclairent essentiellement une obsession devenue routinière.
En revanche je leur conseillerais bien de s’occuper un peu moins du Maroc et un peu plus d’eux-mêmes, ils ne s’en porteront que mieux, croyez-moi.
