IA, bourses, dollar, pétrole : les marchés vacillent et avancent en ordre dispersé

IA, bourses, dollar, pétrole : les marchés vacillent et avancent en ordre dispersé

Les valeurs boursières liées à l’IA se sont effondrées jeudi, si bien qu’on parle de débâcle. Les investisseurs redoutent notamment une réglementation plus contraignante pour les infrastructures nécessaires à l’entraînement des modèles. (Photo Philip FONG / AFP)

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La chute des valeurs liées à l’intelligence artificielle fragilise l’un des moteurs de l’économie américaine après les élections de mi-mandat. Le dollar poursuit pourtant sa hausse, tandis que le pétrole hésite entre les espoirs de négociations avec l’Iran et la menace de nouvelles frappes américaines.

Les marchés financiers suivent vendredi des trajectoires divergentes. La correction des valeurs technologiques alimente les inquiétudes sur les investissements dans l’intelligence artificielle, leurs financements et leurs retombées économiques. Sur le marché des changes, le billet vert résiste, dans l’attente des chiffres américains de l’emploi. Le pétrole reste, lui, suspendu aux développements diplomatiques et militaires au Moyen-Orient.

Ces mouvements ont un point commun : les conséquences des élections américaines. La victoire démocrate nourrit les anticipations d’un encadrement accru des centres de données et accentue la pression sur Donald Trump pour négocier avec Téhéran.

L’intelligence artificielle, moteur fragilisé

Les valeurs boursières liées à l’IA se sont effondrées jeudi, si bien qu’on parle de débâcle. Les investisseurs redoutent notamment une réglementation plus contraignante pour les infrastructures nécessaires à l’entraînement des modèles.

Selon Kevin Thozet, du comité d’investissement de Carmignac, les marchés « intègrent désormais qu’avec la victoire des démocrates dans les États où il y a le plus de projets, la construction sera peut-être plus chère et prendra plus de temps ».

L’enjeu dépasse les seules capitalisations boursières. Les investissements des géants technologiques dans les centres de données sont devenus l’un des principaux moteurs de la croissance américaine. Selon Bruno Cavalier, économiste chez Oddo BHF, ils ont contribué à 30 % de cette croissance en 2025 et en 2026, tandis que les investissements consacrés à leur construction ont bondi de 150 %.

Ces dépenses bénéficient aux fournisseurs d’équipements, particulièrement aux fabricants de semi-conducteurs et de puces électroniques. Elles ont soutenu l’envolée de leurs cours. Leur ralentissement menace donc une dynamique qui irrigue plusieurs secteurs.

La consommation américaine exposée

La baisse des actions peut également atteindre les ménages. Selon Bruno Cavalier, 43 % de leur richesse financière est désormais exposée aux marchés boursiers, soit dix points de plus qu’en 2000.

Les retraités sont particulièrement concernés lorsque leurs pensions dépendent en partie des placements financiers. Sylvain Bersinger, économiste chez Bersingéco, souligne qu’un recul des cours peut entraîner une diminution de leurs revenus.

L’exposition des ménages les plus aisés constitue un autre facteur de fragilité. D’après Alexandre Baradez, analyste chez IG France, les 10 % d’Américains les plus riches représentent actuellement la moitié de la consommation. Ils détiennent aussi le plus d’actions et ont largement bénéficié de la hausse des valeurs technologiques.

Si la correction se prolonge, leurs dépenses pourraient ralentir. Elles compenseraient alors moins le tassement de la consommation du reste de la population, confrontée à la flambée de l’inflation ces derniers mois. Le repli boursier deviendrait ainsi un risque pour l’activité.

Financements et introductions en Bourse sous surveillance

Les géants technologiques recourent davantage à l’endettement pour financer leurs investissements dans l’IA. L’accès aux capitaux reste aisé, mais une défiance durable compliquerait leurs opérations, dans un environnement de taux d’intérêt élevés.

Alexandre Baradez souligne que les entreprises doivent composer avec des actions en baisse et des conditions d’emprunt qui ne devraient pas être rapidement assouplies par les banques centrales. Le risque dépendra de la durée des turbulences.

Jacques-Aurelien Marcireau, de Stilgar AM, relativise toutefois la perspective d’un blocage : « la vérité c'est que les démocrates seront pragmatiques, il n'y aura pas d'arrêt généralisé de construction de centres de données. Cela peut même être sain, en mettant à l'arrêt les projets les plus fragiles ».

Les doutes sur la rentabilité des dépenses dans l’IA pesaient déjà sur les marchés avant cette correction. Plusieurs entreprises ont repoussé leur introduction en Bourse, dont OpenAI, désormais attendue en 2027.

Anthropic constituera le prochain test. Selon la presse américaine, le développeur de Claude vise une cotation la semaine du 16 novembre et une levée pouvant atteindre 100 milliards de dollars. L’opération dépasserait celle de SpaceX, réalisée en juin pour près de 86 milliards.

Le Wall Street Journal rapporte cependant que le refroidissement d’investisseurs clés pourrait contraindre Anthropic à accepter une valorisation inférieure aux 1 500 milliards de dollars envisagés.

Le dollar attend le verdict de l’emploi

La secousse technologique se transmet peu au marché des changes. Vendredi, vers 10 h GMT, le dollar gagnait 0,44 % face à l’euro, à 1,1170 dollar pour un euro, et 0,49 % face à la livre, à 1,3385 dollar.

Les opérateurs attendent le rapport officiel sur l’emploi américain d’octobre. Le consensus recueilli par Bloomberg prévoit 70 000 créations de postes, après les 29 000 de septembre, qui avaient déçu.

Pour Chris Turner, analyste chez ING, des chiffres satisfaisants conforteraient l’appréciation de la Réserve fédérale sur la solidité du marché du travail. La Fed disposerait alors d’une marge accrue pour relever ses taux contre l’inflation, ce qui soutiendrait le dollar.

Les cambistes semblent considérer la chute technologique comme une réaction ponctuelle à la victoire démocrate. Lee Hardman, de MUFG, relève toutefois que la devise a bénéficié cette année du renchérissement de l’énergie et d’une demande étrangère record pour les actifs américains risqués. L’affaiblissement durable de ces deux soutiens augmenterait le risque de baisse du dollar.

Le pétrole entre négociations et menaces

Sur le marché pétrolier, les cours remontent légèrement vendredi après leur recul de la semaine. Vers 11 h 35 GMT, le Brent pour livraison en janvier progressait de 0,41 %, à 98,69 dollars. Le WTI pour décembre gagnait 0,52 %, à 90,99 dollars.

Donald Trump et l’émir du Qatar, Cheikh Tamim ben Hamad al-Thani, ont discuté des efforts diplomatiques destinés à réduire les tensions régionales, selon le bureau de l’émir.

L’intensification des tractations entre Washington et Téhéran, sous médiation qatarie, a ramené les prix sous 100 dollars cette semaine. Mais Arne Lohmann Rasmussen, analyste chez Global Risk Management, estime à seulement 30 % la probabilité d’un accord permettant de rouvrir le détroit d’Ormuz.

Le statu quo et de nouvelles frappes restent les autres scénarios. « Je préférerais ne pas détruire le reste du pays si possible, mais il faudra peut-être que je le fasse. Vous le saurez bien assez tôt », a déclaré Donald Trump.

Le transport maritime renchérit la facture

Les attaques contre la navigation entretiennent les tensions autour d’Ormuz. Les forces armées iraniennes ont affirmé jeudi que cinq pétroliers et un remorqueur y avaient pris feu.

Les volumes de pétrole provenant du Golfe ont pourtant presque retrouvé leurs niveaux d’avant-guerre ces dernières semaines. Le maintien de prix élevés s’explique largement par les surcoûts du transport et de l’assurance, selon les analystes de DNB Carnegie.

Un document de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole permet de mesurer cet alourdissement. Fin octobre, le fret et l’assurance représentaient en moyenne 30 % du coût total pour les très grands pétroliers reliant le Moyen-Orient à l’Asie de l’Est. Cette part était d’environ 5 % fin janvier, avant la guerre.

Les marchés pétroliers restent donc soumis à des risques de sécurité coûteux, malgré des approvisionnements stables et relativement élevés. Une issue diplomatique demeure déterminante pour réduire cette pression. (Quid avec AFP)

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