À Washington, un musée explore d'anciens portraits d'Afro-Américains

À Washington, un musée explore d'anciens portraits d'Afro-Américains

Diane Waggoner, directrice par intérim et conservatrice des collections photographiques à la National Gallery of Art et un portrait en daguerréotype de 1848 de Martha Ann « Patty » Atavis et Anna Whitridge. (Photo de Saul Loeb / AFP)

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La National Gallery of Art de Washington présente, à partir du 7 novembre, une exposition consacrée aux premiers portraits photographiques d’Afro-Américains. Réunissant 70 clichés réalisés entre le XIXe et le début du XXe siècle, « Remember me » retrace leur histoire, de l’esclavage à l’émancipation, et révèle le rôle de la photographie dans l’affirmation de leur identité.

Cette photo représente-t-elle un esclave ou une personne libre ? C'est la question que peuvent se poser les visiteurs de la nouvelle exposition de portraits réalisés il y a près de deux siècles d'Afro-Américains à la National Gallery of Art de Washington.

La réponse n'est pas toujours évidente dans ces images présentées en avant-première à l'AFP et qui remontent aux années 1840, lorsque le daguerréotype a popularisé la photographie et fait des images imprimées sur des plaques de cuivre argentées un souvenir répandu.

"Tout au long des années 1840 à 1860, c'est souvent compliqué de dire, seulement en regardant le portrait d'une personne afro-américaine, si elle était esclave ou si elle était libre", affirme Diane Waggoner, conservatrice des photographies du musée.

L'esclavage a persisté dans de grandes parties des États-Unis jusqu'à la fin de la guerre de Sécession en 1865 et les photos d'Afro-Américains, même libres dans les États du Nord, sont rares.

"C'est facile pour nous de les regarder et de penser comprendre ce qu'il se passe, mais ce n'est pas toujours le cas. En réalité, on n'a pas tous les éléments", ajoute-t-elle.

Abolition

L'exposition "Remember me" ("Souviens-toi de moi"), qui ouvre ses portes au public le 7 novembre, présente 70 photos en noir et blanc.

Chacune est accompagnée d'un texte fournissant des indices sur l'identité des personnes photographiées.

L'exposition a par exemple identifié la photographie prise en 1848 d'une esclave, Patty Atavis, fixant l'objectif, avec une enfant blanche sur les genoux.

Selon les registres, elle avait été achetée par un médecin à l'âge de 23 ans. Elle était restée au sein de cette famille jusqu'après l'abolition de l'esclavage, avant d'être enterrée dans le cimetière familial en 1874.

D'autres images semblent avoir été utilisées pour plaider en faveur de l'abolition de l'esclavage.

Une feuille portant l'inscription "Peculiar institution" ("institution particulière"), un euphémisme utilisé pour désigner l'esclavage, a été retrouvée avec le portrait datant de 1860 de deux jeunes filles anonymes.

Elles pourraient être sœurs, mais leur couleur de peau diffère ce qui semble indiquer que le père d'une d'entre elles était blanc.

Ross Kelbaugh, chercheur et collectionneur de la majorité des photos présentées dans l'exposition, pense que ce portrait a circulé lors de réunions abolitionnistes. L'ancien professeur collectionne depuis 1971 des photos de ce type.

"J'ai compris à l'époque que ces (photographies) étaient importantes et que c'était une part essentielle de l'histoire américaine", affirme-t-il.

"Autodétermination"

Une partie de l'exposition se concentre par ailleurs sur trois figures afro-américaines, James Presley Ball, Glenalvin Goodridge et Augustus Washington, qui ont ouvert des studios photo pour des clients blancs dans les années 1840.

"Ces trois photographes noirs excellaient dans leur domaine", assure Diane Waggoner, précisant qu'ils signaient leurs œuvres.

"C'était pour promouvoir leur entreprise, mais aussi s'affirmer en tant qu'artistes", ajoute-t-elle.

Les trois entrepreneurs ont milité pour l'abolition de l'esclavage. Augustus Washington a ensuite quitté les États-Unis pour photographier les dirigeants du nouvel État noir, le Liberia.

Des images de la fin des années 1800 et du début des années 1900 documentent aussi la vie des Afro-Américains après avoir émigré vers le nord après la guerre de Sécession.

"Il y a cette émergence d'une génération de photographes noirs (...) qui voient la photo comme un moyen d'autodétermination et d'expression de soi", raconte Diane Waggoner.

Dans ces photographies, entre portraits sophistiqués de couples noirs et de femmes apprenant la couture, il y a également le souvenir des lois ségrégationnistes.

Un portrait honore par exemple les infirmières noires de la Croix-Rouge, longtemps exclues avant que certaines ne soient ensuite recrutées vers la fin de la Première Guerre mondiale.

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