France : dialogue à l’Élysée, mobilisation sécuritaire et appels à des exactions avant un nouveau samedi de contestation

France : dialogue à l’Élysée, mobilisation sécuritaire et appels à des exactions avant un nouveau samedi de contestation

Un incendie avec la Tour Eiffel en arrière-plan lors d'une manifestation contre la « cherté de la vie », à Paris le 17 octobre 2026, dans le cadre d'un appel à la mobilisation national rassemblant divers groupes venant exprimer leur colère : d'anciens « gilets jaunes », des lycéens et des étudiants, des militants pour le climat et même des agriculteurs. (Photo de Guillaume Saligot / AFP)

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Emmanuel Macron devait recevoir vendredi les organisations lycéennes, pour la première fois depuis le début de la crise, avant une nouvelle journée de manifestations. Le gouvernement mobilise 70 000 policiers et gendarmes et multiplie les restrictions de rassemblement, contestées par l’opposition et la Ligue des droits de l’Homme. Les violences et leurs conséquences économiques accentuent la pression sur l’exécutif. Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a fait état vendredi de "nombreux appels sur les réseaux sociaux à commettre des exactions" mais aussi des "pillages" lors de la nouvelle journée de contestation samedi

Macron face aux attentes des lycéens

Après plus d’un mois de contestation, le chef de l’État intervient directement dans la recherche d’une issue à la crise. Il doit rencontrer les organisations lycéennes à 15 heures à l’Élysée, devançant le rendez-vous prévu lundi avec le Premier ministre. Il a également présidé, vendredi matin, un conseil de défense.

Les représentants des lycéens abordent cette rencontre avec des attentes et du scepticisme. « On attend d'être enfin écoutés », a déclaré à l’AFP Marius Mesnil, porte-parole de l’Union syndicale lycéenne. Pierre Sourzat, qui dirige l’organisation Les Lycéens, redoute que le président fasse « semblant de nous avoir compris » et que les échanges restent sans suite.

Le gouvernement a promis de prendre en compte les doléances déposées sur une plateforme en ligne ouverte début octobre. Jeudi, après une réunion à Matignon avec les principaux partis politiques, la gauche a cependant renouvelé ses critiques sur l’absence de réponse politique aux revendications.

Parallèlement à cette démarche de dialogue, Emmanuel Macron maintient un discours de fermeté. Selon l’Élysée, il doit se rendre auprès des forces de l’ordre, mobilisées pour encadrer le nouvel « acte II » de manifestations attendu samedi dans toute la France.

Un dispositif renforcé et des missions réparties

Le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, a annoncé vendredi le déploiement de 70 000 policiers et gendarmes. Lors de la première journée nationale, le 17 octobre, 60 000 membres des forces de sécurité avaient été mobilisés à l’appel des gilets jaunes, d’organisations syndicales et de mouvements étudiants et lycéens.

Le dispositif associera effectifs départementaux, forces mobiles et unités d’élite : RAID, GIGN et BRI pour la préfecture de police. Une vingtaine de blindés Centaure de la gendarmerie et quinze engins lanceurs d’eau de la police seront engagés, avec l’appui d’hélicoptères et de militaires de Sentinelle.

Laurent Nuñez a précisé que les unités d’élite n’effectueront pas de maintien de l’ordre. Elles assureront des missions de soutien, notamment la garde de bâtiments, afin de libérer les unités habilitées pour les opérations sur la voie publique. Chaque préfet déterminera leur affectation dans son territoire. Le ministre présente ces renforts comme un moyen de prévenir les violences tout en adaptant les missions aux besoins locaux.

Le ministre veut un dispositif mobile, capable d’empêcher les dégradations, les pillages et les attaques contre les bâtiments publics ou les forces de sécurité. Il affirme avoir constaté sur les réseaux sociaux de nombreux appels à commettre des exactions, attribués à l’ultragauche et à « l'extrême gauche radicale », ainsi que des appels aux pillages qui seraient lancés par des casseurs.

« On est prêts », a-t-il assuré, avant d’ajouter : « On ne laissera absolument rien passer. »

Des restrictions contestées, des commerçants inquiets

La mobilisation du 17 octobre et ses prolongements ont été marqués par de nombreux pillages et dégradations, principalement à Paris, Marseille et Lyon. Les violences ont touché entre 2 000 et 3 000 commerces. Les débordements se sont poursuivis le lendemain de la première mobilisation. Les forces de l’ordre avaient été dépassées. Le ministre de la Justice, Gérald Darmanin, a annoncé 217 incarcérations, soulignant l’ampleur inédite de la réponse pénale.

Depuis lundi, des arrêtés de couvre-feu nocturne et d’interdiction des manifestations non déclarées sont pris quotidiennement dans ces trois villes. Pour samedi, les autorités ont cherché à limiter les rassemblements autorisés à ceux organisés par les syndicats.

À Lyon, les manifestations ont été interdites. À Marseille, un cortège syndical a finalement été autorisé. À Paris, un seul défilé pourra se tenir, entre Bastille et Nation. La municipalité appelle les habitants à la vigilance, tandis que le préfet de police invite les commerçants à recourir, lorsqu’ils le peuvent, à des agents de sécurité privée.

Le président de CCI France, Alain Di Crescenzo, leur recommande de laisser la police intervenir. La protection des commerces constitue l’un des enjeux de cette nouvelle journée, après les débordements de la semaine précédente.

Ces restrictions suscitent de vives critiques. La vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme, Emmanuelle Jourdan-Chartier, dénonce une atteinte majeure à la liberté de manifester et indique que sept recours ont été déposés contre sept arrêtés. La France insoumise évoque une « fuite en avant autoritaire ». Sur RTL, l’écologiste Marine Tondelier a déclaré : « Je ne reconnais plus mon pays ».

D’autres tensions sécuritaires et une pression financière

À Orléans, le congrès du Rassemblement national, samedi et dimanche, constitue un autre point de vigilance. Entre 20 000 et 30 000 opposants au parti sont attendus samedi, dont Olivier Faure, Premier secrétaire du PS, et Sophie Binet, secrétaire générale de la CGT. Près de 3 000 membres des forces de l’ordre seront déployés. Laurent Nuñez doit s’y rendre vendredi.

L’exécutif fait aussi face à une fusillade survenue vendredi à Trappes et à La Verrière, dans les Yvelines. Un homme a tiré en rafales depuis sa voiture, tuant une personne et en blessant au moins quatre autres, dont une enfant. Le Parquet national antiterroriste a ouvert une enquête et retenu le mobile raciste. Le ministre de l’Intérieur s’est rendu à Trappes en début d’après-midi.

À ces urgences s’ajoutent des contraintes budgétaires. Le gouvernement prépare un budget 2027 très serré, avec des finances publiques dégradées qui limitent ses marges de réponse aux revendications.

Les marchés financiers restent également sous tension. Le taux d’emprunt français à dix ans dépasse 5 %, une première depuis 2002, dans un climat d’inquiétude sur la capacité de remboursement de l’État. Selon une majorité d’économistes, Moody’s pourrait abaisser vendredi la note française, avec le risque d’un nouveau renchérissement de la dette.

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