À Tanger, trois lauréats du Prix du Maroc du Livre racontent leurs parcours littéraires

À Tanger, trois lauréats du Prix du Maroc du Livre racontent leurs parcours littéraires

Le programme du Salon régional de l’édition et du livre de Tanger se poursuit jusqu’au 16 octobre

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La 14e édition du Salon régional de l’édition et du livre de Tanger a consacré, dimanche 11 octobre, une rencontre aux expériences créatives de trois lauréats du Prix du Maroc du Livre 2025. Les poètes Mokhliss Sghir et Mounir Serhani, ainsi que l’écrivain et dramaturge Ahmed Sbiaa, ont partagé leurs réflexions sur l’écriture, la mémoire, la langue et les exigences de la création littéraire.

Trois parcours distingués par le Prix du Maroc du Livre

Organisée par la Direction régionale de la Culture de Tanger-Tétouan-Al Hoceima, cette rencontre a permis de découvrir les univers littéraires de trois auteurs récompensés dans les catégories de la poésie et de la littérature pour enfants et adolescents.

Mokhliss Sghir et Mounir Serhani ont obtenu ex æquo le Prix de la poésie, respectivement pour « Al-Ard Al-Mawbou’a » (La terre infestée) et « Nasita hidha'aka ya abi » (Papa, tu as oublié tes chaussures).

Dans la catégorie de la littérature pour enfants et adolescents, Ahmed Sbiaa a été distingué ex æquo avec Abdelatif Aït Nila, pour leurs ouvrages respectifs « Album suwar farigh » (Un album photo vide) et « Al-Ibra adh-dhahabiyya al-ka’eeba wa qisas ukhra » (L’aiguille d’or lugubre et d’autres histoires).

Au-delà des distinctions, les échanges ont mis en évidence la diversité des démarches artistiques des trois écrivains, entre interrogation existentielle, exploration de la mémoire familiale et création destinée aux jeunes lecteurs.

Mokhliss Sghir, la terre comme horizon poétique

Originaire de Tétouan, Mokhliss Sghir a présenté les fondements de son recueil « Al-Ard Al-Mawbou’a », nourri par l’expérience de la pandémie de Covid-19 et les interrogations qu’elle a suscitées sur la vie, la mort et le destin humain.

Le poète a expliqué que son écriture prend naissance dans des moments existentiels déterminants, lorsque les événements conduisent à remettre en question le rapport à la réalité et le sens même de la création.

Cette réflexion se prolonge dans un autre recueil, « Al-Ard Al-Hamra » (La terre rouge). La terre apparaît ainsi comme un thème central de son œuvre, au point qu’il envisage un troisième ouvrage pour compléter ce qu’il décrit comme un véritable programme poétique.

Pour Mokhliss Sghir, écrire ne consiste pas simplement à accumuler des poèmes. Chaque texte doit participer à une démarche cohérente, dans laquelle les réflexions de l’auteur accompagnent les transformations de l’être humain et du monde.

Le poète a également rappelé ses liens avec Tanger, ville qui a accompagné ses premiers pas littéraires. Il a notamment évoqué une émission de Radio Tanger animée par le regretté poète Ahmed Tribaq Ahmed, soulignant l’importance de cet espace radiophonique dans la découverte et la promotion de nouvelles voix poétiques.

Mounir Serhani, la mémoire du père et le retour à l’arabe

Pour Mounir Serhani, originaire de Ksar El Kébir, le recueil « Nasita hidha'aka ya abi » représente un tournant dans son parcours littéraire.

Poète, romancier et traducteur, il avait jusque-là principalement écrit en français. Ce livre constitue sa première expérience de création poétique en langue arabe.

Ce passage d’une langue à l’autre trouve son origine dans une démarche profondément personnelle : l’évocation de son père, enseignant attaché à la langue arabe et à son patrimoine littéraire.

La figure paternelle devient ainsi le point de départ d’une exploration où se rencontrent mémoire, identité et rapport à la langue. L’écriture en arabe prend une dimension particulière, puisqu’elle permet de renouer avec un héritage familial tout en ouvrant une nouvelle étape de son itinéraire créatif.

Cette expérience illustre également la place que peuvent occuper plusieurs langues dans le parcours d’un même écrivain, chacune offrant des possibilités différentes d’expression et de création.

Ahmed Sbiaa, les exigences de la littérature jeunesse

Originaire de Chefchaouen, Ahmed Sbiaa a consacré son intervention aux particularités de l’écriture pour les enfants et les adolescents, un domaine dans lequel il prolonge son expérience de dramaturge.

Son intérêt pour ce public découle notamment de son parcours théâtral. Certaines de ses pièces destinées aux enfants n’ayant pas pu être portées à la scène, il a choisi de poursuivre cette démarche à travers la publication d’œuvres littéraires.

Pour lui, trois éléments sont essentiels pour retenir l’attention des jeunes lecteurs : l’idée, le suspense et l’humour. Ils doivent s’accompagner d’une expression claire et d’une construction narrative adaptée aux attentes du public visé.

L’écrivain a toutefois insisté sur le fait que la littérature jeunesse n’est pas moins exigeante que celle destinée aux adultes. Elle suppose une véritable maturité créative et une capacité à concevoir des histoires accessibles sans sacrifier leur intérêt littéraire.

Cette rencontre s’inscrit dans le programme du Salon régional de l’édition et du livre de Tanger, qui se poursuit jusqu’au 16 octobre. La manifestation entend dynamiser la vie culturelle régionale, valoriser les écrivains marocains et renforcer les liens entre auteurs et lecteurs, tout en faisant découvrir la diversité de la création littéraire nationale.