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"Où aller ?" : en Espagne, la crise du logement met à l'arrêt des projets de vie
Manuel Navarro, 32 ans, pose devant l’immeuble où il vit avec sa femme et leurs trois enfants, alors qu’ils sont menacés d’expulsion, à Madrid, le 7 octobre 2026. Partout en Espagne, la flambée des loyers et la pénurie de logements obligent les gens à repousser le moment de fonder une famille. (Photo Oscar del Pozo /AFP)
En Espagne, la flambée des prix immobiliers et la pénurie de logements bouleversent les projets de vie de milliers de ménages. Contraints de prolonger la colocation, de retarder leur installation en couple ou de renoncer à fonder une famille, de nombreux Espagnols voient leur avenir suspendu à la crise du logement. Alors que le pays accuse un déficit estimé à 700.000 habitations, la colère sociale s’amplifie et s’invite au cœur de la campagne pour les élections législatives anticipées du 29 novembre.Ò
A 38 ans, Nadinne Fillol a un emploi, un compagnon et le désir de fonder une famille. Mais la flambée des prix du logement en Espagne l'oblige à partager un appartement à Madrid avec trois colocataires et à s'interroger sur ce projet de vie.
"Il n'y a aucun moyen réaliste pour moi d'avoir un foyer et d'offrir à mes enfants ne serait-ce qu'une vie un minimum correcte. C'est tout simplement impossible...", déplore cette comédienne professionnelle.
Elle aimerait s'installer avec son compagnon, qui vit à Valence, dans l'est, mais les prix de l'immobilier ne le leur permettent pas.
En Espagne, la flambée des loyers et la pénurie de logements abordables contraignent de nombreux jeunes à retarder le départ de chez leurs parents et les couples à repousser leurs projets d'installation ou d'enfant.
La crise du logement est aujourd'hui la principale préoccupation des Espagnols et a ressurgi dans le débat public après l'expulsion de Maricarmen Abascal, une retraitée madrilène de 87 ans, qui a entraîné une vague de manifestations et de protestations.
"Ça me rend folle !"
Incapable de faire voter au Parlement deux textes visant à endiguer ces problèmes, le Premier ministre Pedro Sánchez a convoqué des législatives anticipées pour le 29 novembre.
"Ça me rend folle !", enrage auprès de l'AFP Nadinne Fillol, qui a passé plusieurs nuits au campement de militants pour le logement installé sur la Puerta del Sol, dans la capitale espagnole, après l'expulsion de Maricarmen.
Chez elle, des traces d'humidité et des dégâts des eaux marquent le plafond du couloir, tandis que les fenêtres ferment mal. Le propriétaire refuse de faire les travaux nécessaires, dit-elle, sûr qu'elle et ses colocataires ne pourraient de toute façon pas se loger ailleurs.
Cette trentenaire gagne près de 2.000 euros brut par mois, un peu moins que la moyenne nationale (2.460 euros) et consacre sur cette somme 350 euros à la location d'une chambre à peine assez grande pour accueillir un lit et un bureau, afin d'épargner dans l'espoir de pouvoir acheter, un jour, son propre appartement.
Mais l'apport dont elle aura besoin le jour venu augmente plus vite qu'elle ne parvient à épargner. "Cela repousse toutes les grandes étapes de la vie...", se désole-t-elle.
La flambée des prix ces dernières années a désormais rendu l'achat inaccessible pour beaucoup, surtout pour les jeunes.
Et côté location le tableau est aussi sombre : louer un appartement de 50m2 à Madrid coûtait en septembre en moyenne 1.170 euros par mois, soit environ la moitié du salaire mensuel brut moyen, selon le portail internet immobilier Idealista.
"Presque rien de disponible"
Pour Manuel Navarro, 32 ans, qui gagne environ 800 euros par mois en enchaînant de petits boulots, louer un logement sur le marché privé relève de l'impossible.
Le trentenaire vit avec sa femme et leurs trois enfants dans un appartement appartenant à la région de Madrid, qu'ils occupent illégalement.
"Il y a des jours où je n'arrive pas à dormir", explique-t-il dans son logement, dont l'entrée est occupée par une poussette abîmée et deux poupées usées.
"Devant mes petits, j'essaie de mener une vie normale. Mais quand la nuit tombe, je me dis : +Mon Dieu, que va-t-il se passer ? Qu'est-ce que je vais faire avec mes enfants ? Où est-ce que je vais aller... ?+"
Sur le marché, "il n'y a presque rien de disponible", abonde en son sens Laura Alonso, 26 ans, qui a récemment dû se démener pour trouver un nouveau logement avec sa compagne après que son précédent propriétaire lui a demandé de partir. Une période qu'elle a "très mal vécue", craignant de devoir rentrer vivre chez ses parents.
"Dès qu'un nouvel appartement sort sur le marché, il y a directement 50 personnes qui appellent...", témoigne-t-elle au milieu des cartons.
Face aux défenseurs du logement, les propriétaires réclament davantage de garanties juridiques, déplorant que l'expulsion des locataires cessant de payer leur loyer puisse prendre des mois, voire des années.
D'après la Banque d'Espagne, ce pays d'environ 50 millions d'habitants enregistre un manque de 700.000 logements.
Ces dernières années, l'immigration soutenue, l'essor des locations touristiques et l'évolution de la structure des ménages ont fortement augmenté la demande, tandis que les pénuries de main-d'œuvre notamment freinent la construction de nouveaux logements. (Quid avec AFP)