France : colère sociale et tensions sous les bombes lacrymogènes et assourdissantes

France : colère sociale et tensions sous les bombes lacrymogènes et assourdissantes

Des taches de sang à côté d'un masque et de lunettes de protection lors d'une manifestation organisée dans le cadre d'une journée nationale d'actions, alors que les syndicats mènent des grèves parallèlement aux manifestations étudiantes qui secouent le pays depuis des semaines, à Rennes, le 5 novembre 2026. (Photo d'ALAIN JOCARD / AFP)

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Salariés, étudiants et lycéens ont participé, jeudi 5 novembre, à une journée de grève et de manifestations interprofessionnelles. Pouvoir d’achat, moyens des services publics et avenir de la jeunesse ont nourri les cortèges, marqués également par un hommage aux victimes de l’attentat raciste de Trappes et par des incidents.

Un hommage à Trappes, des services publics en banderoles

À Rennes et à Paris, les manifestants ont observé une minute de silence en mémoire de Pengo Bossio Wangi, 26 ans, tué à Trappes le 23 octobre, et en solidarité avec les personnes blessées dans l’attentat raciste.

Dans la capitale, un texte lu avant le départ a dénoncé la banalisation des « discours racistes, y compris dans les discours politiques ». Les responsables syndicaux se sont recueillis en tête du rassemblement, avant que les chants et les revendications reprennent.

La défense des services publics s’exprimait aussi dans les mises en scène. Quinze étudiants de l’École d’architecture de Paris Malaquais transportaient une maquette de 2,40 mètres, surmontée de représentations de Pascal Praud, Marine Le Pen et Emmanuel Macron en papier mâché.

Leur installation figurait quatre façades : un logement social, un lycée, un hôpital et l’Élysée. Seule cette dernière brillait, explique Paul, 23 ans, pour illustrer une « démocratie de façade ».

Des étudiants en médecine, vêtus de blouses blanches, portaient une banderole dénonçant : « Des lycéens mutilés soignés dans des hôpitaux délabrés par des soignants sous-payés ».

À Brest, Yann Tiersen fait danser le cortège

À Brest, la manifestation prenait par endroits des airs de fête. Casquette rose et chasuble rouge de la CGT, Yann Tiersen assurait un DJ set depuis le camion du syndicat, entraînant les manifestants sur des morceaux de pop, de rock et d’électro.

Venu spécialement de l’île d’Ouessant, où il réside, le multi-instrumentiste souhaitait « mettre de la bonne humeur pour qu'on puisse manifester en dansant un peu ».

« C'est bien la convergence des luttes, et aujourd'hui, c'est un moment important, j'espère », expliquait le musicien.

Des dégradations à Paris, une dispersion tendue à Lyon

À Paris, le cortège s’est élancé à 14 heures de la place de la République vers la Nation. Des individus cagoulés ont commis des dégradations boulevard Voltaire, selon la préfecture de police, qui a annoncé des interventions pour faire cesser les exactions et isoler leurs auteurs.

L’entourage du ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a également fait état de cortèges sauvages dispersés et dirigés vers le départ de la manifestation.

Boulevard Voltaire, une journaliste de l’AFP a constaté des tirs de gaz lacrymogène lorsque les policiers ont scindé la tête du cortège, ainsi que des charges et des coups de matraque. Des secouristes bénévoles ont soigné plusieurs blessures à la tête.

Sur le parcours, Kevin Gauthier gardait ouverte sa boutique consacrée au végétal, reprise mi-juillet. Un devis de 3 000 euros pour la barricader dépassait ses moyens. Solidaire des revendications, il regrettait toutefois que le défilé emprunte de nouveau sa rue : des casseurs avaient tenté d’entrer dans son commerce le 17 octobre.

À Lyon, l’arrivée place Jean-Macé a aussi été difficile. Bernard, retraité de 71 ans, jugeait l’espace trop étroit et estimait qu’une dispersion place Bellecour, où des incidents avaient éclaté le 17 octobre, aurait été plus fluide. Vers 15 heures, la place s’était vidée après des tirs de gaz lacrymogène et des détonations de grenades assourdissantes, mais des cortèges sauvages circulaient dans les rues voisines.

À Argenteuil, trois personnels blessés la veille

Ces manifestations intervenaient au lendemain de violences près de deux lycées d’Argenteuil. Mercredi vers 9 heures, une enseignante de Jean-Jaurès a été touchée à la tête par un tir de mortier d’artifice en entrant dans l’établissement. Hospitalisée, elle a ensuite regagné son domicile.

Vers 11 heures, au lycée Nadia-et-Fernand-Léger, une assistante d’éducation a été blessée au dos et un autre assistant a subi une perte auditive après une détonation. Le chef d’établissement a également été visé, selon le rectorat de Versailles.

Trois plaintes seront déposées et une procédure disciplinaire engagée après identification des auteurs. L’enquête doit notamment déterminer si les personnels ont été pris pour cibles en raison de leurs fonctions, a précisé le parquet de Pontoise.

Des salaires qui ne suffisent plus

À Lille, Joël Lemoine, aide-soignant de 52 ans, raconte une vie quotidienne ramenée au strict nécessaire. « Depuis quelques années, on a vu le pouvoir d'achat fondre comme neige au soleil », déplore-t-il, coiffé d’un bob aux couleurs de la CGT.

Les vacances au camping ont disparu du budget familial. Désormais, les dépenses essentielles absorbent les revenus. « On priorise le fait de se nourrir, de se chauffer », explique-t-il, avant de résumer son sentiment : « On a l'impression qu'on revient des années en arrière ».

Dans le cortège parisien, les revendications salariales rejoignent celles des étudiants pour davantage de moyens à l’université. Anaïs, 19 ans, en troisième année à Sorbonne Université, participe au mouvement depuis ses débuts. Évoquant Parcoursup, elle décrit des orientations subies : « On connaît vraiment tous quelqu'un qui a atterri dans sa licence par dépit, dont ce n'était pas le premier choix ».

La crainte des conséquences judiciaires accompagne la mobilisation. Victoire, 20 ans, étudiante en droit à Nanterre, reconnaît avoir peur en manifestation. Noémie, en troisième année de médecine à Paris Cité, rapporte que son frère de 16 ans a passé 48 heures en garde à vue lors du précédent rassemblement, après la découverte de fumigènes et de feux d’artifice dans son sac. « Mais ça ne nous empêche pas de manifester, au contraire ! », affirme Victoire. (Quid avec AFP)

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