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Le silence n’est pas aveu, mais mépris - Par Omar Abbadi
La corruption a plusieurs visages mais il y en a deux nous intéressent. Le plus visible se compte en espèces sonnantes et trébuchantes ; le plus insidieux se mesure à la part de conscience que certains sont prêts de céder
La liberté de la presse mérite mieux que des règlements de comptes déguisés en enquêtes. Récits fabriqués, indignation sélective et corruption des consciences, le bruit ne vaut jamais preuve, et le silence ne constitue pas un aveu. Omar Abbadi s’insurge dans cette tribune contre une dérive sans complexe.

Omar Abbadi
Le vacarme prétentieux
Comme dans bien d’autres affaires où les apparences rivalisent avec la vérité, certains sites de « presse électronique » dépourvus de déontologie ont de quoi surprendre : ils finissent toujours par en révéler bien davantage sur leur auteur que sur ceux qu’ils prétendent démasquer.
Il y a, en effet, ceux qui fabriquent les récits, agencent les faits, sélectionnent les vérités et déforment la réalité au gré de leurs desseins. Et puis il y a ceux qui se joignent au chœur sans vérifier, sans s’assurer de rien, sans s’interroger, sans même éprouver le besoin de creuser. C’est, à n’en pas douter, la confortable échappatoire du suivisme… ou les vertus d’une indignation sélective, soigneusement orientée.
Ce qui prête à sourire dans cette petite mécanique, c’est que certains confondent vacarme et preuve, répétition et vérité, ciblage systématique et courage. Ils semblent oublier qu’un mensonge ne devient pas une vérité établie parce qu’ovationné par la foule.
Deux visages de la corruption
La corruption a plusieurs visages mais il y en a deux nous intéressent. Le plus visible se compte en espèces sonnantes et trébuchantes ; le plus insidieux se mesure à la part de conscience que certains sont prêts de céder. L’un achète des intérêts, l’autre achète le silence et les plumes, parfois même les convictions. Tous deux ont un point commun : tenter de donner au faux les apparences du vrai et faire passer l’intérêt privé sous des dehors d’intégrité. Mais, financière ou morale, la corruption ne change jamais la nature des faits ; elle révèle seulement le prix auquel certains consentent à les dénaturer.
Quant à ceux qui seraient tentés d’applaudir sans connaître le dossier, qu’ils prennent garde à une chose : à force de suivre les fausses notes, on finit par perdre définitivement sa capacité de discernement.
La comédie à l’épreuve du temps
La liberté de la presse est un acquis précieux. Elle mérite bien mieux que des règlements de comptes déguisés en enquêtes et des calomnies servies à coups d’insinuations. Car la bonne foi ne peut rivaliser avec la mauvaise ; elle finit simplement par en révéler les limites.
Le silence n’est pas un aveu, et le vacarme ne mérite pas une réponse à la mesure de son fracas. Le temps possède une vertu que ni les plumes haineuses ni le chœur de ceux qui les relaient ne peuvent acheter : il finit toujours par distinguer ce qui relève des vérités et des faits de ce qui n’est que comédie, rumeurs, insinuations, faux-semblants et bruit.