Tunisie : les féminicides face aux failles de la protection

Tunisie : les féminicides face aux failles de la protection

L’Association tunisienne des femmes démocratiques (ATFD) estime que ce crime s’inscrit dans une série d’atteintes aux droits des femmes. Elle déplore le manque de données précises et d’indicateurs statistiques nécessaires pour « élaborer des politiques efficaces » et définir des actions contre les violences fondées sur le genre.

1
Partager :

Le meurtre à l’arme blanche d’une mère de trois enfants, dimanche dans les environs du Grand Tunis, relance le débat sur les féminicides en Tunisie. Après l’arrestation de son époux, soupçonné d’en être l’auteur, associations et médias dénoncent les insuffisances de la protection des femmes.

Âgée de 22 ans, la victime laisse trois enfants, dont un nourrisson de 40 jours, selon le journal Le Temps. Ce nouveau meurtre dans le cadre familial suscite colère et indignation dans un pays doté d’une législation avancée contre les violences faites aux femmes, mais où les féminicides recensés augmentent.

Des chiffres en hausse, des données encore insuffisantes

Les chiffres des associations féministes, dont Aswat Nissa, rapportés par Le Temps, témoignent de cette progression : six féminicides recensés en 2018, contre 25 en 2023, 29 en 2024 et 30 en 2025.

Dans un communiqué publié mardi, l’Association tunisienne des femmes démocratiques (ATFD) estime que ce crime s’inscrit dans une série d’atteintes aux droits des femmes. Elle déplore le manque de données précises et d’indicateurs statistiques nécessaires pour « élaborer des politiques efficaces » et définir des actions contre les violences fondées sur le genre.

L’association exprime sa profonde tristesse et sa colère devant la hausse des violences et des discriminations sexistes, ainsi que les accidents de transport des ouvrières agricoles. Elle réclame « une application globale » de la loi relative à l’élimination de la violence contre la femme, avec les moyens humains et financiers indispensables. Elle demande notamment l’inscription d’un budget spécifique dans la loi de finances 2027.

De la loi à une protection effective

Pour plusieurs médias tunisiens, l’enjeu dépasse la seule responsabilité pénale de l’auteur. Essahfa online dénonce aussi le silence, la banalisation des violences et leur réduction à de simples différends familiaux. Le média pointe toute négligence dans la protection d’une femme ayant signalé, directement ou indirectement, qu’elle vivait sous la menace.

Le journal Assabah replace également ces crimes dans une histoire de violences antérieures : « Les féminicides ne sont plus des incidents criminels isolés mais deviennent plutôt une affaire sociale et de droits humains (…) Derrière chaque féminicide, il y a une histoire de violence qui pouvait être précédée par des menaces, des agressions ou des tentatives d’appels à secours qui n’ont pas trouvé une réponse adéquate ».

S’appuyant sur les données associatives, le quotidien souligne que les violences conjugales occupent une place prédominante dans les féminicides, avec une proportion avoisinant 65 %. L’existence d’une loi, rappelle-t-il, ne garantit pas une protection effective.

Les priorités sont concrètes : traiter rapidement les plaintes, évaluer la gravité des menaces, exécuter les décisions de protection et proposer aux femmes en danger des centres d’hébergement ainsi qu’un accompagnement psychologique et social.

Des enfants à protéger et à accompagner

Le Quotidien estime que ce meurtre remet au premier plan les violences au sein du foyer, leurs causes et l’efficacité des dispositifs de prévention. Il le situe dans un contexte marqué par plusieurs affaires criminelles qui ont relancé le débat sur la progression de la violence dans les quartiers populaires et les familles.

Le journal évoque des pressions économiques et sociales croissantes et des difficultés à gérer les conflits, susceptibles de faire dégénérer les tensions quotidiennes en agressions graves. Il rappelle surtout les conséquences durables de ces crimes : « Chaque féminicide ne laisse pas derrière lui une seule victime, mais aussi une famille endeuillée et des enfants contraints de subir les conséquences d’une violence dont ils ne sont pas responsables ».

Le ministère tunisien de la Famille, de la Femme, de l’Enfance et des Personnes âgées a annoncé l’intervention de ses services pour examiner la situation sociale de la famille et déterminer les aides possibles, notamment pour protéger les enfants et assurer leur accompagnement psychologique.

Les médias ont également appelé le ministère à respecter les règles de protection des données personnelles dans le traitement de cette affaire, particulièrement celles permettant d’identifier les enfants.

lire aussi