Éducation inclusive : l'Observatoire marocain pointe les limites d'une réforme inachevée

Éducation inclusive : l'Observatoire marocain pointe les limites d'une réforme inachevée

Le constat le plus préoccupant concerne la baisse du nombre d'élèves en situation de handicap effectivement scolarisés. Selon les données analysées par l'OMEI, leurs effectifs sont passés d'environ 95.000 élèves en 2019 à près de 72.000 durant l'année scolaire 2025-2026

1
Partager :

À quelques mois de l'échéance de la feuille de route 2022-2026 du ministère de l'Éducation nationale, l'Observatoire marocain de l'éducation inclusive (OMEI) dresse un constat sévère sur la mise en œuvre du Programme n°13 consacré aux écoles inclusives. Si des avancées sont reconnues, l'évaluation met surtout en évidence un écart persistant entre les ambitions affichées et les résultats obtenus, marqué par un recul des effectifs scolarisés, des insuffisances réglementaires et des faiblesses de gouvernance qui continuent de compromettre le droit des personnes en situation de handicap à une éducation de qualité.

Un bilan contrasté malgré des avancées

Pour l'OMEI, la généralisation de l'école inclusive demeure un objectif encore largement hors de portée. L'analyse des indicateurs du Programme n°13 révèle que plusieurs cibles fixées dans la feuille de route n'ont pas été atteintes, traduisant un impact limité des politiques publiques sur la transformation du système éducatif.

L'Observatoire estime également que le programme souffre d'un manque de cohérence avec les exigences de la loi-cadre 51.17 relative au système d'éducation, de formation et de recherche scientifique. Selon lui, l'inclusion reste traitée comme un chantier spécifique plutôt que comme un principe transversal devant irriguer l'ensemble des politiques éducatives, de la planification à l'évaluation.

L'évaluation souligne aussi les insuffisances des mécanismes de gouvernance, de coordination, de suivi et d'évaluation, qui n'ont pas permis d'assurer une mise en œuvre efficace des engagements pris.

Des indicateurs en recul

Le constat le plus préoccupant concerne la baisse du nombre d'élèves en situation de handicap effectivement scolarisés. Selon les données analysées par l'OMEI, leurs effectifs sont passés d'environ 95.000 élèves en 2019 à près de 72.000 durant l'année scolaire 2025-2026, soit une diminution de près de 24 %.

L'Observatoire considère que cette évolution traduit les difficultés persistantes d'accès à l'école plutôt qu'une amélioration de la situation. Son analyse s'appuie sur les statistiques officielles communiquées par le ministère de l'Éducation nationale, ainsi que sur plusieurs rapports de référence, notamment ceux du Conseil supérieur de l'éducation, de la formation et de la recherche scientifique, de la Chambre des conseillers et de l'Enquête nationale sur le handicap.

Parallèlement, le rendement interne du système demeure faible. Au cours des cinq dernières années, le nombre de candidats en situation de handicap se présentant aux épreuves du baccalauréat n'a pas dépassé environ 2.000 par an, illustrant les difficultés rencontrées tout au long du parcours scolaire.

Des obstacles réglementaires et matériels persistants

Au-delà des statistiques, l'OMEI pointe plusieurs obstacles structurels qui continuent d'entraver l'accès effectif à l'école.

L'Observatoire critique notamment certaines dispositions de l'arrêté ministériel n°47.19 relatif à l'éducation inclusive. Il estime que plusieurs articles continuent de restreindre l'accès des enfants en situation de handicap à l'école publique, malgré les recommandations formulées ces dernières années par le Conseil national des droits de l'Homme, la Chambre des conseillers et plusieurs organisations de la société civile en faveur de leur révision.

L'insuffisance des dispositifs d'accompagnement constitue un autre point de faiblesse. Seules 22 % des écoles primaires disposent de salles de ressources destinées au soutien et à la réadaptation, tandis qu'environ un tiers de ces structures fonctionnent sans personnel spécialisé.

À cela s'ajoute l'absence d'un véritable modèle inclusif pour les élèves présentant des déficiences sensorielles, notamment auditives et visuelles, dans l'enseignement public ordinaire.

L'accessibilité physique des établissements reste également largement insuffisante. Selon l'Observatoire, plus des deux tiers des écoles publiques ne répondent toujours pas aux exigences d'accessibilité, en particulier au niveau des installations sanitaires.

Une gouvernance à renforcer

L'OMEI relève également plusieurs insuffisances dans la gouvernance du dispositif.

Le comité chargé du suivi du Programme n°13 est jugé peu efficace en matière de coordination, de suivi et d'évaluation. Les commissions régionales examinant les demandes de scolarisation souffrent, quant à elles, d'une composition qui ne garantit pas une représentation suffisante des compétences pédagogiques, notamment des enseignants et des inspecteurs.

L'Observatoire souligne aussi le retard pris dans l'adoption de plusieurs textes réglementaires attendus, notamment le décret prévoyant qu'une partie des services des établissements privés bénéficie aux enfants en situation de handicap et à ceux vivant dans la précarité, conformément à la loi-cadre 51.17.

Des réformes à approfondir

L'OMEI attire enfin l'attention sur les limites des approches pédagogiques actuellement mises en œuvre. Les adaptations des apprentissages et des modalités d'évaluation restent insuffisamment fondées sur des données scientifiques et sur des pratiques éprouvées, ce qui limite leur efficacité.

L'Observatoire estime également que le programme des « Écoles pionnières », présenté comme l'un des principaux leviers de réforme du système éducatif, ne prend pas suffisamment en compte les besoins spécifiques des élèves en situation de handicap. L'absence d'une véritable dimension inclusive dans ses référentiels risque, selon lui, de reproduire les inégalités existantes plutôt que de les corriger.

À travers cette évaluation, l'OMEI appelle à une révision en profondeur des dispositifs réglementaires, des mécanismes de gouvernance et des approches pédagogiques afin de faire de l'éducation inclusive un principe effectif et non plus un objectif essentiellement programmatique. Une ambition qui, selon l'Observatoire, conditionne le respect du droit fondamental à l'éducation pour tous les enfants, sans distinction.

lire aussi