Mémoire, ses patrimoines et ses scènes artistiques

 Mémoire, ses patrimoines et ses scènes artistiques

La présidente de la Fondation Mémoires pour l'Avenir, Lamia Radi, a rappelé que Toumliline était née quelques mois seulement après l'indépendance autour d'une intuition simple mais visionnaire : réunir des personnes différentes pour débattre librement de leurs (Photo MAP)

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Dialogue interculturel, patrimoine immatériel, création musicale, théâtre universitaire et arts populaires : plusieurs grandes manifestations organisées ces derniers jours à Rabat, Oujda, Casablanca et Marrakech témoignent du dynamisme de la vie culturelle marocaine. Entre devoir de mémoire, transmission des héritages et ouverture sur les expressions contemporaines, ces rendez-vous illustrent une même ambition : faire de la culture un moteur de cohésion, de développement territorial et de rayonnement international.

Toumliline, une mémoire tournée vers l'avenir

Soixante-dix ans après les premières Rencontres internationales de Toumliline, le Maroc renoue avec l'un des épisodes les plus singuliers de son histoire intellectuelle. Organisée par l'Académie du Royaume du Maroc et la Fondation Mémoires pour l'Avenir, l'édition 2026 interroge l'actualité d'une expérience qui, dès 1956, avait fait du dialogue entre cultures, religions et sensibilités différentes un principe fondateur.

Placées sous le thème « Faire mémoire pour ancrer l'Altérité », ces rencontres rappellent combien la mémoire peut devenir un instrument de construction démocratique. La présidente du Conseil national des droits de l'Homme, Amina Bouayach, a souligné que la mémoire ne constitue pas seulement un héritage, mais une responsabilité collective permettant de prévenir les ruptures démocratiques et de renforcer la cohésion sociale.

La présidente de la Fondation Mémoires pour l'Avenir, Lamia Radi, a rappelé que Toumliline était née quelques mois seulement après l'indépendance autour d'une intuition simple mais visionnaire : réunir des personnes différentes pour débattre librement de leurs désaccords. Une démarche qui demeure, aujourd'hui encore, d'une remarquable modernité.

Les débats ont également mis en lumière les prolongements contemporains de cet héritage. Le président de l'Université Al Akhawayn, Amine Bensaïd, a plaidé pour une utilisation de l'intelligence artificielle au service des valeurs de dialogue et d'ouverture. De son côté, le cardinal Cristóbal López Romero a vu dans Toumliline l'expression d'un « nous inclusif » capable de dépasser les différences religieuses et culturelles. Les représentants de l'Ordre souverain de Malte et du monastère d'En-Calcat ont, eux aussi, réaffirmé leur volonté de contribuer à la sauvegarde de ce patrimoine exceptionnel.

Oujda mise sur le raï comme levier culturel

À quelques centaines de kilomètres de là, Oujda prépare l'un des rendez-vous musicaux majeurs de l'été. Prévu du 22 au 25 juillet, le Festival du Raï de l'Oriental entend dépasser le simple cadre du spectacle pour inscrire cette musique dans une stratégie plus large de développement culturel.

Les organisateurs souhaitent faire du raï un pont entre les générations, en associant les figures historiques du genre aux nouveaux talents. Plus largement, le festival ambitionne de valoriser le patrimoine matériel et immatériel de la région orientale, tout en confortant Oujda comme destination culturelle de premier plan.

Au-delà des concerts, la manifestation se veut un facteur d'attractivité touristique et économique, illustrant la place grandissante accordée à la culture dans les politiques territoriales. Le festival revendique ainsi une conception du patrimoine comme moteur d'innovation, de dialogue et de développement.

Jazzablanca confirme sa vocation internationale

À Casablanca, Jazzablanca poursuit sa 19e édition en offrant une programmation où se croisent les esthétiques et les influences.

Sur la scène Casa Anfa, le chanteur franco-algérien Danyl a confirmé l'attachement du public marocain à son univers mêlant rap mélodique, pop contemporaine et sonorités raï. Les festivaliers ont repris ses chansons en chœur, faisant de son concert l'un des temps forts de cette édition.

Le contraste fut saisissant avec l'arrivée du collectif allemand Meute. Les onze musiciens hambourgeois ont transformé Anfa Park en immense dancefloor grâce à une formule unique mêlant fanfare, techno et musique électronique. Sans artifices scéniques, privilégiant la seule puissance de leur interprétation, ils ont livré une prestation saluée pour son intensité.

La Scène 21 a, quant à elle, exploré d'autres territoires du jazz contemporain. Le trompettiste français Daoud a proposé une création naviguant entre jazz fusion, électronique et improvisation, tandis que le collectif britannique Nubiyan Twist a clôturé la soirée avec un métissage de jazz, afrobeat, soul, hip-hop et musiques électroniques, confirmant la diversité artistique qui fait l'identité de Jazzablanca.

Le théâtre universitaire comme laboratoire du vivre-ensemble

Le Festival international de théâtre universitaire de Casablanca (FITUC) poursuit, lui aussi, son exploration des enjeux contemporains.

Réunis autour du thème « Le théâtre et la vie commune », universitaires, chercheurs, artistes et étudiants ont réfléchi au rôle du théâtre dans la reconstruction des liens sociaux à une époque marquée par l'individualisme et l'isolement.

La doyenne de la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de Ben M'Sik, Leila Maziane, a rappelé que le théâtre universitaire constitue un espace privilégié de formation intellectuelle, d'ouverture culturelle et de dialogue entre les jeunesses.

Les échanges ont également porté sur la fabrication des identités, le rôle du spectateur, l'action culturelle universitaire et la capacité du théâtre à imaginer de nouvelles formes de coexistence. Cette 38e édition, qui accueille l'Espagne comme invitée d'honneur, confirme ainsi la vocation internationale du FITUC comme plateforme de dialogue euro-méditerranéen et atlantique.

Marrakech célèbre la permanence des traditions

La semaine culturelle s'est achevée à Marrakech avec la clôture de la 55e édition du Festival national des arts populaires.

Dans le cadre majestueux du Palais El Badiî, la chanteuse Zina Daoudia a offert une soirée de clôture particulièrement festive, mêlant ses succès populaires aux grands classiques de l'Aïta. Durant cinq jours, la place Jemaa El Fna et plusieurs sites historiques de la ville ont accueilli des centaines d'artistes venus représenter la richesse des expressions populaires marocaines.

Ahidous, Dakka marrakchie, Gnaoua, Aïssaoua, Abidat Rma, Reggada, Guedra ou encore Tbal se sont succédé aux côtés de troupes invitées d'Afrique et de Chine, illustrant la capacité du festival à conjuguer enracinement patrimonial et ouverture internationale.

Placée sous le thème « Les arts populaires… Trésors d'hier et d'aujourd'hui », cette édition a confirmé le rôle du FNAP dans la préservation du patrimoine immatériel national et sa transmission aux nouvelles générations.

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