À Assilah, la jeunesse au cœur des défis du monde arabe à l’horizon 2030

À Assilah, la jeunesse au cœur des défis du monde arabe à l’horizon 2030

Le constat dressé sur la jeunesse reste préoccupant. Chômage élevé, difficultés des systèmes éducatifs, fracture technologique, fuite des compétences et faiblesse de l’intégration socio-économique continuent de peser sur les perspectives de développement

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La jeunesse représente un levier essentiel pour le développement et l’intégration du monde arabe, à condition de lui donner les moyens de participer aux transformations économiques et technologiques. Réunis dimanche 11 octobre à Assilah, dans le cadre du 47e Moussem culturel international, plusieurs experts et intellectuels ont appelé à repenser les politiques publiques pour faire du capital humain un moteur de croissance et d’innovation.

Une jeunesse nombreuse face à des défis structurels

Organisée autour du thème « Le monde arabe à l’horizon 2030 », cette conférence a mis en évidence les enjeux liés à la place des jeunes dans les sociétés arabes et à leur contribution au développement économique et social.

Les intervenants ont insisté sur la nécessité de mieux valoriser cette population, qui représente une part importante de la démographie régionale, en investissant davantage dans l’éducation, la formation et la maîtrise des nouvelles technologies.

Le constat dressé reste préoccupant. Chômage élevé, difficultés des systèmes éducatifs, fracture technologique, fuite des compétences et faiblesse de l’intégration socio-économique continuent de peser sur les perspectives de développement.

Face à ces obstacles, les participants ont plaidé pour une vision globale capable de transformer le potentiel démographique en compétences productives, notamment dans un environnement international marqué par l’essor de l’intelligence artificielle et une concurrence économique croissante.

L’intelligence artificielle, un enjeu pour les nouvelles générations

Pour Hicham El Shérif, expert en technologies et ancien ministre égyptien du Développement local, les jeunes de moins de vingt ans doivent constituer une priorité dans les stratégies d’investissement.

Cette génération sera directement confrontée aux transformations engendrées par l’intelligence artificielle, dont les applications pèseront sur les équilibres militaires, technologiques et financiers.

La maîtrise des technologies avancées peut ainsi permettre aux pays arabes d’accomplir des « sauts qualitatifs » dans leur développement, à condition de mobiliser leurs ressources humaines autour de projets structurants.

« L'avenir ne s'attend pas, il se construit », a affirmé Hicham El Shérif, estimant que les crises traversées par le monde arabe recèlent également des possibilités de transformation.

Il a notamment préconisé d’investir dans les données massives (Big Data), les infrastructures intelligentes et les technologies de pointe, afin de créer les conditions d’une croissance fondée sur la connaissance et l’innovation.

Repenser le projet arabe et former de nouvelles élites

Hakim Ben Hammouda, directeur exécutif de l’Institut international pour les transitions démocratiques, a appelé à élaborer une feuille de route plaçant la jeunesse au centre d’un projet intellectuel fédérateur.

Cette démarche devrait, selon lui, contribuer à redonner une dynamique à la construction arabe commune, dans le cadre d’une approche réaliste tenant compte des intérêts nationaux des différents pays.

L’objectif serait de définir des perspectives partagées, fondées sur des principes clairs et des scénarios de développement permettant à chaque composante du monde arabe de trouver sa place.

Le journaliste libanais Nadim Koteich a, pour sa part, insisté sur l’émergence de nouvelles élites capables de répondre aux défis contemporains.

Il a souligné l’importance de former des dirigeants faisant preuve de souplesse, de résilience et d’adaptabilité, particulièrement face à l’accélération des mutations technologiques. Leur capacité à accompagner ces changements constitue également un enjeu majeur pour l’éducation et l’épanouissement des jeunes générations.

La fuite des compétences, un potentiel à valoriser

Le secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger (CCME), Abdellah Boussouf, a attiré l’attention sur l’ampleur de l’émigration des compétences arabes.

Évoquant le chiffre d’un million de compétences arabes installées à l’étranger, il a considéré cette situation comme une perte considérable pour les trajectoires nationales de développement.

Il a ainsi appelé à concevoir un projet sociétal répondant aux besoins présents et futurs des populations arabes.

Le document de cadrage de la conférence relève, de son côté, les limites des politiques publiques face aux attentes des citoyens, particulièrement des jeunes. Il souligne la persistance de déséquilibres structurels, notamment les disparités sociales et territoriales, le chômage et la faible diversification des économies.

Placée sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, la session d’automne du 47e Moussem culturel international d’Assilah se déroule du 2 au 18 octobre sous le thème « Assilah… terre de rencontre et de dialogue ».

Cette réflexion sur l’avenir du monde arabe s’inscrit dans la vocation du Moussem : offrir un espace de débat et d’échange sur les grandes transformations des sociétés contemporaines.