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Assilah rend hommage à Moubarak Rabii, une voix majeure du roman marocain
Moubarak Rabii, deuxième depuis le droite - Son écriture appartient à celle des auteurs qui changent durablement le regard du lecteur sur l’être humain. Elle donne une voix aux lieux et transforme le récit en mémoire capable de résister à l’oubli. (Abdelfettah Lahjomri)
Le 47e Moussem culturel international d’Assilah a célébré, mardi 13 octobre, le romancier Moubarak Rabii, dont l’œuvre accompagne depuis plus d’un demi-siècle les mutations de la société marocaine. L’hommage, marqué par la remise de la Palme de la créativité et de l’excellence et la présentation d’un ouvrage collectif, a réuni plusieurs écrivains et universitaires autour de son parcours littéraire et scientifique.
Un demi-siècle de création salué à Assilah
Organisée dans le cadre de « Khaimatu Al Ibdae », cette rencontre a mis à l’honneur l’un des représentants majeurs de la littérature marocaine contemporaine et pionnier de l’enseignement de la psychologie sociale dans le pays.
À l’occasion de la parution d’un livre collectif consacré à son parcours, les intervenants ont exploré les thèmes et les choix esthétiques de ses textes. Ils ont notamment souligné la place qu’y occupent les questions sociales, culturelles et éducatives, au cœur de son travail depuis ses débuts.
Le secrétaire général de la Fondation du Forum d’Assilah, Hatim Betioui, lui a remis la Palme de la créativité et de l’excellence, en reconnaissance de la richesse de sa production et de son attachement au Moussem, qu’il accompagne depuis ses débuts à la fin des années 1970.
Moubarak Rabii a exprimé sa gratitude pour cet hommage, qui s’ajoute au Prix Mohammed Zafzaf du roman arabe déjà reçu à Assilah quelques années auparavant. Il a également salué la publication du volume collectif, qualifié de « trésor de référence » pour quiconque souhaite étudier son œuvre littéraire et scientifique.
Une œuvre ancrée dans la mémoire sociale
Coordinateur des études et témoignages rassemblés dans l’ouvrage, le journaliste et écrivain Abdelilah Tahani a insisté sur la continuité d’un parcours narratif qui s’étend sur plus de cinquante ans. L’abondance de cette production place, à ses yeux, Moubarak Rabii parmi les pionniers du roman marocain.
Pour le critique Abdelfattah Lahjomri, son écriture appartient à celle des auteurs qui changent durablement le regard du lecteur sur l’être humain. Elle donne une voix aux lieux et transforme le récit en mémoire capable de résister à l’oubli.
Évoquant notamment « Sidna Qadar », il a décrit un univers profondément enraciné dans la vie marocaine, nourri de l’atmosphère des villages, de l’agitation urbaine et de l’intimité familiale. Les personnages dépassent leurs trajectoires individuelles : ils portent l’histoire collective et rendent perceptibles les effets des transformations sociales sur les consciences, les langues et les relations humaines.
Le romancier et critique Chouaïb Halifi a, pour sa part, mis en évidence la dimension symbolique de cette écriture. Moubarak Rabii ne se contente pas de reproduire la réalité marocaine : il la réinvente en faisant dialoguer langage, récit et mémoire. Comprendre ses romans suppose ainsi de les replacer dans leur environnement culturel et dans leur rapport aux évolutions de la société.
Du roman à la psychologie humaine
L’universitaire et critique Zohor Gourram a rappelé le rôle essentiel de la fiction dans les sociétés humaines, soulignant la place accordée à l’imagination dans l’œuvre de Moubarak Rabii.
De « Attaiboun » (« Les gens de bien »), paru en 1972, à « Masafat Hob » (« Distances d’amour »), publié en 2024, son itinéraire témoigne d’une recherche narrative constante. Pour Zohor Gourram, cette œuvre a enrichi le patrimoine littéraire marocain et universel, notamment par son exploration de la psychologie humaine.
Cette attention aux individus et aux changements sociaux fait écho à la carrière universitaire de l’écrivain. Titulaire d’un doctorat d’État en psychologie, Moubarak Rabii a enseigné à l’Université Mohammed V de Rabat et dirigé, en qualité de doyen, la Faculté des lettres et des sciences humaines de Ben M’Sik, à Casablanca.
Membre fondateur et ancien responsable de l’Union des écrivains du Maroc, il a également présidé plusieurs instances culturelles nationales, dont le comité du Prix du Maroc du livre. À Assilah, cette double contribution à la littérature et à la vie intellectuelle a nourri l’hommage qui lui a été rendu.