International
Ryad sous la menace houthie après une attaque meurtrière contre son aéroport
Un panache de fumée s'élève lors d'une frappe aérienne qui aurait été menée par la coalition dirigée par l'Arabie saoudite sur Sanaa, la capitale yéménite contrôlée par les Houthis, le 9 octobre 2026. (Photo AFP)
Au moins 12 personnes ont été tuées et 309 blessées samedi 10 octobre dans une attaque contre l’aéroport international King Khalid de Ryad, attribuée aux Houthis par la coalition conduite par l’Arabie saoudite. Dimanche, le mouvement yéménite, allié de l’Iran, a renouvelé ses menaces contre les aéroports saoudiens, tandis que la suspension du trafic aérien et les condamnations internationales témoignent de la gravité de l’escalade.
De nouvelles menaces au lendemain du drame
Une explosion a été entendue dimanche à Ryad par des journalistes de l’AFP, sans que son origine soit précisée. Plus tôt, l’ambassade d’Australie avait appelé ses ressortissants présents dans la capitale saoudienne à se mettre à l’abri.
Sans revendiquer l’attaque de samedi, les Houthis, soutenus par l’Iran, ont mis en garde les voyageurs, les employés et les compagnies aériennes contre toute utilisation des aéroports et de l’espace aérien saoudiens, à l’exception de ceux de La Mecque et de Médine. Ces installations « sont exposées aux frappes », a prévenu sur X leur porte-parole militaire, Yahya Saree.
Le mouvement avait revendiqué des frappes contre l’aéroport de Ryad mercredi et jeudi, qui avaient fait six morts au total. La coalition militaire dirigée par Riyad lui impute également l’attaque de samedi, dénonçant un « crime de guerre » auquel elle promet de répondre « avec fermeté ». Une source diplomatique a évoqué un missile houthi. Il s’agit de l’attaque la plus meurtrière dans le royaume depuis l’attentat suicide du groupe État islamique qui avait fait 15 morts en août 2015.
Un aéroport paralysé et une capitale perturbée
Le bilan communiqué par les autorités saoudiennes s’établit à 12 morts et 309 blessés, mais pourrait s’alourdir, selon un diplomate occidental cité par l’AFP. Parmi les personnes décédées figurent quatre Saoudiens, deux Bangladais, un Américain, un Égyptien, un Argentin, un Syrien, un Palestinien et un Soudanais, d’après les autorités. Amman a de son côté fait état d’un Jordanien tué et de quatre blessés ; cette victime ne figure pas dans la liste saoudienne communiquée.
« J’ai vu des blessés. Tout le monde courait », a raconté un passager qui attendait son vol près du terminal touché. Une Française figure parmi les blessés, et une hôtesse de l’air égyptienne a été tuée.
L’aéroport King Khalid est resté fermé dimanche. « Les opérations sont suspendues jusqu’à nouvel ordre », a indiqué une source du secteur aérien, évoquant des dommages au radar et aux équipements de communication, ainsi qu’une évaluation nécessaire de l’état des pistes. La coalition a aussi signalé la chute d’un projectile près de l’aéroport de Dammam, dans l’est du pays.
Les perturbations dépassent le secteur aérien. Une résidente française a prévu de rejoindre Doha par la route pour prendre un avion. L’ambassade saoudienne au Koweït doit affréter lundi des bus pour les ressortissants bloqués dans l’émirat. Plusieurs représentations étrangères ont recommandé d’éviter l’aéroport de Ryad pendant une semaine, tandis que l’ambassade américaine a étendu ses restrictions d’accès à Dammam et Jeddah. Des entreprises du centre d’affaires de la capitale ont placé leurs salariés en télétravail et les écoles ont adopté l’enseignement à distance pour la semaine. Le royaume doit accueillir ce mois-ci plusieurs grandes conférences internationales.
Une vague de condamnations internationales
Le président américain Donald Trump a jugé l’attaque « pas acceptable ». Il a annoncé vouloir s’entretenir avec le prince héritier Mohammed ben Salmane et examiner une éventuelle participation américaine aux opérations militaires contre les Houthis. Washington n’avait jusqu’alors pas donné suite à plusieurs demandes saoudiennes de soutien.
Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, s’est dit « profondément choqué ». La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a dénoncé une « dangereuse escalade » et une « spirale de violence » menaçant les infrastructures de transport et d’approvisionnement énergétique. La cheffe de la diplomatie européenne, Kaja Kallas, a parlé d’un « acte de terreur épouvantable ».
À Londres, le ministre de la Défense Wes Streeting a condamné un « acte totalement méprisable » et le ciblage croissant de sites civils. Le chef de la diplomatie allemande Johann Wadephul a qualifié l’attaque d’« acte terroriste ». Paris a dénoncé une « attaque odieuse » et réaffirmé son soutien à la défense du territoire saoudien. Ankara a évoqué une « violation flagrante du droit international ».
La Russie a condamné les frappes contre les infrastructures civiles et demandé une issue « politico-diplomatique » aux conflits régionaux. L’Espagne a appelé à une solution négociée au Yémen sous l’égide de l’ONU. Les Émirats arabes unis, malgré leurs différends avec Ryad sur le Yémen, ont affiché leur solidarité et leur soutien aux mesures de sécurité saoudiennes.
L’Égypte a dénoncé un « mépris flagrant » pour la sécurité des civils. Le roi Abdallah II de Jordanie a exprimé sa solidarité au roi Salmane. L’Irak a mis en garde contre une menace pour la stabilité régionale et demandé l’arrêt des opérations militaires. Le Premier ministre pakistanais Shebaz Sharif a condamné une attaque « odieuse ». Doha figure également parmi les capitales ayant condamné la frappe.
Au Yémen, la bataille des détroits se poursuit
Cette escalade intervient dans un conflit engagé en 2014 entre les Houthis et les forces gouvernementales yéménites, soutenues à partir de 2015 par une coalition conduite par l’Arabie saoudite. L’intensité des attaques visant Ryad ces derniers jours est sans précédent depuis le début de cette guerre, elle survient en appui à Téhéran enpêtré de son coté dans un conflit de plus en plus larvé avec les Etats Unis d’Amérique.
Après leur offensive de septembre, les Houthis ont pris le contrôle du détroit stratégique de Bab el-Mandeb, sur la mer Rouge, provoquant une contre-offensive gouvernementale. Des sources militaires gouvernementales ont signalé des avancées autour du passage sans pouvoir annoncer sa sécurisation. Un responsable houthi assure que le mouvement contrôle toujours l’île de Mayyoun, au cœur du détroit.
Ce passage maritime a pris davantage d’importance depuis que Téhéran restreint la navigation dans le détroit d’Ormuz, de l’autre côté de la péninsule Arabique. Dimanche, les Houthis ont aussi fait état de deux frappes saoudiennes sur le gouvernorat de Sanaa, capitale yéménite qu’ils contrôlent. (Quid avec AFP)