Le Nobel de la paix à la Sud-Africaine Navi Pillay, une vie de combat contre les atrocités

Le Nobel de la paix à la Sud-Africaine Navi Pillay, une vie de combat contre les atrocités

L’ancienne Haut-Commissaire aux droits de l’homme des Nations unies (ONU), Navanethem « Navi » Pillay à Johannesburg le 20 janvier 2023. La juriste sud-africaine Navanethem « Navi » Pillay remporte le prix Nobel de la paix 2026. (Wikus de Wet / AFP)

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Le prix Nobel de la paix 2026 a été attribué vendredi à la juriste sud-africaine Navi Pillay, 85 ans, figure de la justice internationale et de la défense des droits humains. De la lutte contre l’apartheid aux poursuites des responsables du génocide rwandais, son parcours est marqué par un engagement constant contre l’impunité. Plus récemment, ses travaux à la tête d’une commission d’enquête de l’ONU sur Gaza lui ont valu de vives attaques d’Israël. Cette distinction intervient dans un contexte de pressions croissantes sur la Cour pénale internationale et les institutions chargées de poursuivre les crimes les plus graves.

Le prix Nobel de la paix a récompensé vendredi la juriste Navi Pillay, octogénaire sud-africaine qui a lancé un plaidoyer pour le droit international auquel elle a consacré une grande partie de sa vie, et qui est aujourd'hui attaqué de toutes parts.

Ce choix a été vivement décrié comme anti-israélien par Israël.

Âgée de 85 ans, Mme Pillay a notamment présidé la commission d'enquête indépendante de l'ONU qui, l'an dernier, a accusé Israël de commettre un génocide dans la bande de Gaza.

Tout au long de sa carrière, la Sud-Africaine, qui a grandi sous l'apartheid, a combattu les pires atrocités du Rwanda au Proche-Orient.

"Nous traversons une époque où le droit international et les droits humains font l'objet d'attaques politiques importantes", a-t-elle alerté vendredi, en dédiant son Nobel "à tous les survivants de crimes internationaux".

Les dirigeants de la planète ont "l'obligation légale de protéger les droits humains" et "de (s')abstenir de faire la guerre", a-t-elle dit lors d'une conférence de presse dans une salle à Nuremberg où ont été jugés les principaux responsables nazis.

Jeune avocate d'origine indienne, devenue juge et Haute-Commissaire aux droits de l'homme à l'ONU (2008-2014), Mme Pillay est réputée pour avoir l'art de traiter des dossiers difficiles.

Sa carrière l'a menée des cours sud-africaines, où elle a défendu les activistes anti-apartheid, au Tribunal pénal international pour le Rwanda, en passant par la Cour pénale internationale (CPI).

Israël comme à son habitude…

"La lauréate de cette année a joué un rôle déterminant pour garantir que les crimes de guerre, les crimes contre l'humanité et le génocide fassent l'objet de poursuites judiciaires", a fait valoir le président du comité, Jørgen Watne Frydnes, dans son annonce.

En septembre 2025, la commission d'enquête placée sous sa présidence a établi qu'Israël commet un génocide à Gaza depuis le début de la guerre déclenchée le 7 octobre 2023.

Pour ne rien changer et comme à son habitude, Israël avait catégoriquement rejeté ce rapport, le qualifiant de "biaisé et mensonger" et accusant ses auteurs de parti pris antisémite.

Dans ses attendus, le comité Nobel, timoré, mentionne les travaux de Mme Pillay en lien avec le génocide au Rwanda et les soupçons de génocide en Birmanie, mais ne mentionne pas spécifiquement Gaza.

"Nous ne sommes pas un tribunal. Il s'agit de son rapport, du rapport de la commission, et nous avons bien sûr une grande confiance dans son professionnalisme et son intégrité", s »’est justifié M. Frydnes, interrogé sur ce point lors d'un entretien avec l'AFP.

En 2025, Mme Pillay avait confié son espoir que ce rapport donne lieu à des suites judiciaires.

"La justice est lente", avait-elle affirmé à l'AFP.

Mais "comme l'a dit (Nelson) Mandela, cela semble toujours impossible, jusqu'à ce qu'on le fasse. Je considère qu'il n'est donc pas impossible qu'il y ait des arrestations et des procès" à l'avenir, avait-elle ajouté.

Des premières historiques

En 2024, la Cour pénale internationale a émis des mandats d'arrêt, toujours inexécutés, contre Benjamin Netanyahu et son ancien ministre de la Défense, Yoav Gallant, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité dans la bande de Gaza.

En réponse notamment aux poursuites visant des responsables israéliens, Donald Trump a sanctionné plusieurs juges, procureurs et membres du personnel de la CPI et est allé plus loin le mois dernier en appelant les États membres à quitter la CPI qualifiée d'institution "malfaisante".

Le Nobel est "un message clair adressé à ceux qui exercent des pressions sur ces institutions, à ceux qui sanctionnent les juges et s'attaquent aux institutions", a précisé M. Frydnes. "Cela doit cesser".

"Nous traversons une époque où le droit international et les droits humains font l'objet d'attaques politiques importantes", a de son côté estimé la lauréate. "Cette dégradation est particulièrement visible dans les attaques visant la Cour pénale internationale".

Née  Navanethem Pillay le 28 septembre 1941 à Durban, dans une famille modeste, cette fille d'un chauffeur de bus, diplômée d'Harvard, a bâti une carrière jalonnée de premières historiques.

En 1967, elle devient la première femme non blanche à ouvrir un cabinet d'avocats dans la province du Natal.

Sur recommandation de Nelson Mandela, elle rejoint ensuite le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), chargé de juger les responsables du génocide de 1994.

En 2023, elle rejoint la CPI, nouvellement créée à La Haye pour poursuivre les auteurs des crimes les plus graves. (Quid avec AFP)

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