France : Les syndicats ressortent déçus de Matignon, et troisième nuit de couvre-feu

France : Les syndicats ressortent déçus de Matignon, et troisième nuit de couvre-feu

Un hélicoptère patrouille au-dessus de la Statue de la République, place de la République à Paris, pendant un couvre-feu partiel à Paris dans la nuit du 21 octobre 2026, après que des manifestations du week-end contre la flambée des prix ont dégénéré en certaines des pires violences urbaines de ces dernières années. (Photo Simon Wohlfarhrt /AFP)

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La crise sociale et politique se poursuit en France, sans perspective immédiate d'apaisement. Reçus mercredi à Matignon, les syndicats ont exprimé leur déception face à l'absence de réponses concrètes à leurs revendications sur les salaires, le pouvoir d'achat et la justice fiscale. Alors qu'une nouvelle mobilisation des gilets jaunes et des jeunes est prévue samedi, suivie d'un appel à la grève le 5 novembre, les autorités reconduisent pour une troisième nuit consécutive des couvre-feux dans plusieurs secteurs de Paris. L'exécutif, critiqué pour sa gestion de la crise, privilégie le rétablissement de l'ordre tandis que la contestation sociale s'amplifie.

A trois jours d'une nouvelle journée de mobilisation de gilets jaunes et de jeunes, les syndicats sont sortis déçus mercredi de Matignon où, selon la dirigeante de la CGT Sophie Binet, Sébastien Lecornu n'a annoncé "aucune mesure" pour répondre aux multiples contestations.

Il n'y a eu "aucune prise en compte de nos revendications", a déploré Sophie Binet, au terme d'un rendez-vous de 2h30 à Matignon.

Nouveau couvre-feu mercredi

Un nouveau couvre-feu a été décrété pour la nuit de mercredi à jeudi, de 23H00 à 6H00, dans certains secteurs de Paris tels que la place de la République, après les violences et pillages du week-end en marge de la mobilisation sociale, selon un arrêté de la préfecture de police.

La préfecture de police (PP) a également pris un arrêté pour interdire "tout rassemblement non-déclaré" de mercredi, 20H00, à jeudi, 6H00, notamment autour de l'Élysée, de l'Assemblée nationale, du Sénat, de l'avenue des Champs-Élysées ou encore des gares.

Il s'agit de la troisième nuit consécutive où ces deux arrêtés de couvre-feu et d'interdiction de rassemblement non-déclarés sont instaurés, selon les instructions adressées à tous les préfets par le Premier ministre, Sébastien Lecornu, et le ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez.

Un couvre-feu avait également été instauré pour les nuits de lundi et de mardi dans le centre de Lyon alors qu'à Marseille.

A Paris, comme depuis lundi, les arrêtés pris mercredi s'appliquent aux mineurs et majeurs. L'arrêté concernant le couvre-feu interdit "strictement toute présence, dans des périmètres plus restreints de la place de la République et du secteur des Halles".

La PP précise qu'un "dispositif policier est mis en œuvre pour veiller au strict respect de ces mesures", avec l'appui d'un hélicoptère de la gendarmerie nationale, engagé en soirée.

Des journalistes de l'AFP ont observé l'aéronef survoler mardi soir le quartier des Halles, balayant le secteur avec son long projecteur de lumière.

La CGT, qui avait soutenu la journée du 17 octobre qui avait dégénéré en émeutes et pillages dans plusieurs villes, sera de nouveau présente dans la rue samedi, pour "protéger" ceux qui souhaitent manifester lors de l'"acte II" de la mobilisation sur le coût de la vie annoncé par une coordination de gilets jaunes.

Pour les syndicats, l'objectif central reste la mobilisation lancée par la quasi-totalité d'entre eux auprès des salariés du privé et du public pour le 5 novembre. "L'heure est venue de franchir un nouveau cap dans la mobilisation, la grève doit prendre le relais" à partir de cette date, selon Sophie Binet.

D'ici là, "il est impératif qu'il y ait des réponses sociales à ces attentes de l'ensemble des travailleurs et des travailleuses qui attendent depuis (...) de nombreuses années", a renchéri la secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon.

Le président de la CFTC Cyril Chabanier a néanmoins noté, malgré une déception globale, que le gouvernement avait "ouvert la porte" à "une discussion autour du Smic" lors de la réunion mercredi.

Devant le Sénat, le Premier ministre a expliqué avoir confié un "chantier" au ministre du Travail Jean-Pierre Farandou sur les questions de salaires et d'aides aux entreprises. Sur ces sujets, "il faut avancer vite", dit Sébastien Lecornu.

Président "absent"

Depuis le Qatar, Emmanuel Macron n'a pas fait d'annonces sur les nombreuses revendications portées par les manifestants (pouvoir d'achat, salaires, justice fiscale, moyens pour l'école et l'université...). Le président a en revanche appelé à "la fermeté" envers les auteurs des violences et convoqué jeudi une réunion avec les services de renseignement sur les défaillances du 17 octobre.

Emmanuel Macron "assume totalement d'avoir maintenu" ce déplacement et assuré que les Français allaient avoir grâce à cette tournée un "juste retour" sur les prix du gazole notamment.

La stratégie de maintien de l'ordre est questionnée depuis plusieurs semaines. Le Défenseur des droits (DDD) a annoncé mardi avoir reçu 46 saisines depuis le début du mouvement lycéen, dont "plus d'une dizaine" concernent des faits datant du week-end.

Des figures politiques de tous bords ont de nouveau dénoncé mercredi ce qu'elles perçoivent comme une défaillance du pouvoir. L'ex-chef de l’État François Hollande a attaqué un gouvernement "faible"; le candidat Horizons à la présidentielle Edouard Philippe a critiqué le maintien du voyage d'Emmanuel Macron dans le Golfe.

La favorite des sondages Marine Le Pen (RN) s'en est prise à "un pouvoir finissant" qui "n'a plus la main".

L'exécutif cherche toujours une issue à la crise, déterminé d'abord à rétablir l'ordre.

La nuit de mardi à mercredi a été "calme", selon le Premier ministre, après l'instauration de plusieurs couvre-feux pour une deuxième nuit consécutive. A Paris, un nouveau couvre-feu a été décrété pour la nuit de mercredi à jeudi dans certains quartiers. A Toulouse, un couvre-feu nocturne est prévu de jeudi à dimanche dans le centre-ville.

A Matignon, les syndicats ont déploré que les organisations lycéennes et étudiantes, qui ont demandé il y a près de deux semaines à être reçues par Sébastien Lecornu, n'aient pas été conviées au rendez-vous.

Ces organisations devraient de nouveau être reçues lundi par le ministre de l'Éducation, qui a promis de premières mesures pour répondre aux doléances exprimées sur la plateforme mise en place par le gouvernement. Les lycéens sont mobilisés depuis plusieurs semaines, avec le soutien des étudiants, notamment pour des moyens pour l'Education, pour le bâti scolaire, le remplacement des professeurs absents et pour revoir Parcoursup.

Réunion jeudi avec les partis

Le chef du gouvernement a promis que le Parlement pourrait "s'emparer" de ces mesures dans le débat budgétaire.

Sébastien Lecornu doit aussi recevoir jeudi les partis politiques, pour revenir sur les événements du 17 octobre et aborder "la sécurisation" de la campagne présidentielle, exigeant de ses interlocuteurs "la condamnation de la violence", selon un courrier aux partis.

Sur les 557 gardes à vue après les violences et pillages commis à Paris, 300 personnes ont "comparu" pour l'heure "devant un magistrat" et aucune n'a "revendiqué un mobile de quelque nature politique qu'il soit", a relevé mardi soir la procureure de Paris Laure Beccuau, alors que le gouvernement accuse "l'ultragauche" des violences.

Après les violences et pillages du 17 octobre, l'important dispositif pour la nouvelle journée de mobilisation sociale samedi prévoit des interdictions de manifester, le recours à des blindés, aux militaires de la force Sentinelle et aux unités d'élite de police et gendarmerie, selon le ministère de l'Intérieur.

Un représentant de la coordination des gilets jaunes du 17 octobre a indiqué avoir déposé une déclaration pour manifester samedi à Paris, avec l'intention d'obtenir un rendez-vous à l’Élysée. (Quid avec AFP)

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