"Écrire, il n'y a rien de mieux", confie Philippe Jaenada, prix Goncourt 2026

"Écrire, il n'y a rien de mieux", confie Philippe Jaenada, prix Goncourt 2026

Philippe Jaenada, lauréat du Prix Goncourt pour son roman « L'Inconnue du quai de Javel », pose à la fenêtre du restaurant Drouant après la cérémonie de remise des prix à Paris, le 3 novembre 2026. (Photo Mehdi Fedouach / AFP)

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Lauréat du prix Goncourt 2026 pour L’Inconnue du quai de Javel, Philippe Jaenada revendique une existence entièrement vouée à l’écriture. Passionné de faits divers oubliés et admirateur du commissaire Maigret, le romancier de 62 ans évoque sa méthode d’enquête, sa solitude volontaire et la place essentielle de l’humour dans son œuvre.

"Je ne veux surtout pas que ma vie change. Je veux vite retrouver ma vie paisible, immobile, isolée, à écrire", a déclaré mardi Philippe Jaenada, en exprimant sa "joie" d'avoir reçu le prix Goncourt pour "L'inconnue du quai de Javel" (Flammarion). Car "pour moi, il n'y a rien de mieux".

L'écrivain de 62 ans a récemment déclaré à l'AFP sa "vie particulière" consacrée à raconter des faits divers oubliés, son intérêt pour la méthode d'enquête du commissaire Maigret et l'importance qu'il donne à l'humour.

"Ma vie particulière"

"J'ai une vie assez particulière, qui est tranchée en deux phases qui sont opposées en intensité et en nature.

Comme je sors un livre tous les deux ans, j'ai une période de 20 mois d'immobilité totale et de silence, en dehors d'une discussion avec ma femme et les gens de mon bistrot. Je bosse sept jours sur sept sur mon roman, enfermé chez moi dans mon quartier parisien. Je descends une heure par jour au bistrot. Je parcours donc 200 m chaque jour : 100 m pour y aller, 100 m pour revenir.

Et lorsque le livre sort, c'est l'inverse. Pendant quatre mois, je cours de tous les côtés, je parle du matin au soir. C'est très déroutant. Je n'arrive plus à dormir parce que ma chère et précieuse routine est complètement chamboulée.

C'est extrêmement joyeux de voir tout ce monde, mais j'ai quand même hâte de me remettre au travail".

"Je parle de ma vie"

"Les histoires que je raconte sont toujours tragiques, sordides, tristes. Mais pour ne pas que mes livres soient trop sombres, je parle de ma vie, de ma femme, de mon fils. Ce sont des anecdotes, des trucs parfois un peu ridicules, drôles ou pathétiques. Je fais ça pour que mes livres ressemblent à la vie.

Et, du coup, je rencontre des lecteurs qui me disent : +J'ai l'impression de vous connaître+, +je vous appelle Philippe+ ou +je peux vous tutoyer?+. Ils me tapotent sur l'épaule, et ça fait vraiment plaisir.

Je pense que l'humour a de l'importance tout le temps. Parce que l'humour, c'est le détachement, et le détachement c'est la lucidité".

"J'ai lu tous les Maigret, sauf un"

"En voyant que l'affaire Louise Consot ressemblait à une histoire de Maigret, je me suis dit que je pourrais adopter la méthode du commissaire pour la résoudre.

Georges Simenon a écrit 75 livres de Maigret, mais je n'en ai lus que 74. Car je me suis dit : +Si je les lis tous, plus jamais dans ma vie, je n'aurai le plaisir de découvrir un Maigret+. Donc j'en garde un, mais il ne faut pas que je meure avant de l'avoir lu.

Quand on lui demande comment il réussit à résoudre une enquête, Maigret répond : +Je ne pense pas, je ne réfléchis pas, je m'imbibe+. C'est ce que j'essaie de faire dans mes livres, je m'imbibe.

J'aime bien une phrase de Maigret qui résume sa méthode : +Je connaîtrai l'assassin quand je connaîtrai très bien la victime+. C'est en m'inspirant que j'ai trouvé le coupable".

Le prochain livre

"Dès janvier, je commence à l'écrire. En mai dernier, j'ai trouvé une idée. Je me suis renseigné pour savoir si le dossier était aux archives. Il y est. Je suis allé faire des centaines de photos de documents, que je n'ai pas encore lus".

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