Des lycéens dénoncent des gardes à vue par milliers pour les "faire taire"

Des lycéens dénoncent des gardes à vue  par milliers pour les "faire taire"

Un manifestant renvoie une grenade lacrymogène tirée par la police lors d’une mobilisation de lycéens à Paris, le 13 octobre 2026, dans le cadre d’un mouvement national des lycées. (Photo Lou Benoist / AFP)

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En France, les gardes à vue de lycéens mineurs interpellés lors des manifestations suscitent de vives critiques. Depuis le début de la mobilisation, près de 8.000 personnes (7.950) ont été placées en garde à vue depuis le début du mouvement lycéen, 26 ayant été placées en détention provisoire, selon un bilan judiciaire fourni mercredi par la Chancellerie. Dans le détail, 1.177 majeurs et 6.773 mineurs ont fait l'objet de gardes à vue, donnant lieu à 2.735 poursuites, 2.225 alternatives aux poursuites et 1.263 classements sans suite

Huit heures de garde à vue pour une accusation de tentative de feu de poubelles, 22 heures pour un slogan anti-police: des lycéens mineurs arrêtés lors de manifestations dénoncent des passages en cellule destinés selon eux à les intimider.

Bérénice, 17 ans a été arrêtée vendredi matin, accusée d'avoir tenté d'allumer un feu de poubelle en marge du blocage de son lycée à Lille. Avant d'être libérée sous les applaudissements de camarades venus en soutien.

Les jeunes manifestants vivent "dans un contexte de peur", affirme Soan, 16 ans, présent lors de l'arrestation. "Les policiers ont soi-disant pris quelqu'un dans le tas" mais choisi "la seule fille +racisée+ du groupe", accuse-t-il.

"On se dit qu'à tout moment, on peut être arrêté", craint ce lycéen, très mobilisé.

Comme Bérénice, plus de 5.900 mineurs ont été placés en garde à vue depuis le début des mobilisations lycéennes il y a un mois selon le gouvernement.

En comparaison, lors du premier mois de mobilisation des "gilets jaunes", 4.000 personnes avaient été placées en garde à vue. Et dans les émeutes consécutives à la mort de Nahel, tué par un policier en 2023, 3.700 personnes l'avaient été, dont plus de 1.000 mineurs.

"Rapidité et fermeté"

"On ne peut pas s'empêcher de penser que c'est disproportionné", estime Majdouline Sbaï, députée européenne Les Ecologistes, présente devant le commissariat central de Lille aux côtés des lycéens.

Me Florian Borg, avocat de Bérénice, déplore un recours parfois "expéditif" à la garde à vue au lieu de simples convocations ultérieures, y voyant une "volonté de faire taire le mouvement".

Le procureur de Lille, Samuel Finielz, souligne que le ministère de la Justice a donné "des instructions de rapidité et de fermeté".

Le parquet s'est "attaché à mettre fin rapidement aux gardes à vue quand il n'y avait pas d'élément qui permettait d'impliquer suffisamment le mineur" et à ne pas les prolonger au-delà de 24 heures.

Adem, 15 ans, a lui passé la nuit du 30 septembre derrière les barreaux du commissariat central de Lille après avoir "lancé des slogans anti-police, à l'aide d'un mégaphone" lors d'une charge policière, selon lui. Il reconnaît avoir crié "un flic, une balle", "pas quelque chose de bien à dire".

Enfermé avec trois autres mineurs, l'adolescent a été marqué par "l'insalubrité hors du commun" de la cellule : "des odeurs horribles", des "gens qui criaient toute la nuit" et des excréments étalés sur les murs.

"Petite punition"

Il dit avoir fait 22h00 de garde à vue. "Je n'ai fait de mal à personne, je n'ai agressé personne. J'ai juste, en quelque sorte, défendu, comme je pouvais, des lycéens de mon âge (...) qui se faisaient taper et gazer par la police", se défend-il.

Le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez a déclaré mardi que "quand il y a des violences (...) alors oui, il y a des gardes à vue", soulignant que "près de 900" policiers et gendarmes" ont été blessés. 147 personnels de l'Éducation nationale ont aussi été blessés selon le ministère.

A Lille, après 140 gardes à vue (essentiellement des mineurs), 26 mineurs sont visés par des poursuites et 60 personnes ont fait l'objet d'une alternative aux poursuites, a indiqué M. Finielz.

Ces alternatives, souvent un stage de citoyenneté, permettent "d'être pris en charge très rapidement" et de pouvoir passer à autre chose, fait valoir le procureur, "attaché à ce que chacun puisse exercer le droit de manifestation".

Me Borg voit plutôt dans ces procédures une forme de "justice totalement expéditive". "Ils sont convoqués directement par un délégué du procureur qui va leur demander de reconnaître les faits" sans avoir accès à la procédure, ni bénéficier d'un contradictoire, dénonce-t-il.

Adem et sa famille ont décidé d'accepter cette alternative. "Ca a été tellement dur ce qu'on a vécu qu'on voulait absolument terminer avec tout ça", déclare Paola, sa mère.

En revanche, Bérénice a refusé de reconnaitre les faits, consciente qu'elle s'expose à une convocation ultérieure.

Les deux adolescents affirment toutefois qu'ils vont continuer à se mobiliser. "On a essayé de vouloir me faire taire et c'est pour ça que je veux pas leur donner satisfaction", lance Adem. (Quid avec AFP)

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