Environnement
Tanger-Assilah face au feu, le Maroc renforce son dispositif forestier
Un Canadair de lutte contre les incendies de Forces Armées royales air marocaine intervient pour éteindre un feu de forêt à Tanger, dans le nord du Maroc, le 12 août 2023. (Photo Fadel Senna / AFP)
À Dar Chaoui, les équipes terrestres et aériennes poursuivent leur combat contre l’incendie de la forêt de Khandaq Snane, tandis que l’Agence nationale des eaux et forêts souligne une baisse nationale des superficies brûlées en 2026. Malgré des conditions difficiles, la mobilisation coordonnée des services publics a permis de contenir plusieurs foyers et de limiter les dégâts.
Un incendie difficile d’accès
Déclaré mardi vers 13 heures dans la forêt de Khandaq Snane, située dans la commune de Dar Chaoui, l’incendie a touché une zone forestière dense, principalement composée de pins maritimes. Mercredi, les équipes d’intervention poursuivaient leurs opérations dans un environnement particulièrement contraignant.
Les fortes températures, les vents modérés et le relief accidenté ont favorisé la propagation des flammes. L’accès difficile à plusieurs secteurs a également ralenti la progression des camions-citernes et des engins lourds, obligeant les équipes à adapter constamment leur stratégie.
Selon Othmane El Azaoui, directeur provincial de l’Agence nationale des eaux et forêts à Tanger-Assilah, les efforts se concentraient sur le dernier foyer encore actif. Plusieurs autres départs de feu avaient déjà été circonscrits grâce à l’intervention conjointe des moyens terrestres et aériens.
Une mobilisation de grande ampleur
Quelque 350 intervenants ont été déployés sur le terrain. Le dispositif réunit des éléments de la Gendarmerie royale, des Forces armées royales, des Forces auxiliaires, de la Protection civile, de la Promotion nationale, de l’Agence nationale des eaux et forêts, ainsi que des autorités locales et provinciales.
Des habitants et des volontaires de la région ont également pris part aux opérations. Leur connaissance du terrain a facilité l’accès à certaines zones et soutenu les équipes mobilisées sur plusieurs fronts.
Trois avions Canadair et un hélicoptère de la Gendarmerie royale ont effectué des dizaines de largages d’eau mardi et mercredi. Cet appui aérien s’est révélé décisif dans les zones escarpées, où les véhicules terrestres ne pouvaient pas intervenir rapidement.
Les premières estimations faisaient état d’une superficie touchée encore en cours d’évaluation. Les responsables ont toutefois souligné que la rapidité de la mobilisation avait permis de limiter l’impact du sinistre sur le couvert forestier.
Une baisse nationale des superficies brûlées
Alors que les opérations se poursuivaient à Tanger-Assilah, le directeur général de l’Agence nationale des eaux et forêts, Abderrahim Houmy, a présenté à Rabat le bilan provisoire des incendies enregistrés depuis le début de l’année.
Le Maroc a recensé 340 feux de forêt ayant affecté environ 2.150 hectares. Cette superficie représente une baisse de près de 31 % par rapport à la moyenne annuelle, estimée à environ 3.130 hectares.
Pour l’Agence, l’efficacité du dispositif national ne se mesure pas uniquement au nombre d’incendies déclarés. Elle dépend surtout de la capacité des services à intervenir rapidement, à contenir les flammes et à empêcher leur propagation vers les zones boisées les plus vulnérables.
Près de 55 % des superficies touchées concernent des herbes et de la végétation secondaire, contre environ 45 % de forêts arborées. Les pluies importantes de l’hiver ont favorisé une forte croissance des herbes, ensuite desséchées par les vagues de chaleur, augmentant leur inflammabilité.
Prévention, surveillance et alerte précoce
La stratégie nationale repose sur l’anticipation, la prévention et la coordination. L’Agence analyse quotidiennement les températures, l’humidité, la vitesse du vent et l’état du couvert végétal. Elle s’appuie également sur des images satellites et des modèles scientifiques pour identifier les zones les plus exposées.
Ces données permettent d’émettre des bulletins d’alerte et de renforcer la vigilance avant même l’apparition des premiers foyers. Plus de 2.800 guetteurs et gardes forestiers sont répartis dans les différentes régions afin d’assurer la surveillance et l’alerte précoce.
Le dispositif aérien comprend des Canadair capables d’emporter six tonnes d’eau, des hélicoptères d’une capacité de deux tonnes et des avions Turbo Thrush pouvant transporter entre une tonne et demie et trois tonnes.
Au sol, les véhicules de première intervention de l’Agence opèrent aux côtés des moyens de la Protection civile, des unités spécialisées des Forces armées royales, de la Gendarmerie royale, des Forces auxiliaires et des autorités locales.
La responsabilité humaine au cœur du risque
Malgré la hausse des températures et la répétition des épisodes de sécheresse, le Maroc conserve l’un des taux de superficies brûlées les plus faibles du bassin méditerranéen, selon l’Agence.
Cette performance reste toutefois fragile. Plus de 90 % des feux seraient liés à des comportements humains, souvent provoqués par la négligence ou l’inattention.
Les autorités appellent donc les citoyens à éviter toute pratique susceptible de déclencher un incendie et à signaler immédiatement toute fumée ou départ de feu. Dans la lutte contre les incendies forestiers, la rapidité d’alerte demeure aussi déterminante que les moyens techniques mobilisés.
La protection du patrimoine forestier dépend ainsi d’une vigilance collective, continue et partagée entre institutions, habitants, usagers et visiteurs.