Lycées bloqués, fonctionnaires en grève : une journée de mobilisation sous tension en France

Lycées bloqués, fonctionnaires en grève : une journée de mobilisation sous tension en France

Des manifestants masqués participent à un rassemblement lors d’une journée de grèves et de manifestations nationales dans la fonction publique, à Lyon, le 29 septembre 2026. ( Photo Olivier Chassignole / AFP)

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Les blocages de lycées se sont étendus mardi 29 septembre à plusieurs villes françaises, tandis que les agents de la fonction publique manifestaient pour les salaires et les moyens des services publics. Des tensions ont éclaté devant certains établissements, alors que le mouvement lycéen gagnait aussi les universités.

Des revendications nées dans les lycées

Partie la semaine dernière d’Île-de-France, la mobilisation lycéenne a pris une dimension nationale. Manque d’enseignants et de personnels, emplois du temps chargés, locaux dégradés : les griefs varient selon les établissements, mais dessinent une même inquiétude sur les conditions d’étude. L’Union syndicale lycéenne (USL) a appelé mardi à des blocages partout en France, pour faire converger le mouvement avec la journée de grève dans la fonction publique.

Devant le lycée Montebello de Lille, où les cours ont été suspendus, son président, Ryad Rani, a évoqué des équipes d’assistants d’éducation amputées de moitié dans certains établissements, l’absence d’infirmière scolaire ou d’assistante sociale, ainsi que des cours de philosophie et de français non assurés pendant les années du baccalauréat. Dans le Nord, la préfecture faisait état, en milieu de matinée, de douze lycées perturbés et de quatre interpellations.

En Île-de-France, la Région recensait 75 établissements perturbés, dont 20 touchés par des affrontements, des violences ou des dégradations. Les grilles des lycées Gaspard-Monge, à Savigny-sur-Orge, et Paul-Éluard, à Saint-Denis, ont cédé. Dans ce dernier établissement, déjà fortement perturbé lundi, les pompiers sont intervenus mardi pour éteindre un feu au pied du portail. « Nous, enfants de la banlieue, on est abandonnés et délaissés », déplorait Victoire, 16 ans. La Région évaluait provisoirement le coût des dégradations à 200 000 euros.

De Rennes à Lyon, des blocages et des heurts

À Rennes, une centaine de lycéens lançaient des projectiles devant le lycée Bréquigny, le plus grand établissement secondaire de Bretagne. Une source policière signalait une situation tendue sur place et indiquait que le lycée Jean-Macé était également bloqué. « Tout ce qu'on demande, c'est des classes moins chargées, (…) une cantine plus saine, et un emploi de temps moins chargé », expliquait Abdoulaye, 17 ans.

À Marseille, les organisations lycéennes revendiquaient cinq établissements bloqués vers 10 heures, après la levée d’un autre blocage dans le 7e arrondissement. Plusieurs centaines de lycéens empêchaient l’accès au lycée Magendie, à Bordeaux. Dans l’agglomération lyonnaise, la préfecture du Rhône comptait 19 établissements concernés, dont trois bloqués et fermés : un lycée, l’université Lyon-II à Bron et l’Institut d’études politiques de Lyon. Elle faisait état de sept interpellations en fin de matinée, après des tirs de mortiers d’artifice et des jets de projectiles contre les forces de l’ordre, qui ont utilisé des gaz lacrymogènes.

La contestation débordait ainsi le cadre des lycées. L’Union étudiante demandait davantage de moyens pour les universités. Des blocages étaient signalés à Clermont-Ferrand, Poitiers, Toulouse-II, Toulouse-III et sur le campus de Pont-de-Bois, à Villeneuve-d’Ascq. Des tentatives avaient également lieu à Paris et à Nice.

La question des violences a nourri une confrontation politique. Lundi, le gouvernement avait dénoncé des « violences urbaines », après 164 interpellations et des perturbations dans 180 établissements. :chatgpt-content-reference{index="0"} Le Premier ministre Sébastien Lecornu avait critiqué la « surenchère irresponsable » d’élus de La France insoumise appelant à étendre le mouvement. Mardi, la présidente de la région Île-de-France, Valérie Pécresse, accusait LFI d’« instrumentalisation politique » et qualifiait ses responsables de « pompiers pyromanes ». Sur France Inter, le coordinateur du mouvement, Manuel Bompard, assumait au contraire ce soutien : « Quand on partage les revendications d'une mobilisation, c'est normal qu'on l'appuie, qu'on la soutienne et qu'on appelle à ce qu’elle s'amplifie ».

Salaires et services publics au cœur des cortèges

Pendant ce temps, les premiers cortèges de fonctionnaires s’élançaient dans plus de 170 villes, à l’appel de la CGT, FO, la CFDT, l’UNSA, la FSU, Solidaires, la CFE-CGC et la FA-FP. Les syndicats réclament une hausse des salaires et des moyens adaptés aux missions des services publics. Le nouveau gel du point d’indice annoncé début septembre cristallise leur colère.

À Nantes, les manifestants ont quitté le centre-ville vers 11 heures, au son des Rita Mitsouko, derrière des pancartes dénonçant les bas salaires. À Marseille, plusieurs centaines de personnes défilaient en fin de matinée. Florian, 39 ans, père de deux enfants, disait toucher 1 800 euros nets par mois pour 40 heures hebdomadaires grâce aux astreintes. « On survit. On peut avoir des compétences sur un poste mais il est impossible d’évoluer », expliquait-il.

Depuis 2017, le point d’indice n’a été revalorisé qu’en 2022, de 3,5 %, et en 2023, de 1,5 %, soit un peu plus de 5 % au total. Selon l’Insee, l’inflation cumulée devait atteindre 24,17 % à la fin de 2026. La dirigeante de la CGT, Sophie Binet, estime que le gel revient à diminuer les salaires réels de millions d’agents. La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, relie pour sa part la qualité des services publics aux conditions de travail de ceux qui les assurent.

Le Snuipp-FSU prévoyait 40 % de grévistes parmi les professeurs des écoles. À Nantes, Lucille Janssens manifestait comme mère d’élève pour réclamer de meilleures conditions d’enseignement, davantage d’accompagnants pour les élèves en situation de handicap et des écoles mieux préparées aux épisodes de forte chaleur.

Les pompiers attendus en nombre à Paris

Après un été marqué par des incendies majeurs, notamment en Gironde, les pompiers devaient rejoindre la mobilisation parisienne. Les autorités en attendaient entre 5 000 et 10 000. Leur cortège devait partir de la place d’Italie vers la Bastille, avant de retrouver les autres fonctionnaires, appelés à défiler à partir de 14 heures de la République à la Nation. Pour cette dernière manifestation, les autorités prévoyaient entre 20 000 et 40 000 participants, hors pompiers.

Les réseaux grandes lignes de la SNCF et de la RATP n’étaient que ponctuellement touchés. Dans les airs, la Direction générale de l’aviation civile avait demandé aux compagnies de réduire leurs programmes à Paris-Charles-de-Gaulle et Marseille-Provence.