Le Positionnement international du Maroc, une évolution contrastée- Par Abdeslam Seddiki

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S’il y un enseignement général à tirer du rapport annuel de l’IRES, c’est bien que le Maroc a encore du pain sur la planche et les Marocains, en premier lieu ceux qui sont aux commandes, doivent se retrousser sérieusement les manches

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Pour suivre l’évolution du positionnement international du Maroc, nous disposons depuis quelques années d’une référence incontournable sous forme d’un tableau de bord. Il s’agit d’un rapport annuel de l’IRES dont la neuvième édition vient d’être publiée (cf. ires.ma). 

Les sujets  étudiés, fait rarissime, englobent pratiquement  tous les domaines auxquels on pourrait penser : politiques, économiques, sociaux, culturels et environnementaux. Les indicateurs retenus sont regroupés autour de dix « domaines de veille prospective » : la souveraineté alimentaire et énergétique, l’intégrité territoriale,  les besoins essentiels et les aspirations populaires, la gouvernance et l’Etat du care, le changement climatique, la transformation structurelle de l’économie, la mobilité interne et l’accueil des migrants, le développement territorial, la  société de la connaissance et de l’innovation, le lien social et la confiance.

 On le devine, le travail déployé pour collecter l’information, la classer, l’analyser n’est pas un simple exercice. Il faut pour cela une « machine bien rodée » et une méthodologie  bien élaborée. Les informations relatives aux différents indicateurs, quand elles ne sont pas produites par l’IRES,  ont été recueillies à partir de sources variées, à savoir : les organismes nationaux tels que le Haut-Commissariat au Plan, les départements ministériels, l’Office des Changes... ou les institutions internationales telles que la Banque Mondiale, le FMI, l’OCDE, le PNUD, l’OMS, la FAO, le CEPII (Centre d’Etudes Prospectives et d’informations). Et les  rédacteurs du rapport  de préciser pour lever toute équivoque « Certains de ces indicateurs ont des limites qui ont été révélées par plusieurs études. Ils ne reflètent pas, selon l'IRES, les avancées enregistrées par le Royaume du Maroc. Leur intégration dans le présent tableau de bord stratégique est motivée par le seul fait que ces indicateurs sont pris en considération par les organismes internationaux pour apprécier la situation du Maroc. » 

Le lecteur pressé aura à sa disposition,  au début du rapport,  un tableau récapitulatif précisant les domaines dans lesquels le Maroc avance, ceux dans lesquels  il recule et enfin ceux où il stagne.  On considère que globalement, pour utiliser un langage propre au domaine du sport, nous sommes en face d’un jeu égal : le pays avance d’un côté et stagne ou recule d’un autre côté.  Mais comme celui qui ne progresse pas recule, on peut dire que  sur l’ensemble des  indicateurs passés au crible par l’IRES,  le pays enregistre un progrès dans la moitié et marque le pas dans l’autre moitié. De même, qui dit avancer, ne veut pas dire forcément qu’on ait atteint une position confortable. Cela ressort clairement du tableau récapitulatif en faisant croiser les couleurs et les flèches. Le rapport distingue trois positions : favorable, non favorable et intermédiaire. La position  dominante, comme on pouvait s’y attendre, est  cette dernière. On apprend énormément des choses en procédant à une simple lecture de ce tableau. Exemples ? Pour la disponibilité des ressources en eau et la situation des finances publiques,  non seulement, le Maroc est dans une position défavorable, mais aussi elle s’aggrave.  Pour ce qui est  de la solidarité traditionnelle, bien qu’elle recule, demeure toujours à un niveau élevé. Autre exemple qui concerne le capital naturel : le Maroc est dans une position intermédiaire avec une évolution négative. On peut aussi saisir la différence entre notre dépendance alimentaire et notre dépendance énergétique : alors que la première ne fait que s’aggraver, n’en déplaise à ceux  qui font l’apologie du PMV,  la seconde, en revanche,  connait une certaine atténuation grâce notamment au plan des  énergies renouvelables. 

Par ailleurs, les dix domaines de veille prospective (DVS) peuvent être lus indépendamment les uns des autres. Ce qui donne plus de souplesse au lecteur intéressé par tel  ou tel aspect précis du rapport. Aussi, la présentation de chaque indicateur est précédée d’un bref commentaire pour faciliter sa compréhension et    son interprétation. Et pour aider le lecteur non familier avec la terminologie utilisée, un glossaire est mis à sa disposition  en annexe du document.

Dans le top 30 des nations les plus sûres

Ces rappels méthodologiques  étant faits, passons à présent à la lecture du rapport sans avoir la prétention de l’exhaustivité pour une raison simple : la variété et la multiplication des problématiques traitées.  On retiendra trois exemples qui  reflètent  les trois positions dominantes.

Le premier exemple concerne la richesse globale par habitant.  En amélioration depuis 2000, le classement du Maroc en matière de richesse globale par habitant a enregistré un recul de 8 places entre 2010 et 2014  en passant d’une position intermédiaire à une position défavorable (dégringolant de la 87ème place à la 95ème).  Outre la croissance économique qui s'est rétractée sur cette période, ce recul aurait pu être évité si le capital humain avait été suffisamment développé et si l’exploitation des ressources naturelles était optimisée. Le positionnement du Royaume au titre de cet indicateur pourrait être amélioré si, à l’avenir, le Maroc parvenait à adopter en termes de politiques publiques une approche fondée sur la valorisation du capital immatériel.

Le deuxième exemple concerne la sécurité globale, plus précisément  l’Indice "World's safest countries" (les pays les plus sûrs).  Le Maroc y figure dans le top 30 des nations les plus sûres dans le monde et il est considéré, en 2021, le pays africain le plus sûr. Son positionnement au titre de cet indice s'est nettement amélioré, entre 2019 et 2021, (passant respectivement de la 45ème à la 24ème place) grâce notamment à sa bonne gestion de la crise sanitaire, composante ayant un poids important dans l'édition 2021 de ce classement, est-il précisé dans le document.

 Le troisième et dernier exemple porte sur la démocratie. Grâce à l’adoption de la constitution de 2011, le Maroc est passé d’une situation défavorable à une situation intermédiaire en se  positionnant à la troisième place dans la zone  MENA. Toutefois,  sur le plan des libertés publiques et des libertés de l’information,  le pays n’enregistre qu’un progrès timide, sachant que les données portent sur la période antérieure à 2016. Comment les choses ont-elles  évolué depuis ? En attendant la réponse dans les prochaines éditions, Il est fort à craindre que nous ayons de désagréables surprises !

S’il y un enseignement général à tirer de ce travail, c’est bien  le  suivant : le  Maroc a encore du pain sur la planche  et  les Marocains, en premier lieu ceux qui sont aux commandes, doivent se retrousser sérieusement les manches pour se mettre au travail et s’attaquer aux multiples défis identifiés par le rapport. Avec clarté et sans langue de bois.