Le jour où un quotidien marocain fit dévier l’itinéraire du prince Charles-Par Dr Anwar Cherkaoui

Le jour où un quotidien marocain fit dévier l’itinéraire du prince Charles-Par Dr Anwar Cherkaoui

Le Prince Charles au site archéologique de Chellah

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À travers une anecdote méconnue de la vie diplomatique marocaine, le Dr Anwar Cherkaoui raconte comment un article publié à la une du quotidien L’Opinion, au début de sa carrière journalistique, aurait contribué à modifier le programme officiel d’une visite du prince Charles au Maroc. Entre enthousiasme d’un jeune journaliste, rumeur hospitalière et prudence du protocole britannique, ce récit rappelle le pouvoir parfois inattendu de la presse lorsqu’elle se glisse dans les coulisses de l’histoire. Ici anecdotique.

Dr Anwar CHERKAOUI

 Expert en communication médicale et journalisme de santé

Il est des épisodes où l’histoire officielle croise les hasards de la presse, et où une simple ligne imprimée dans un journal peut infléchir le protocole des plus hautes visites diplomatiques.

Cette anecdote remonte à l’époque où l’actuel souverain britannique, Charles III, n’était encore que le prince héritier du trône du Royaume‑Uni.

Lors d’une visite officielle au Maroc, le programme du prince prévoyait notamment un passage par la Ligue marocaine de cardiologie, où il devait rencontrer les équipes de cardiologie et de chirurgie cardiaque.

Pour les autorités marocaines comme pour les responsables britanniques du protocole, chaque étape de cette visite royale avait été soigneusement préparée.

À cette époque, je faisais mes premiers pas dans le journalisme de santé au sein du quotidien L’Opinion, qui m’avait généreusement ouvert ses colonnes.

Je découvrais alors avec enthousiasme les coulisses de l’information médicale et hospitalière, convaincu que chaque sujet touchant à la santé publique méritait d’être porté à la connaissance des lecteurs.

C’est dans ce contexte que je reçus un appel téléphonique inattendu du service de chirurgie cardiaque du grand Hôpital Ibn Sina.

La conversation laissait entendre que le prince héritier d’Angleterre pourrait également visiter ce service.

Animé par la fougue et l’ardeur de la jeunesse journalistique, je rédigeai un article annonçant que le prince Charles rendrait visite au service de chirurgie cardiaque de l’hôpital Ibn Sina.

L’information fut publiée… et pas n’importe où : à la une de L’Opinion.

À cette époque, la ligue de cardiologie ne bénéficiait pas des meilleures grâces de l’opinion publique ni des médias.

Dans ce climat, l’annonce d’une visite princière dans un autre service hospitalier prenait une résonance particulière.

Mais la réalité protocolaire était tout autre : la visite du service de chirurgie cardiaque de l’hôpital Ibn Sina n’était pas prévue dans l’itinéraire officiel.

Le scoop publié, en réalité une rumeur bien distillée… devenait une « information ».

Et pourtant, l’histoire prit un tour inattendu. Lorsque les équipes du protocole britannique prirent connaissance de l’article publié par L’Opinion, la machine diplomatique se trouva face à une situation délicate. Ignorer l’information aurait pu provoquer incompréhensions et embarras. La contredire publiquement aurait suscité une polémique inutile.

La solution choisie fut la plus élégante : modifier discrètement l’itinéraire du prince héritier.

Ainsi, grâce — ou à cause — d’un article publié dans les colonnes de L’Opinion, le programme officiel du prince Charles fut réajusté.

La visite du service de chirurgie cardiaque devint réalité.

Dans les archives du quotidien l’opinion et dans les souvenirs de ceux qui furent témoins de cette visite princière, subsiste cette petite histoire où la plume d’un jeune journaliste, portée par l’enthousiasme de ses débuts, se trouva soudain mêlée aux subtilités du protocole royal.

Comme le dirait volontiers un ancien journaliste de l’opinion, l’histoire des monarchies n’est pas faite uniquement de traités, de couronnements et de cérémonies. Elle se nourrit aussi de ces épisodes singuliers où le destin, la presse et la diplomatie se rencontrent au détour d’une page imprimée.

Et ce jour-là, dans le Maroc hospitalier et diplomatique, un simple article avait réussi l’impensable : faire dévier l’itinéraire d’un futur roi.