Environnement
Forêts du Maroc : à Rabat, l’appel à protéger un patrimoine sous pression
Dans un avis consacré aux forêts marocaines, le Conseil économique, social et environnemental estimait la dégradation de ces milieux à 17 000 hectares par an
Réunis samedi à Rabat, les participants à un colloque de l’Association marocaine pour la protection des forêts ont plaidé pour davantage de reboisement, de prévention et de coordination. Leur appel intervient alors que les forêts marocaines, essentielles à l’eau, aux sols et à la biodiversité, subissent des pressions persistantes.
Bien plus qu’une réserve d’arbres
La forêt ne se résume ni à un paysage ni à une réserve de bois. C’est le message central de la rencontre organisée sous le thème « Les forêts du Maroc : un patrimoine national stratégique et un rempart pour la sécurité environnementale et le développement durable ». Les intervenants ont invité à regarder ensemble ses fonctions écologiques, ses usages économiques et la place qu’elle occupe dans la vie des territoires. Sa protection, ont-ils souligné, participe autant aux équilibres naturels qu’au développement durable.
Cette approche prend un relief particulier dans un pays exposé à la sécheresse et à la dégradation des écosystèmes. Dans un avis consacré aux forêts marocaines, le Conseil économique, social et environnemental estimait la dégradation de ces milieux à 17 000 hectares par an. Il pointait les effets conjugués du changement climatique et des pressions humaines, notamment les prélèvements excessifs de bois de feu et le surpâturage. Ce diagnostic donne une mesure des défis évoqués à Rabat : restaurer les espaces abîmés tout en protégeant ceux qui résistent encore.
Reboiser et mieux surveiller
Azzeddine Benjelloun Touimi, président national de l’association, a présenté un programme visant à intensifier le reboisement et à restructurer l’action de son organisation. Il souhaite renforcer sa présence au Maroc comme à l’international. Mais planter des arbres ne constitue qu’une partie de la réponse. Pour lui, la sensibilisation et la prise de conscience des citoyens sont indispensables face aux atteintes portées aux ressources forestières.
Il a également insisté sur l’action de terrain et sur l’usage d’applications numériques pour signaler les pratiques illégales et détecter plus tôt les infractions. Ces alertes doivent s’accompagner d’une coordination étroite avec les autorités afin d’endiguer l’exploitation anarchique et la destruction des milieux forestiers. La protection de l’environnement et de la biodiversité relève, selon lui, d’une responsabilité nationale et collective, à laquelle citoyens et structures associatives doivent prendre part.
La stratégie « Forêts du Maroc 2020-2030 » fournit un cadre plus large à ces efforts. Lancée en 2020, elle associe restauration des écosystèmes, préservation de la biodiversité et développement économique durable du secteur. L’enjeu est aussi de faire une place aux populations concernées dans la gestion des forêts : la durabilité d’une politique forestière dépend des usages locaux autant que des plantations et des dispositifs de contrôle.
L’eau, les sols et les habitants
Pour Nadia Skiredj, membre du bureau national de l’association, la forêt se trouve au croisement de plusieurs enjeux : l’eau, les sols, la biodiversité et le climat, mais aussi des intérêts économiques et sociaux. Sa préservation appelle une vision intégrée, fondée sur la prévention, la connaissance scientifique, la bonne gouvernance et une valorisation responsable des ressources. Elle demande également des mécanismes de protection et de contrôle capables de durer.
Cette ambition suppose de faire vivre une culture environnementale au-delà des colloques. Nadia Skiredj a appelé à renforcer la complémentarité entre institutions publiques, élus, experts, chercheurs, société civile et citoyens. Sur le terrain, ces acteurs n’interviennent pas toujours à la même échelle ni avec les mêmes moyens. Leur coopération peut pourtant relier l’observation des risques, les décisions de gestion et la mobilisation des habitants.
Un défi qui dépasse les frontières
Le constat marocain rejoint une inquiétude mondiale. Selon l’évaluation 2025 de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, les forêts couvrent 4,14 milliards d’hectares, soit 32 % des terres émergées. Le rythme de la déforestation a ralenti, mais 10,9 millions d’hectares disparaissaient encore chaque année en moyenne entre 2015 et 2025. Ces milieux abritent une grande part de la biodiversité et contribuent à réguler les cycles de l’eau et du carbone.
À Rabat, un exposé sur le patrimoine forestier national a ouvert des échanges sur la prévention des risques, la sécurité environnementale, la valorisation des ressources et les partenariats. Le colloque a ainsi lié les objectifs de reboisement à une exigence de suivi : protéger les forêts existantes, repérer les atteintes et associer durablement ceux qui en dépendent. C’est à cette condition que ce patrimoine pourra rester une ressource vivante pour les générations à venir.